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  #1393 ▬ “hold on„ (nuala)

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Lézardée
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MessageSujet: #1393 ▬ “hold on„ (nuala)   Dim 4 Déc - 23:07

Assis sur le canapé du salon, Dagher Nystrand passait en revue le courrier qu'il venait d'aller extirper de la boîte aux lettres ; extirper était le mot : certaines enveloppes traînant là depuis plus d'une semaine, tant et si bien qu'elles avaient fini par prendre l'humidité et entamer une fusion plutôt répugnante avec le bois partiellement moisi. Chaque fois qu'il pensait à aller vérifier le courrier, Dagher se faisait la réflexion qu'il serait temps de la remplacer. Une intention louable qui quittait son esprit dès qu'il avait retrouvé le confort agréable et élégant de son intérieur. Du bout des doigts, il repousse la paperasse sur la table basse afin de se concentrer sur une enveloppe bien particulière, à la vue de laquelle son regard se contracte presque imperceptiblement. Un sourire en demi-teinte se dessine sur ses fines lèvres tandis qu'il s'attarde sur l'écriture, ronde et brouillonne. Il se lève. Va se servir un whisky on the rocks, et fait tinter les glaçons sur le chemin du retour en direction du canapé. Il s'installe dans l'angle de celui-ci, et s'empare de la lettre qui avait retenu son attention, réglant son compte à l'enveloppe qui la contenait d'un coup sec. D'un geste vif, il déplie le papier et parcourt rapidement le contenu de la lettre, son sourire se teintant d'une lueur sarcastique alors qu'il porte son verre à ses lèvres, lèvres qui tressautaient par moment, lorsqu'il retenait de justesse un brusque ricanement. Il n'y a pas à dire, ils avaient le don pour égayer ses journées, volontairement ou non. Alors qu'il n'était pas encore rendu à la fin de la lettre, Dagher est interrompu dans sa lecture par une sonnerie qui ne manque pas de lui tirer un grognement. Avec une mauvaise volonté ostensible, il se lève, repose verre et lettre sur la table basse, et cherche du regard l'objet à l'origine de ce bruit fort incommodant ; où diable avait-il bien pu poser son téléphone portable ? Il finit par le localiser tant bien que mal, et décroche avant que le temps qui lui était imparti ne soit écoulé. « Oui ? » maugrée-t-il, tout en retournant machinalement vers la table basse, attiré magnétiquement par son verre de whisky, dont il s'empare nerveusement. Il ne dit rien ; il écoute, il boit silencieusement. Il a d'abord le regard baissé, attentif, puis son visage se relève, change presque imperceptiblement d'expression, et après avoir cligné des yeux, il semble observer le plafond, pensif. Les lèvres serrées, il expire en un bref soupir nasal avant de se décider enfin à prendre la parole. « Ne bouge pas, j'arrive. » Contrairement à ce que son attitude présageait, son ton est doux, calme - presque rassurant, voire bienveillant. Il vide son verre d'une traite, enfile une veste, et s'apprête à partir avant de se raviser. Il revient sur ses pas, saisit la lettre, qu'il plie en quatre avant de l'enfoncer sans ménagement dans la poche intérieure de sa doublure. Il y a des choses qu'il préfère ne pas laisser traîner.

