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 ❝ it's love that gets us through all our goodbyes. ❞ (dagher)

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Lézardée
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MessageSujet: ❝ it's love that gets us through all our goodbyes. ❞ (dagher)   Lun 5 Déc - 0:32

❝ it's love that gets us through all our goodbyes. ❞
DAGHER NYSTRAND / PACEY SEVERIDE

Cela faisait plus d'un mois qu'elle confrontait régulièrement son regard, plus d'un mois qu'elle croyait l'apercevoir à chaque fois qu'elle mettait le nez dehors, plus d'un mois qu'elle espérait ne pas lui rentrer dedans au détour d'une rue. Si son ancien colocataire n'avait jamais été un grand bavard, elle n'aurait néanmoins jamais imaginé ne pas lui adresser la parole pendant si longtemps, et pire, éviter toute confrontation. Peu docile, Pacey était une habituée des conflits et n'était pas du genre à mettre les formes. Quelle que soit la situation, elle fonçait dans le tas sans se poser de questions. Pas cette fois. Pas avec lui. Depuis son retour dans le quartier, elle prenait soin de baisser ou de détourner le regard dès qu'il se trouvait dans les parages, alors que quelques mois auparavant elle se serait précipitée à ses côtés pour l'accompagner dans son trajet quotidien (peu importe où il allait d'ailleurs). Bien sûr, Pacey avait ses raisons pour réagir d'une manière aussi extrême, mais elle ne pouvait s'empêcher de souffrir de cette situation qui lui était intolérable. En une quinzaine d'années de cohabitation, elle n'était jamais restée très longtemps fâchée contre Dagher, mais cette fois il avait dépassé des limites qu'elle pensait infranchissables. Elle avait pensé être inatteignable, spéciale - comme il l'était pour elle - et pourtant il l'avait trahie sans aucun remord. À aucun moment il n'avait concédé à lui avouer la vérité, à aucun moment il n'avait assumé son erreur. Profondément meurtrie, la brune était fermement décidée à ne plus jamais lui adresser la parole, jusqu'à cette soirée du vingt-trois décembre où pendant de longues minutes elle s'était imaginée mourir noyée sans même être à ses côtés. Cet accident avait tout remis en question. Pas assez pour l'épargner, mais assez pour admettre qu'elle ne pouvait pas l'effacer définitivement de sa vie.

Hésitante, il lui avait fallu plusieurs heures de réflexion pour décider de prendre les devants, puis, persuadée qu'elle allait finir par changer d'avis, elle avait quitté le garage un peu en avance afin d'être certaine d'arriver avant lui. Terrorisée à l'idée de frapper à la porte et de n'obtenir aucune réponse, terrorisée à l'idée de devoir affronter son regard glacial avant même de prononcer un mot, elle préférait de loin être déjà présente lorsqu'il rentrerait. Cela faisait plus d'une heure qu'elle attendait lorsqu'elle entendit un bruit de serrure. Lorsqu'elle l'aperçut dans l'entrée, elle se leva brusquement et se tourna vers lui, les mains liées, la mâchoire crispée. Elle n'était pas le genre de fille à être sentimentale, elle avait toujours refusé de l'être et aujourd'hui elle se retrouvait là, démunie, à se mordre l'intérieur des joues pour ne pas s'effondrer comme une idiote. Il était hors de question qu'elle explose de cette manière. Elle voulait lui hurler dessus, lui faire mal, lui faire comprendre à quel point il l'avait blessée, à quel point il l'avait rendue malheureuse. Pendant ces quelques semaines de silence complet, il lui était arrivé de penser qu'elle pouvait pardonner et tourner la page facilement, retrouver sa place à ses côtés comme si de rien n'était. Parler n'avait jamais été un besoin, ce n'était pas essentiel à leur relation, et ça aurait été tellement plus facile si elle avait pu se reconstruire sans en passer par là. Mais à cet instant, devant lui, toutes les émotions qu'elle avait gardé enfouies refaisaient surface, reprenaient le contrôle, si bien qu'elle se surpris à serrer les poings jusqu'à enfoncer ses ongles dans sa peau. Incapable de dire un mot, incapable de verser la moindre larme, le cœur de Pacey se serra et elle se demanda même si elle n'était pas en train de trembler. Pour reprendre un minimum de contenance, elle jeta un coup d'œil rapide par la fenêtre et tenta tant bien que mal de garder ses mains à plat sur ses cuisses, en vain. Elle croisa les bras sur sa poitrine comme pour se protéger et affronta de nouveau son visage impassible.