Il fait jouer trois fois l'articulation de son poignet, et il en résulte trois coups secs contre la porte du 1393, Lemon Street. Nerveusement, il sort sa main gauche de sa poche afin de vérifier l'heure, mais il ne regarde sa montre que très distraitement et ne prête aucune attention aux chiffres sur le cadran. Son cou, tendu, se dresse tandis qu'il observe les environs, à l'affût - un réflexe de bête traquée dont il n'a jamais su se séparer. Et puis finalement à l'entente de la sonorité caractéristique provoquée par le roulement des gonds de la porte d'entrée, il reporte son attention sur celle-ci et sur le visage de Nuala qui se dessine dans l’entrebâillement. Sans perdre davantage de temps, il esquisse un geste dans sa direction, prêt à entrer sans y être invité. Les politesses d'usage, il préfère s'en passer dès qu'il en a l'occasion. « Pas d'amélioration depuis, j'imagine ? Il a de la température ? Je n'ai pas compris tout ce que tu m'as dit au téléphone, la communication n'était pas des plus efficaces ; quel est le problème exactement ? » interroge-t-il posément, aussi sereinement que possible, comme s'il s'agissait d'un exercice auquel il était rompu, tout en se faisant la réflexion que la seule chose intelligente et responsable à faire aurait été de s'emparer de ce bébé et de s'enfuir en courant avec. Il ressentait une pointe de culpabilité en le laissant entre les mains de Nuala, dont il ne se doutait que trop bien où elles avaient pu traîner. Aussi si une part de lui était d'avis que le bébé était en parfaite santé et que Nuala s'inquiétait inutilement, il ne pouvait définitivement pas non plus écarter l'hypothèse selon laquelle la jeune femme ne possédait pas une fibre maternelle suffisante pour s'en occuper convenablement. Fidèle à lui-même, le nordique était toujours plus enclin à sous-estimer ses compatriotes qu'à envisager qu'ils puissent ne pas être de complets abrutis. En l’occurrence, il était très rapidement parti du principe que Nuala n'était qu'une blonde matérialiste comme une autre pour lequel un nourrisson n'était qu'un accessoire de plus, au même titre qu'un chihuahua ou un sec à mains Versace. Paradoxalement, cette conception réductrice qu'il avait de la jeune femme ne signifiait pas qu'il la méprisait ou la dépréciait - pas plus que le commun des mortels en tout cas. Au contraire, il avait trouvé assez opportune et judicieuse la façon dont la jeune Parker avait sorti de nulle part un bambin en pleine campagne électorale, et c'était exactement le genre de combine qu'il était susceptible d'apprécier à sa juste valeur.

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MessageSujet: Re: #1393 ▬ “hold on„ (nuala)   Dim 4 Déc - 23:07

Ce n'était probablement rien d'inquiétant. Un simple rhume, une petite toux. Quelque chose dont il fallait prendre soin mais qui ne créerait aucune insomnie. Avec un peu de chance, quelque chose qui retarderait la date fatidique et offrirait même quelques jours de répit à la jeune femme. Mais le thermomètre affichait 38°, la toux était sèche et les poumons de l'enfant encore fragiles de l'opération dont ils étaient ressortis « comme neuf ». Nuala n'était pas une experte en la matière, bien loin de là. Sa sensibilité était à fleur de peau, et si elle aurait dû se tourner vers le pédiatre qui suivrait Frederico, la demoiselle n'avait pas le coeur à se rendre à l'hôpital. Trop de mauvais souvenirs, trop d'inquiétude. Et si ce n'était rien d'inquiétant, hors de question de l'éloigner encore de sa famille. Pour la première fois depuis bien longtemps, peut être même de toute sa vie, Nuala Parker souhaitait faire passer les intérêts de quelqu'un avant les siens. C'était pourtant bien insensé ; il commençait à peine à articuler quelques mots, marchait avec difficulté et surtout, ne l’appellerait jamais « maman ». Et pourtant, cet individu d'un an et quelques mois avait révolutionné la vie de Nuala du tout au tout. Il avait changé Nuala elle-même, à vrai dire. Comme beaucoup de gens, l'ancienne directrice artistique s'était toujours imaginé vivre une vie sans enfant, bien trop désintéressée par l'idée de changer les couches d'une progéniture, quand bien même la sienne, et trop égoïste pour avoir envie de prendre autant soin de quelqu'un, bien trop ambitieuse aussi. Et pourtant, c'était cette ambition qui avait tout déclenché. C'était à cause de cette envie irrémédiable de plus, de mieux que Nuala avait fait entrer Bébé Fred dans sa vie souhaitant manipuler la population du quartier résidentiel d'Ocean Grove, se moquant bien en réalité de la santé de l'enfant. Mais les choses avaient changé, et Nuala avait mis du temps à s'en rendre compte mais l'attachement qu'elle avait pour l'enfant était infini. Elle se redécouvrait, chaque jour. Elle en apprenait encore un peu plus sur elle, et peut même que d'une certaine manière, Fred l'avait aidé à admettre l'attachement qu'elle éprouvait également pour Pavel. Oui, Fred l'avait changé. Il avait fait de Nuala Parker quelqu'un de meilleur et c'était probablement pour tout le bonheur en petits moments de vie qu'il lui avait apporté que Nuala ne souhaitait pas le retenir. Elle l'avait enlevé à ses parents pour les mauvaises raisons, même si cela était également à son avantage, mais elle n'en ferait pas de même pour le retenir. Ses raisons étaient louables, et en toute objectivé, le bébé aurait une meilleure vie avec Nuala qu'avec ses parents. Mais il était bien trop jeune pour avoir un avis sur la question, et Nuala ne voulait prendre cette décision pour personne – ni connaître de rapt, aussi tordu son esprit soit-il. Alors, elle devait s'assurer que ce n'était rien qui inquiéterait un parent dans une situation normale, ou qui inquiéterait un parent tout court – chose qu'elle ne serait jamais vraiment malgré tous ses efforts. Elle composa donc le numéro de Dagher, première personne qui lui vient à l'esprit dont elle avait du respect et en qui elle avait assez confiance pour ne pas chercher à diminuer la gravité de la situation. Dagher était bien des choses, positives autant que négatives mais épargner les gens ne faisait pas partie de son vocabulaire et c'était exactement la raison pour laquelle elle l'importunait lui, et personne d'autre. Ca, et son expérience.
Elle avait conscience que le numéro de Pavel était celui qu'elle devait composer mais il avait été adorable la veille comme si souvent ces derniers temps et elle ne voulait pas l'étouffer de ses inquiétudes plus qu'elle ne le faisait déjà. Elle lui envoya cependant un message rapide, pour s'assurer qu'il passerait dans la soirée même si la question ne se posait plus vraiment, et attendit patiemment que Dagher la rejoigne, ne quittant pas Fred des yeux. L'enfant s'était assoupi sur le canapé devant l'un de ses dessins animés pour enfants, et si Nuala les trouvait d'un ennui et d'une bêtise accablants, elle n'osa changer de gêne pour ne perturber Fred au cas où il se réveillerait. Enfin, trois coups fermes provinrent de la porte, et posant un large oreiller à coté de Fred pour s'assurer qu'il ne glisse pas, Nuala alla ouvrir, laissant entrer son « ami » sans même qu'il n'ait à prononcer un mot. « Non, il s'est endormi il y a un quart d'heure, c'est tout. Il respire bruyamment, tousse, et a 38°. » Elle invita Dagher à la suivre dans le salon où elle retira le coussin pour prendre l'enfant dans ses bras, et le blottir contre elle comme si c'était le geste le plus naturel du monde. Quelques mois plus tôt pourtant, Nuala le tenait aussi éloigné d'elle qu'elle le pouvait, quitte à avoir les bras tendus chaque fois qu'elle le changeait de place. « Je ne sais pas si ça peut être lié à l'opération, si c'est mauvais signe, si je dois aller voir un médecin... » Elle poussa un soupir et finit par avouer : « Je suis un peu perdue, pour être honnête. » Le simple fait que de tels mots sortent de la bouche de celle-ci suffisait à prouver l'attachement de Nuala pour l'enfant. Jamais, Nuala n'était perdue. Et quand bien même cela arriverait, elle ne l'admettrait pas, à personne. Mais contrairement aux autres situations dans lesquelles elle pourrait se retrouver, Nuala ne pouvait pas s'en sortir seule et ne souhaitait pas faire recours à quelqu'un qu'elle ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam, la vie qu'elle tenait contre sa poitrine était bien trop importante. Alors, pour la première fois depuis qu'elle connaissait Dagher, elle lui demandait de l'aide dans la plus grande simplicité, n'ayant aucun autre moyen de secours, aucun moyen de faire pression et avec toute intention de lui être éternellement redevable.