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MessageSujet: Re: ❝ it's love that gets us through all our goodbyes. ❞ (dagher)   Lun 5 Déc - 0:32

FLASHBACK
La vie sans Pacey lui semblait vide. Presque dénuée de sens. Il ne regrettait rien, ne s'en voulait pas, ne remettait pas une seule seconde son choix en question. Il souffrait juste de son absence, mais estimait que si c'était là le prix à payer pour être certain qu'elle soit en sécurité, cela valait le coup. Peu empathique, il ne lui était pas venu à l'esprit que la jeune fille puisse être elle-aussi affectée par cette séparation, et il n'était franchement pas suffisamment prévoyant pour songer à ce qui arriverait si jamais elle en venait à lever le voile sur la supercherie. Parce qu'il avait l'impression d'avoir fait ce qu'il avait à faire, c’est-à-dire la meilleure chose possible pour tout le monde, il ne réalisait absolument pas que ses actes, d'un point de vue différent du sien, pouvaient paraître inexplicables et blessants. Car au fond, le fait est qu'il avait tenu Pacey éloignée – et les motivations qui avaient entraîné ce fait n'étaient connues que de Dagher lui-même. Qu'allait-elle penser quand elle comprendrait que tout cela n'était qu'un leurre, qu'un vulgaire mensonge ? Comment allait-elle se sentir quand la seule personne qui avait été là pour elle toutes ces années durant, sans faillir un seul instant, avait sciemment trahi sa confiance sans ressentir le moindre seul remord ? Comment pourrait-elle le considérer autrement que comme un étranger alors qu'il avait clairement démontré qu'il pouvait la tromper aussi naturellement qu'il le faisait avec tout le monde ? Toutes ces questions auraient dû passer par la tête du maire de Miami, mais son esprit, à l'image de sa nouvelle vie, était vide, vide de toutes ces préoccupations peut-être trop sentimentales pour lui. Le domaine des émotions humaines n'avait jamais vraiment été le sien. Comme un enfant trop inexpérimenté, il n'entendait rien à toutes ces choses de l'âme, et s'il était parfois vaguement et momentanément agité par les soubresauts de sa conscience ou de son cœur, il restait dans l'incapacité de s'exprimer à ce sujet car il n'avait aucun recul sur ce qu'il pouvait ressentir – il n'y réfléchissait jamais, et cherchait plutôt à en faire abstraction. Tout nier, tout refouler, jusqu'à ce que tout lui pète à la gueule : voilà sa technique favorite, son mantra, sa ligne tacite de conduite. Tel un fantôme, il erre dans les rues de Miami. Il se rend compte que, maintenant qu'il n'y a plus personne qui l'attend chez lui, et qu'il n'a plus personne à attendre chez lui, il n'a plus aucune raison de rester chez lui. Bien sûr le calme, la tranquillité, et la quiétude lui plaisent. Mais cinq secondes seulement. Il s'est habitué à la présence humaine. Il s'est même habitué à tous ces voisins qui l'irritent au plus haut point. Et quand ces voisins ne sont pas là à lui taper sur les nerfs, il ressent une étrange sensation, une sorte de manque auquel il n'est pas accoutumé. Et son chez-lui se détériore. Il envisage de prendre une femme de ménage. Il n'y a rien qui le motive à prendre un peu soin de son intérieur, alors il ne le fait pas. Heureusement, son nouveau boulot lui prend du temps. Et tout cela l'occupe tellement qu'il arrive, peu à peu, lentement, à combler le vide qui l'habite. Il tourne à l'angle de la rue. Immédiatement, son regard est attiré par une jeune fille, brune, de dos, à quelques mètres de là, sur le trottoir d'en face. Elle ressemble à Pacey. Mais toutes les filles ressemblent à Pacey depuis qu'elle est partie. Elles ont toutes un manteau qui ressemble à un manteau de Pacey, ou bien des chaussures, qui sont, à un détail près, celles qu'elle a portées, un jour, ou bien une voix qui, si on n'y prête pas trop d'attention, passerait pour celle de Pacey. Ça le rend fou. Son cœur bat la chamade chaque fois qu'il croise une petite brune, et ça devient ridicule. Il se rend bien compte que son masque d'impénétrabilité se fissure à chaque fois, et ça l'inquiète un peu. Déjà parce qu'il a conscience de passer pour le vieux type bizarre qui matte de façon on-ne-peut-plus étrange des filles deux fois plus jeunes que lui, mais pas que. Mais cette fille-là lui rappelle trop Pacey. Pris d'un doute terrible, il entre dans la boutique la plus proche et prend son téléphone en main, y composant un numéro qu'il a retenu par cœur – celui de l'acteur qu'il a payé pour se faire passer pour le père de Pacey. « Comment va-t-elle aujourd'hui ? Qu'avez-vous fait de votre journée tous les deux ? » Interroge-t-il d'un ton sec, sans préambule. L'avantage des relations strictement professionnelles : il n'a pas à faire semblant d'être doux et poli. Il écoute attentivement la réponse en jetant un coup d'œil distrait aux antiquités disposées dans la boutique, avant de reporter son regard sur la jeune fille, de l'autre côté de la vitrine, de l'autre côté de la rue. Plus aucun doute n'est permis. Il s'agit bien de Pacey. L'homme, de l'autre côté du combiné, a fini de parler. Dagher choisit soigneusement ses mots – il essaye de garder son calme, ce qui n'est pas aussi évident qu'il aimerait le croire. « Je ne sais pas exactement pour qui vous me prenez Mr Wheaton, mais je ne suis pas le genre d'individu que l'on peut chercher à tromper impunément. C'était très audacieux de votre part, et dans d'autres circonstances votre témérité m'aurait plu mais… Comment dire ? Je n'apprécie pas spécialement qu'on se foute de ma gueule. » Son ton est glacial. Il jette un bref coup d'œil à la vendeuse du petit magasin, puis s'assure que Pacey s'est bien éloignée, avant de quitter sa cachette pour rejoindre la rue. Il reprend la parole. « Maintenant écoutez-moi bien, parce que vous m'avez assez fait perdre mon temps comme ça et je n'aime pas me répéter. Pour commencer, vous allez me rembourser la somme intégrale de tout ce que j'ai pu vous verser depuis le début de votre contrat – j'enverrai un ami à moi récupérer le magot, en cash, d'ici la fin de la semaine – et attendez-vous à ce que je vienne également vous réclamer un dédommagement par la suite. Car figurez-vous que je ne suis pas entièrement satisfait de votre prestation de service… » Il raccroche enfin et hâte le pas tandis qu'il prend la direction de Lemon Street. Pacey est de retour. Le reste est indistinct, confus - encore une fois, il ne cerne pas l'étendue du pétrin dans lequel il s'est fourré. Elle est de retour. De façon très égoïste, il est heureux. Et l'homme pragmatique en lui va rapidement prendre le dessus, et se rappeler que ce n'est pas une bonne chose pour elle, mais pour le moment il n'y songe pas encore, et il sourit.

Il rentre chez lui, éreinté, terne. Quelque part en cours de route, il a perdu cette étincelle malicieuse qui avait pris l'habitude de chatoyer au fond de ses prunelles, et est trop las pour faire le chemin en sens inverse et la retrouver. Il a même perdu le goût de jouer de mauvais tours à la mégère qui lui sert de voisine – c'est pour dire. Il ne sait plus trop où il en est, ne sait plus trop où va sa vie, ne reconnaît plus trop la personne qu'il est devenu. Il se demande ce qui se passerait si l'ancien Dagher le rencontrait, entre deux lignes temporelles, à la croisée de deux dimensions ; il lui foutrait une bonne grosse beigne, non ? Plein d'amertume, il enfonce la clef dans la serrure, dont il fait jouer le mécanisme jusqu'à entendre le déclic – il ouvre la porte et s'apprête, par réflexe, à tâtonner jusqu'à atteindre l'interrupteur mais il est brusquement saisi par quelque chose d'indicible et de lourd dans l'atmosphère et suspend momentanément son geste. Il lui faut moins d'un quart de seconde pour s'apercevoir de sa présence. Ses iris se réveillent, et affichent alors une lueur plus intense ; il tourne brièvement le dos à Pacey pour fermer la porte derrière lui, et puis, le souffle court, il s'adosse à cette dernière, dévisageant la jeune fille, s'abreuvant de son image, s'imprégnant des traits de son visage, et la distance entre eux a quelque chose d'implacable, mais il est infiniment soulagé de la sentir là, à ses côtés, de pouvoir la regarder sans avoir à se cacher, et il se sent honteux sans trop savoir pourquoi, et se demande ce que la présence de Pacey ici, ce soir, peut bien signifier ; elle lui en voulait – lui a-t-elle pardonné ? Leur vie peut-elle reprendre leur cours normal ? Et brutalement, ça lui revient : non, elle ne peut pas. Pas après ce qui s'est passé sur le yacht. Dagher avait un nouvel ennemi, un ennemi sérieux dont il ne connaissait pas l'identité. Et jamais la présence de Pacey à ses côtés ne lui avait semblé aussi risquée. Pourtant, il ne se sentait pas la force de l'éloigner une nouvelle fois. Mais en avait-il seulement besoin ? N'était-elle pas lassée de lui ? N'avait-il pas commis l'erreur de trop, qui les tiendrait séparés jusqu'à la fin des temps, n'avait-il pas brisé le lien si particulier, si unique qui les unissait ? Il déglutit avec difficulté, tandis qu'elle évite son regard en jetant le sien par la fenêtre. Il reste collé à la porte. Pourquoi ? A-t-il peur que, s'il s'en éloigne, elle n'en profite pour s'enfuir à toutes jambes ? « Qu'est-ce que tu fais ici ? » finit-il par demander, rompant le silence, mais sa voix a quelque chose de faible, de diminué, comme s'il sentait qu'il n'était plus en droit d'utiliser son semblant d'autorité sur elle à présent. Car, après tout, n'avait-il pas perdu l'ersatz d'ascendant qu'il avait sur Pacey en complotant derrière son dos comme un des adolescents décérébrés de la série Gossip Girl ? Quelque chose lui laisse penser qu'il n'est pas en position d'exiger quoi que ce soit de sa part. Pourtant, il a besoin d'une réponse, de cette réponse. Il a besoin de savoir ce qu'elle fait là, dans cette maison, et plus généralement à Miami. Pourquoi est-elle revenue ? « Tu n'aurais pas dû revenir… » ajoute-t-il finalement d'une voix basse mais néanmoins audible d'où perçait une pointe de regrets, tout en tentant de faire fi de la sérieuse arythmie cardiaque qu'il cherchait vainement à maîtriser depuis quelques secondes.