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MessageSujet: Re: #1393 ▬ “hold on„ (nuala)   Dim 4 Déc - 23:07

Le pas alerte, Dagher s'empresse de suivre Nuala à l'intérieur. Depuis cette histoire avec le Joker, il était sur ses gardes, méfiant et prudent au possible, lui qui pouvait jadis se montrer si insouciant avec sa propre sécurité. Une fois arrivés au salon, son regard est très rapidement aimanté par le dénommé Fred – il ne pouvait d'ailleurs s'empêcher de penser qu'il s'agissait là d'un drôle de nom pour un bébé – tout en mettant un point d'honneur à maintenir une distance respectable entre lui et le jeune bambin. Il n'avait jamais été très à l'aise avec ce genre d'êtres humains miniatures. Leur odeur l'insupportait et lui provoquait véritablement des nausées telles qu'il ne pouvait approcher un nourrisson sans se boucher le nez, et il détestait leur texture mollassonne, leurs membres grossiers, dodus et leurs cris incessants, et plus que tout il détestait la réaction invariable que les bébés provoquaient chez les trois-quarts de la population humaine, cette espèce de fascination mielleuse, bêtifiante et terriblement horripilante qui se manifestait sous forme de monosyllabes primitives, de joyeux gazouillis et autres niaiseries du même acabit. L'être humain était programmé pour tomber sous le charme de ces espèces de gnomes disgracieux et geignards ; il était programmé pour les trouver adorables et pour, à leur vue, ressentir un serrement au cœur, une de ces émotions implacables et suprêmes relevant à la fois du sublime et de l'indicible, et un curieux charme était censé s'opérer sur lui, de telle sorte que, captivé par cet étrange être plus vulnérable qu'une antilope tétraplégique à un meeting de lionnes boulimiques, il ferait alors tout ce qui est en son pouvoir pour le maintenir en vie, pourvoir à son bonheur et sa sécurité et s'assurer de son bon-développement. Dagher ne ressentait rien de tout cela. Et cette répulsion qu'il ressentait à l'égard des nourrissons se voyait donc augmentée d'un double niveau : la répugnance première avait élu domicile au rez-de-chaussée tandis que, plus en profondeur, au sous-sol, se terrait le mépris plein d'animosité qu'il éprouvait à leur égard, une espèce d'aigreur qui s'était enracinée en lui au fil du temps - il détestait les bébés parce qu'il ne parvenait pas à tomber sous leur charme, il détestait les bébés parce que, de ce fait, ils le faisaient sentir différent, diminué, départi de sa part d'humanité, une part qui lui revenait pourtant de droit, il détestait les bébés parce qu'il avait l'impression qu'ils le narguaient, et toute cette haine prospérait en lui trop profondément pour qu'il en ait conscience, si bien qu'il aurait été incapable de mettre des mots sur toutes ces sensations fielleuses qui rayonnaient en lui comme un soleil noir brûlant dont il n'avait pas encore noté l'existence.

Respiration bruyante, toux, début de fièvre. Il note scrupuleusement ces informations dans un coin de sa tête, croise les bras et scrute Nuala du regard tandis qu'elle s'empare de son cher Fred. Pas toujours extralucide en matière de relations humaines, le nouveau maire de Miami reste suffisamment observateur pour constater un changement perceptible dans la façon que la jeune femme a de tenir son nouvel accessoire de mode. Aurait-il été promu au rang d'être cher et précieux entre-temps ? « Statistiquement, il y a de grandes chances qu'il ne s'agisse que d'un rhume ou d'une infection bénigne des bronches. J'imagine que je ne t'apprends rien si je t'annonce que, dans 99% des cas, les inquiétudes que l'on peut avoir vis-à-vis d'un enfant présentant de tels symptômes sont non-fondées. Il faut surtout veiller à ce qu'il se repose et s'alimente, et laisser son système immunitaire faire le reste. » Bon, ça c'était la version Dagher Nystrand – l'homme qui n'allait jamais voir le médecin parce qu'il estimait que ses globules blancs n'allaient jamais s'épanouir correctement s'il les chouchouchait trop ou leur mâchait le travail. Après tout, ne dit-on pas "ce qui ne tue pas les leucocytes les rend plus forts" ? « Tu devrais prendre rendez-vous avec un médecin. Ça n'a peut-être, et probablement rien à voir avec l'opération, mais prudence est mère de sûreté, après tout. Avec les antécédents du petit, il ne serait pas complètement illogique de chercher à avoir un certain suivi médical. Je ne vais pas te mentir, un médecin t'en apprendra sans doute autant qu'une rapide recherche sur Google, mais il saura te rassurer. » Avec une lenteur calculée, Dagher s'efforce de se rapprocher, allant même jusqu'à poser ses deux mains à plat sur le dossier du canapé ; il garde son appui sur ce dernier en fixant Nuala du regard, tandis qu'elle lui avoue être perdue. Les yeux légèrement plissés, il esquisse un sourire discret. « Tu t'es vraiment attachée à lui, n'est-ce pas ? » C'est presque une question rhétorique, en vérité – il n'est pas aveugle, il voit bien comme elle s'inquiète. « Est-ce qu'il mange bien, est-il plus difficile qu'avant ? Qu'en est-il des écoulements nasaux ? » Grim Dagher Nystrand discutant écoulements nasaux - on aura tout vu.

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MessageSujet: Re: #1393 ▬ “hold on„ (nuala)   Dim 4 Déc - 23:07