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MessageSujet: Re: ❝ it's love that gets us through all our goodbyes. ❞ (dagher)   Lun 5 Déc - 0:32

En quelques secondes, elle perdit tout son aplomb et redevint la petite fille rejetée, abandonnée, laissée de côté. S'il y avait bien une personne qui ne lui avait jamais fait ressentir ce genre d'émotion c'était bien lui, tout du moins jusqu'à présent. Il venait d'ouvrir une plaie béante que Pacey imaginait pansée par le temps. Il venait de la briser toute entière. Pendant quelques brèves secondes, elle cessa de respirer, sentit son cœur ralentir peu à peu, et tout son courage s'évanouit. Elle ne se souvenait pas de la dernière fois qu'il l'avait vu craquer, ça devait probablement faire de nombreuses années, et elle ne put s'empêcher d'avoir honte, honte de s'effondrer aussi tôt et en même temps si tard, honte de s'effondrer devant lui. Ce n'était probablement pas le genre de chose qu'on pouvait faire à son âge ... Mais c'était plus fort qu'elle. Ses mots lui lacéraient le cœur. Probablement plus blindée qu'elle ne le pensait, elle ne s'était jamais rendue compte à quel point les mots que Dagher s'appliquait à emprunter étaient tranchants. Ou peut-être qu'elle ne les avait jamais ressentis aussi fortement qu'aujourd'hui. Tremblotante, elle fit l'erreur de se mettre à culpabiliser, elle se demanda ce qu'elle avait bien pu faire pour qu'il ne l'aime plus. Elle essaya de se répéter que ce n'était pas sa faute, que Dagher n'était qu'un sombre enfoiré, après tout tout le monde le disait, comment avait-elle pu être si aveugle, comme avait-elle pu lui faire si confiance, comment avait-elle pu le laisser s'immiscer dans son cœur, c'était sa faute, oui c'était sa faute, elle n'avait pas été prudente, elle n'aurait jamais dû accepter ce grand blond chez elle, qu'est-ce qu'il faisait là d'abord, il servait à quoi, il était censé être quoi, son nouveau papa ? Et puis elle se demanda pourquoi elle pensait à tout ça, pourquoi tout remontait d'un coup, pourquoi elle n'était pas fichue de lui crier tout ça au visage pour qu'il se rende compte dans quel état il la mettait. Incapable de se ressaisir, elle se retourna, portant les mains à son visage en feu et se mis à faire les cent pas dans le salon. Elle tentait de réprimer ses pleurs car elle savait que si elle laissait une seule larme couler celle-ci serait suivie par des sanglots incontrôlables, triste résultat de semaines de désarroi et d'années d'incompréhension. C'est finalement une enfant de sept ans qui pris la parole, et qui demanda avec les yeux mouillés des réponses à ses innombrables questions. « Je t'ai jamais rien demandé. Je t'ai pas demandé de me prendre dans tes bras cette nuit-là, de me récupérer, de te battre pour moi, de m'offrir un toit, de veiller à ce que je grandisse sans encombres. Je t'ai pas demandé d'être là pour moi, alors j'ai toujours pensé que si tu le faisais c'était par bonté de cœur. Par besoin, par envie, voire même par amour. » Un léger rire nerveux s'échappa de ses lèvres et lui octroya une pause. Son cœur battait à tout rompre. « Faut croire que toutes ces années je me suis trompée. Je suis quoi pour toi au juste, hein ? Ta bonne action ? Une promesse que tu t'évertues à tenir ? Un prétexte pour te persuader tous les matins en te regardant dans le miroir que t'es pas qu'un salaud de première ? Si tu voulais pas de moi, si je suis une charge pour toi, alors pourquoi tu ne m'as pas abandonnée comme tous les autres ?! T'aurais pu me laisser, t'aurais pu partir, je t'en aurai pas voulu tu sais ... » Alors que sa voix était montée crescendo, elle se brisa sur ces derniers mots. Bien sûr qu'elle lui en aurait voulu. Bien sûr qu'elle l'aurait détesté de tout son être s'il l'avait délaissée. Elle lui aurait certainement écrit des millions de lettres jusqu'à ce qu'il vienne l'arracher à sa famille d'accueil. La triste vérité, c'est que Dagher était le seul souvenir qui la rattachait à sa mère. La seule pièce du puzzle qu'il lui restait. Il n'y avait que par son biais qu'il lui arrivait de se rappeler du son de sa voix, ce n'était que grâce à lui qu'elle ne s'était jamais considérée comme une orpheline. Le perdre revenait à perdre ce qui lui avait donné le courage de se battre toutes les fois où elle avait eu l'impression que son monde s'effondrait. Et si la brune n'était pas prête à rendre les armes aussi rapidement, elle ne rêvait pourtant que d'une chose : que ce conflit cesse et que tout redevienne comme avant.