Bien trop préoccupée par l'état de Fred pourr avoir envie d'être patiente, Nuala se retint de pousser un profond soupir lorsqu'elle entendit Dagher lui énumérait des statistiques, et lui donnait une leçon accéléré sur comment éduquer un enfant. Non vraiment, elle n'aurait jamais pensé d'elle-même à alimenter le bambin et le faire se reposer. Quelle idée étrange qui traversait là l'esprit de Dagher ! Retenant son sarcasme tant bien que mal, Nuala se contenta alors de hôcher la tête. En temps normal, elle ne se serait absolument pas gênée, quand bien il s'agissait de Dagher mais elle n'avait pas le temps de se lancer là-dedans, encore moins avec les éternuements de Fred qui commençaient sincèrement à l'inquiéter. Pour avoir des conseils comme cela, Nuala aurait mieux fait d'appeler le pédiatre de Fred, mais elle avait paniqué. Même si elle aurait été prête à tout pour garder le bébé quelques jours de plus avec elle, elle avait conscience que sa place était dans sa famille et qu'elle ne pourrait pas le garder indéfinement. Pour la première fois, Nuala faisait passer le bien être de quelqu'un d'autre avant le sien. Dagher continua, et eut cette fois-ci un discours qui se faisait plus aidant. Il ne pensait pas que cela avait avoir avec l'opération. Un soupir de soulagement s'échappa de ses lèvres, sans qu'elle ne cherche à le retenir , celui-là. Si ce n'était qu'un rhume, Nuala pouvait gérer la situation; elle avait même acheté l'un de ses “aspireurs de morve” comme elle les appelait, et était ravie de ne pas avoir eu à s'en servir jusqu'alors. Mais bon, dans la vie, on ne pouvait pas avoir tout ce que l'on souhaitait : Nuala était probablement mieux placée que beaucoup de gens pour le savoir. “Je verrai si ça ne s'arrange pas d'ici demain. Il prends l'avion dans trois jours, ça serait dommage de le retenir pour un simple rhume.” Non, cela ne serait pas dommage, mais Nuala était décidée à se montrer 100% de bonne foi sur cet enfant et rien ne la ferait changer d'avis à moins que cela ne soit une question de vie ou de mort. Resserant un peu plus son étreinte sur l'enfant, Nuala déposa un baiser sur son front, ravie de voir que sa fièvre semblait commencer – enfin ! - à descendre. Elle releva le regard vers lui lorsqu'il lui demanda si elle s'était attachée. Un sourire coupable se dessina sur ses lèvres et elle haussa les épaules. Oui, il voyait juste. Cette fois, elle ne s'amusait pas à jouer la comédie comme elle avat pu le faire en public à feindre d'être follement amoureuse de ce petit être plein de bave et qui continuait à faire dans ses couches malgré le dégoût que cela provoquait chez Nuala (et qu'elle lui avait toujours communiqué). Non, cette fois, c'était pour de vrai. “Tu sais, on dit qu'ils sont adorables, qu'on ne peut pas faire autrement que de s'attacher à eux parce qu'ils n'ont aucune notion du mal et qu'ils font tout sans avoir envie de blesser, de manipuler ou quoique ce soit.” Elle secoua légèrement la tête. “Je ne suis pas sûre d'y croire. Fred est adorable, ne te méprends pas, mais je ne suis pas convaincue que ce ne soit pas des manipulateurs aussi. Comment résister à quelqu'un qui a besoin de toi ? C'est génial d'avoir ce pouvoir pour quelqu'un. On le sait toi et moi, Dagher. Et je suis sûre que eux aussi, et que c'est leur moyen de nous avoir.” Bon, dis comme ça, cela pouvait paraître tirer par les cheveux, surtout de les assimiler à deux manipulateurs comme Dagher et Nuala, mais l'idée était plausible. Qu'ils se rendaient aussi adorables pour mieux conquérir le coeur de leurs parents ou, en l'occurrence, de la personne qui s'occupait d'eux. Certains étaient bien incroyablement agaçants; ils devaient avoir bien plus d'intelligence qu'on ne souhaitait leur accorder. “Il mange normalement mais dort plus et est plus ronchon.” Elle changea l'enfant de bras, qui commençait à remuer et reprit. “Un peu plus qu'à la normale, je dois m'en occuper deux trois fois par jour au lieu d'une fois tous les trois jours.” Enfin, la babysitter devait s'en occuper.

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MessageSujet: Re: #1393 ▬ “hold on„ (nuala)   Dim 4 Déc - 23:08