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MessageSujet: Re: ❝ it's love that gets us through all our goodbyes. ❞ (dagher)   Lun 5 Déc - 0:32

Il est dépassé. Il n'est pas apte à gérer ce genre de situation, il n'est pas capable de comprendre ce qu'il conviendrait de faire, et naturellement, il s'y prend donc comme un manche. Toutes les possibilités qui s'offrent à lui lui viennent à l'esprit, toutes les répliques qu'il pourrait sortir fusent à toute allure dans sa tête, mais trop rapidement et trop confusément, et tout cela ne fait que s'entrechoquer dans un grand fracas qui empêche le scandinave d'y voir clair. Alors, trop inepte pour savoir quelle attitude adopter, il reste de marbre, guettant une réaction qu'il peine à analyser. Ce n'est que quand Pacey lui tourne le dos qu'il comprend. Qu'il comprend qu'il a du se tromper quelque part. Ce n'était pas la bonne branche des possibles, ce n'était pas les bonnes répliques. Mais qu'aurait-il dû dire ? Je suis désolé ? Mais il n'est pas désolé – il est seulement désolé que sa supercherie ait été révélée au grand jour, voilà tout. Plus que jamais, il est déboussolé. Donnez-lui des meurtriers, des pédophiles, des policiers corrompus ou des procureurs et il saura exactement quoi dire et à quel moment. Donnez-lui une jeune fille deux fois plus petite que lui à laquelle il tient plus qu'à la prunelle de ses yeux et il perdra tous ses moyens. Que ressent-elle ? À quoi pense-t-elle ? Il n'en a aucune idée. Aussi attend-t-il nerveusement le verdict, et il se sent ridicule à appréhender ainsi la réaction de Pacey. Il pensait avoir dépassé ce stade depuis longtemps. Il pensait être un homme froid et intraitable. Il pensait que rien ne pouvait le toucher. Dagher Nystrand se connaissait, en vérité, extrêmement mal. Elle prend enfin la parole. Il oublie momentanément de respirer – trop concentré, sans doute, sur les mots de la jeune fille. Il ne comprend pas ce qui se passe. Il comprend seulement qu'il lui fait énormément de mal (sans trop savoir comment, ni pourquoi) et, peut-être pour la première fois de sa vie, il se déteste, subitement. Il se déteste d'être aussi incompétent. La seule chose qui lui importe est que Pacey soit heureuse, et en sécurité. À l'heure actuelle, ces deux conditions sont loin d'être remplies. Pacey marque une courte pause, et les pensées de Dagher se bousculent dans son esprit – vainement, une nouvelle fois. Elle reprend finalement la parole. Si cet échange verbal était un affrontement, nul doute que Pacey était en train de gagner. Elle semble avoir poussé la réflexion tellement plus loin que Dagher… qui se posait à présent les mêmes questions qu'elle. Elle ne s'était pas trompée. Pas complètement ? Pourquoi a-t-il été là, pour elle, ce jour-là et tous les jours qui ont suivi depuis ? Pas par bonté de cœur, tout de même ? (L'idée en elle-même lui semblait absurde.) Par besoin ? Quel besoin avait-il de se fourrer une gosse dans les pattes ? Par envie, enfin ? Non, ça ne collait pas – aucune de ces options ne lui convenait. Et l'amour était un concept qu'il n'était même pas sûr de saisir. Tout ce qu'il savait, c'est qu'une force inconnue et incoercible l'avait poussé à la prendre en charge, et qu'il ne se serait pas imaginé une seule seconde la laisser entre les mains de quelqu'un d'autre. Qu'il n'avait pas eu le choix, ne s'était pas posé la question un seul instant ; que c'était nécessaire, que c'était la seule issue possible, que cela se devait de se passer comme ça. C'était instinctif. C'était quelque chose de plus fort que lui. Le genre de force primitive et absurde qui le pousserait à faire barrage de son corps si jamais quelqu'un en venait à pointer une arme en direction de Pacey, par exemple. À chaque fois qu'un personnage de film agissait ainsi à la télé, Dagher ne manquait pas de soupirer et de lâcher un tas de jurons, et il trouvait toujours mille et une façons de qualifier la stupidité (selon lui) d'un tel acte, qui allait à l'encontre de tout bon sens. Et pourtant, si Pacey en venait à être menacée, aucun doute n'était permis sur la question : à l'instar de tout héros de films d'action qui se respecte, Dagher agirait comme un abruti d'altruiste. Alors était-ce cela, finalement, l'amour ?

Il a envie de lui dire qu'elle ne s'est pas trompée. Mais il a malgré tout l'impression qu'elle l'avait, jusque-là, surestimé. Il ne l'avait peut-être gardé que parce qu'il avait simplement besoin d'elle, tout à fait égoïstement. Ça ne peut être que ça. Une boule se noue dans sa gorge, l'empêchant de répondre – même si son manque flagrant de loquacité et l'anesthésie partielle de son cerveau le contraignaient déjà plus ou moins au silence. Ce n'est pas tellement les accusations envers sa propre personne qui le préoccupent. Mais plutôt le fait qu'il avait fait Pacey se sentir comme une charge (alors que ça n'avait jamais été son intention, bien évidemment), et qu'elle avait l'air de souffrir des abandons répétés qu'elle avait eu à supporter – en bon handicapé sentimental, Dagher ne s'en doutait pas le moins du monde. Et la seule chose à laquelle il parvient à penser, c'est que Pacey est mille fois plus malheureuse que ce qu'il imaginait, et qu'il est incapable de s'en rendre compte seul, tout comme il est incapable de la consoler. Il n'est pas en mesure de lui apporter ce dont elle a besoin. Cette révélation le frappe soudainement de plein fouet. Pacey avait besoin d'un père et d'une mère aimants, d'une famille, d'un foyer. Pas d'un avocat marginal et hypocrite. Elle n'avait pas eu la vie qu'elle méritait. Et à aucun moment il n'avait été capable de la lui donner. « Tu n'as jamais été une charge pour moi. » finit-il par articuler – c'était sorti presque comme un grognement, tant l'acte d'élocution lui paraissait ardu dans ce contexte particulier. Il réfléchit à toute allure. À tout ce qu'elle a dit. Qu'est-elle pour lui au juste ? C'est une bonne question. Et instinctivement, une seule réponse s'impose : tout. Elle est tout pour lui. Strictement tout. Parfois elle est sa mère, parfois elle est sa sœur, parfois elle est sa fille, parfois elle est sa femme. Elle est la raison pour laquelle il n'aime réellement personne d'autre : elle lui suffit amplement, puisqu'à elle seule elle englobe tous les rôles dont il a besoin. Tous les rôles dont il n'avait pas besoin, d'ailleurs, jusqu'à ce qu'elle pointe le bout de son nez – dans ce cas particulier, c'est l'offre qui a créé la demande, et pas l'inverse. L'ébauche d'un rictus au visage, Dagher détourne la tête sur le côté, se prenant d'une passion subite pour la tapisserie (qu'il ne se souvenait d'ailleurs pas avoir choisie, mais il prêtait si peu d'attention à ce genre de choses d'ordinaire…). « J'ignorais que tu t'étais ralliée à l'opinion commune concernant mon statut de "salaud de première"… Mais pour ta gouverne personnelle, sache que les seuls moments où j'ai véritablement l'impression d'être un enfoiré, c'est dans ces rares instants d'égoïsme pur que je peux avoir parfois, quand j'espère secrètement que tu resteras avec moi jusqu'à la fin, alors que je suis pourtant intimement convaincu que je te retiens en arrière et qu'il serait certainement plus sain pour toi d'aller construire ta vie de ton côté. » Il avait lâché ça d'une traite, sans la regarder – il n'avait jamais été courageux, et l'était encore moins dans ce genre de contexte. Les mots avaient à peine eu le temps de sortir de sa bouche que déjà il regrettait de les avoir laissés s'échapper ; il n'aurait pas dû dire tout cela, dévoiler tout cela. L'idée avait toujours été de ne pas admettre devant Pacey qu'il avait désespérément besoin d'elle ; elle n'avait pas besoin de ça, d'un boulet en plus à traîner, d'une responsabilité qui ne lui échoyait pas. C'était à lui de prendre soin d'elle, pas l'inverse. Il était son tuteur légal, et devait favoriser son entrée dans la vie adulte, et non pas la garder captive d'une existence médiocre et décevante. Il incombait à Dagher de gérer Dagher, et il incombait à Pacey de devenir une adulte heureuse et en bonne santé, point barre – telle était la conception des choses du grand blond. À l'image de sa façon de penser quasi-autistique, elle était simpliste et terriblement réductrice. « Et ne dis pas de bêtise. Je n'aurais jamais pu te laisser, et je ne pourrai jamais te laisser. Tout ce que je fais, je le fais pour ton bien. Mes méthodes ne sont peut-être pas les plus orthodoxes… - elles ne l'ont jamais été… - mais jamais, jamais tu m'entends, je ne t'abandonnerai. Et d'ici quelques années, tu verras, tu prieras pour que je te laisse, pour que tu puisses vivre tranquillement ta vie avec la petite famille que tu auras fondée, mais jamais tu ne te débarrasseras de moi complètement. » Et tout en prononçant ses mots, il s'était avancé vers elle, réduisant la distance entre eux à zéro. Du bout de l'index, il vient relever le menton de la jeune fille, la poussant à le regarder dans les yeux. « Est-ce que c'est clair ? »

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MessageSujet: Re: ❝ it's love that gets us through all our goodbyes. ❞ (dagher)   Lun 5 Déc - 0:32