Observant Nuala, puis Fred, Dagher se demandait ce qu'il faisait là exactement. Pourquoi avait-il accepté de venir rassurer un ersatz de maman poule, alors qu'il avait pourtant clairement mieux à faire ? Il avait toujours eu du mal avec les mères - leur férocité et leur instinct protecteur les privait de toute rationalité. Néanmoins, d'une certaine façon, il les comprenait. Bien sûr, il ne s'était jamais inquiété de la même façon que Nuala quand, bébé, Pacey tombait malade. Ce n'était pourtant pas de l'insouciance, ou un manque de sensibilité de sa part. Il avait juste toujours eu cette espèce de foi, cette foi obscure et obstinée qu'il avait toujours placée dans ses propres compétences, et qu'il avait fini par accorder à Pacey également, seulement quelques jours après sa naissance. Ils n'avaient pourtant rien en commun ; elle n'était pas la chair de sa chair, ou une autre connerie du même acabit. Mais cela lui importait peu. Et quand, bien en profondeur, ses barrages mentaux cédaient face au flux d'angoisses irrationnelles qui parvenait malgré tout à l'assaillir, il s'efforçait quand bien même de contenir ses émotions pour ne rien laisser paraître en surface. Il estimait que l'humanité se porterait bien mieux si chacun s'ingéniait à en faire de même plutôt que de laisser le poids de leurs inquiétudes les plus absurdes reposer sur leur entourage, et notamment les personnes dont ils étaient la cible. Ainsi, Dagher gardait tout pour lui-même, faisant tout son possible pour épargner Pacey – elle n'avait pas à en pâtir, quand il s'inquiétait pour elle. C'était son problème, c'était à lui de le gérer dans son coin. De belles intentions bien louables, légèrement ternies par les méthodes que le maire employait pour gérer ses inquiétudes occasionnelles (dire qu'il s'y prenait mal était un euphémisme). Mais les infections et autres virus ne constituaient jamais une grande source de tracas pour le nordique – ce qui était susceptible de l'inquiéter, c'est plutôt le reste de l'humanité. Et, de son avis, c'est plutôt de ses compatriotes humains dont Nuala devrait se méfier – pas de microbes que le système humain sait en général neutraliser. Même si, en l'occurrence, ce n'était pas des microbes dont elle avait peur – Dagher était trop insouciant et condescendant pour réaliser la légitimité des angoisses de la jeune femme. « Où va-t-il ? » Question courtoise, mais soulevant également un intérêt qui, quoique poli, n'était pas le moins du monde factice – une rareté, donc. L'histoire entre Nuala et ce bébé restait assez nébuleuse pour lui. Qu'allait-il advenir d'eux, exactement ? Elle hausse ensuite les épaules en souriant, et il comprend. C'est humain, au fond. Le début de son discours le laisse un peu sceptique, mais il est plus convaincu par la suite. La phrase "Comment résister à quelqu'un qui a besoin de toi ?" lui semble résonner dans ces oreilles, il déglutit alors, comme si cela pouvait faire disparaître cette drôle de sensation, en vain. Dagher pouvait dire ce qu'il voulait – il était dépendant de ce sentiment, du sentiment que l'on a quand on est nécessaire à quelqu'un, vital. Il adore pouvoir rechigner, grogner tout son saoul, mais finalement bouger ses fesses pour aller aider son prochain. S'il est beaucoup moins bon qu'il ne le fait croire, il reste beaucoup moins mauvais qu'il ne le croit. Il se convainc que ce n'est pas de la bonté, ou une sorte de sociabilité – que c'est juste une question d'ego. Mais le fait est là. Dagher est un ermite dépendant du reste de l'humanité. Il ne lui reste plus qu'à s'habituer à l'idée. « Ils nous ont à leur botte, le savent, en usent et en abusent. » Un faible sourire se dessine sur ses lèvres. Il n'est pas du tout convaincu de l'innocence des bébés, ou, à plus grande échelle, des enfants. Il est même persuadé que ceux qui n'ont pas la notion du mal sont les pires de tous. Il n'y a qu'à voir la cruauté dont les enfants sont capables de faire preuve entre eux. Ils jouent avec les sentiments pour mieux les comprendre et testent les limites émotionnelles de tout un chacun avec un manque flagrant de sensibilité. Et s'il est difficile de savoir ce qui se trame dans la tête d'un nourrisson, Dagher reste d'avis qu'ils ont conscience de l'emprise qu'ils ont sur le reste des mortels, et du pouvoir que leurs crises de larmes peuvent avoir. « C'est pire quand ils sont un peu plus âgés. Quand ils se mettent à parler, et te font un cinéma pas possible pour un oui ou pour un non. » Un exemple lui vient en tête, mais il se tait, soudainement conscient du fait que Fred n'était pas réellement le bébé de Nuala, et qu'elle n'aurait pas nécessairement l'occasion d'assister à ces crises dont il faisait mention. Il manquait toujours de tact. « Je pense qu'il n'y a rien de particulier à faire en attendant demain. Tu as fait ce qu'il fallait. » finit par conclure avec un léger hochement de tête approbateur. Sans doute espérait rattraper son manque de tact en l'accréditant ainsi.

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