Pacey écouta avec attention tout ce qu'il s'autorisait à lui révéler. Elle se prenait une immense claque et avait l'impression de se liquéfier tandis que son cœur explosait dans sa poitrine, même si en apparence elle ressemblait plutôt à une statue de marbre. Perchée sur ses talons, les bras toujours croisés, elle ne comprenait plus rien à la situation mais se sentait incapable de bouger d'un poil. Elle ne s'était jamais sentie si vivante, si forte et si vulnérable à la fois. La colère et la rancune qui l'animait aurait pu lui permettre de déplacer des montagnes tandis que l'étrange tristesse qu'elle ressentait lui donnait envie de se jeter d'une falaise. Si peu habituée à tant d'émotions contraires, presque nauséeuse, elle en arriva à un point où elle ne savait plus trop si elle se concentrait suffisamment sur ses paroles ou si elle se contentait de les ressentir. Perdue, la jeune fille ferma un instant les yeux et déglutit difficilement. Elle les rouvrit au moment où il lui confia que la mettre de côté si souvent lui demandait un effort contraire à ses désirs profonds. La brune n'en savait rien. À tort, elle avait toujours pensé que Dagher souhaitait se débarrasser d'elle afin qu'elle mûrisse et ne traîne plus dans ses pattes d'avocat - et désormais de maire - débordé. Pourquoi ne lui avait-il jamais expliqué ? Pourquoi n'avait-il jamais pris la peine de lui parler comme il le faisait aujourd'hui ? Elle faillit lui poser la question avant de se raisonner, se rendant compte qu'elle possédait déjà cette réponse. Toujours aussi impassible, Pacey scruta son profil dans la douce lumière du soir, percevant un masque de sincérité qui lui était extrêmement rare. Elle ne pouvait s'empêcher d'être heureuse que ce soit pour elle. La brune s'apprêtait à reprendre la parole mais il poursuivit, cette fois-ci en rejetant son regard d'acier sur elle, ce qui la fit automatiquement taire. À nouveau, elle écouta, et pendant quelques secondes elle laissa les larmes couler comme si c'était la chose la plus naturelle du monde, ses traits détendus et son visage en apparence serein contrastant avec le lot d'émotions désordonnées qui lui serraient le cœur. En s'approchant, sans vraiment s'en rendre compte, il venait enfin de mettre un terme à la distance qui les séparaient - aussi bien spatialement que verbalement - et soudain elle ne ressentit plus aucune honte à se laisser aller. Elle ne se sentait plus seule à lutter dans sa bulle, il était là avec elle et il se faisait violence, plus que jamais. Alors que la carapace de la brune avait explosé en mille morceaux sans crier gare, la laissant plus vulnérable que jamais, celle de son détestable bien-aimé commençait à se fissurer à son tour, ce qui, dans n'importe quelle autre situation, aurait pu suffire à ce qu'elle baisse définitivement sa garde. Mais ne comptait-il pas justement là-dessus ? Dagher avait privé sa petite protégée de communication tout au long de sa vie, pensait-il que s'ouvrir un tant soit peu serait suffisant pour rétablir le lien si précieux qui les unissaient depuis toujours ? Pacey aurait actuellement aimé le croire, mais la triste réalité était qu'elle ne lui faisait plus confiance. Auparavant, elle aurait succombé à son charme et aurait bu ses paroles sans se poser la moindre question ; aujourd'hui, elle était toujours aussi certaine de la sincérité de ces mots, mais elle n'était plus réellement convaincue de leur spontanéité. Même si cela demeurait une situation inattendue pour quelqu'un d'aussi renfermé que le scandinave, cela ne signifiait pas pour autant que ça n'avait pas été mûrement réfléchi et commandité. La jeune femme le connaissait assez bien pour savoir qu'il était capable de tout et manipulateur au possible - il venait encore une fois de le prouver - si bien qu'une certaine réticence s'empara d'elle. Baissant de nouveau le regard, elle essuya ses larmes d'un revers de main et pris la décision de laisser ça de côté pour le moment. Jusqu'à présent elle avait eu l'impression d'être en position de faiblesse et elle détestait ce sentiment qui l'animait pourtant si rarement. Remettant une pointe de distance entre eux, elle veilla à être parfaitement calmée avant de reprendre la parole. « Je sais que je parle très peu de mes parents, mais n'imagine pas que je n'y pense jamais. Je ne vais pas te demander comment tu as pu me faire ça, je sais très bien que tu es capable de ... Disons que je te connais. Mais tu n'aurais pas dû. Tu n'as aucune idée de ce que c'est de voir ta mère mourir sous tes yeux et de passer plus de vingt ans à ne recevoir aucune lettre d'anniversaire de la part de ton père. Alors prétendre qu'il est là quelque part, qu'il pense à moi et qu'il regrette son absence, non, tu n'aurais pas dû. » Dagher avait beau être un grand garçon, la plupart des émotions humaines lui échappaient complètement et la brune n'était pas sans le savoir. Le faire culpabiliser ne mènerait à rien, elle n'avait aucune idée de comment s'y prendre, alors peut-être que lui expliquer lui permettrait de comprendre l'enfer qu'il lui avait fait vivre. Qu'il lui faisait vivre. Parfois elle avait l'impression que le cœur du grand blond était tout simplement sec, que seul son cerveau était en état de fonctionner - qu'il était seulement capable de raisonner, de calculer, mais certainement pas de ressentir. Elle ne lui avait jamais reproché car c'était une facette de sa personnalité qu'elle savait apprécier au contraire de n'importe quel autre être humain normalement constitué. Et il fallait l'avouer, la distance qu'il mettait avec l'affectif et son mental à toute épreuve avaient été nécessaires dans certaines situations où Pacey avait eu besoin de lui. Elle essayait vraiment de faire preuve de maturité et de compassion, et elle espérait qu'il serait capable de noter les efforts qu'elle faisait pour mettre un terme à cette mascarade. « Tu m'as laissée entre les mains d'un étranger pendant des semaines. Et ça ne te ressemble pas. J'ai besoin que tu m'expliques, Dag, j'en ai vraiment besoin. »

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MessageSujet: Re: ❝ it's love that gets us through all our goodbyes. ❞ (dagher)   Lun 5 Déc - 0:33

Dagher avait toujours vécu avec l'idée qu'un jour Pacey s'émanciperait et en viendrait à ne plus avoir besoin de lui. Il avait toujours naïvement cru qu'à force d'y penser, il s'y était résigné, et qu'il vivait à présent en paix avec cette idée ; mais la vérité c'était qu'elle flottait au-dessus de sa tête telle une épée de Damoclès, et s'il n'en avait pas complètement conscience, il n'en est pas moins que la hantise de la perdre au profit d'un autre, ou d'une nouvelle vie, lui étreignait constamment le cœur. Comme toute hantise qui se respecte, celle-ci avait les doigts crochus et s'accrochait fermement à sa prise, l'enserrant à s'en briser les phalanges, quitte à l'égratigner ou l'abîmer. Et, tandis que Pacey essuyait ses larmes et réinstaurait entre eux un semblant de distance, distance qu'il s'était pourtant évertué à réduire à néant, cette hantise accentue la pression qu'elle avait maintenue à intensité constante pendant tout ce temps, provoquant chez le grand nordique un imperceptible tressaillement ; elle était en train de lui échapper. Et que pouvait-il dire, que pouvait-il faire ? Il ressentait une vive envie de l'en empêcher, de la retenir, mais est-ce que ça n'allait pas à l'encontre de son devoir ? Pensif, il baisse les yeux, pince ses lèvres, et l'écoute – le plus attentivement possible, car il comprenait que cette discussion était primordiale et qu'il ne pouvait pas se permettre de l'esquiver lâchement. Avec lenteur, il relève les yeux vers Pacey, puis enfonce ses mains dans ses poches et l'écoute. Elle a raison. Sur tous les points. Elle a raison dans sa façon de comprendre Dagher, elle a raison quand elle cerne ses limites mieux que quiconque, elle a raison quand elle lui dit qu'il n'aurait pas dû agir de cette façon, et elle a raison quand elle affirme qu'il n'a aucune idée de ce qu'elle peut ressentir. Elle était là, juste devait lui, elle se tenait juste là et en tendant le bras il aurait pu l'atteindre, et pourtant elle ne lui avait jamais semblé aussi lointaine, aussi inaccessible, aussi inatteignable, car il prenait brusquement conscience qu'il n'avait aucune idée de ce qui pouvait se tramer dans sa jolie petite tête – et clairement il avait sous-estimé l'importance que Pacey accordait à ses parents. Lui-même peinait à considérer ses parents autrement que comme deux hurluberlus qui l'avaient plus ou moins éduqué de façon très détachée mais non dénuée d'affection, et il ne lui venait pas à l'esprit que l'absence de ses véritables parents puissent constituer un manque pour Pacey. Il ne trouve pas les mots. Lui qui ne perdait jamais une occasion de sortir son baratin restait muet pour une fois, parce qu'il ne savait pas comment répondre à tout cela, il ne savait pas ce qu'elle attendait de lui, ce qu'il était censé faire, et quoiqu'il puisse dire, si cela devait être sincère et spontané, il se sentirait forcément gauche et penaud et ça ne lui correspondait pas. « C'est promis, je ne recommencerai pas… » lâche-t-il, avant d'esquisser un léger sourire en biais, mais il reprend aussitôt son air sérieux quand il réalise qu'il est peut-être un peu trop tôt pour plaisanter. « Je ne pensais pas… Je ne pensais pas que tu accordais une telle importance à ton père. C'est un tort de ma part, j'en ai conscience. Mais de mon point de vue, ce type n'est qu'un imbécile, et j'étais loin de m'imaginer que, enfin, tu penses à lui de cette façon. » Il n'était clairement pas à l'aise avec ce sujet de conversation. Il n'avait jamais rencontré le père de Pacey, mais il se l'était toujours figuré comme un abruti irresponsable qui ne méritait pas qu'on s'attarde sur son cas. Il était intimement convaincu que Pacey était mieux sans lui, et ne concevait pas qu'elle puisse être attachée à lui alors qu'ils ne s'étaient jamais rencontrés et qu'il l'avait abandonnée. Certes, elle lui devait la moitié de son matériel génétique, et alors ? Ce n'était que de l'ADN, au fond. Ça ne voulait rien dire. Il laisse échapper un soupir. Se passe une main dans les cheveux. « Je sais bien que je ne suis pas toujours le plus réceptif en matière de sentiments et d'émotions. Je pensais être le seul que cela pénalisait, mais clairement mon manque de discernement t'affecte aussi et sache que je le regrette. » Il se pince les lèvres une nouvelle fois, guette une réaction de la part de Pacey ; il fait des efforts colossaux pour s'exprimer, décrire avec acuité ce qu'il ressent et ce qu'il comprend afin de se hisser un peu plus à son niveau, dans l'espoir qu'ils parviennent à être en phase tous les deux, mais la tournure que prend leur conversation n'a de cesse de les éloigner, et plus que jamais Dagher a l'impression d'être inapte à établir une communication sincère et efficiente avec un autre être humain, et si dans la plupart des cas cette incapacité ne l'incommode que très moyennement, en l'occurrence cela le touche bien plus qu'il ne saurait le montrer. Elle lui demande ensuite des explications, ce qui revient à peu près à lui appuyer encore un peu plus la tête sous l'eau après qu'il soit resté en apnée une petite demi-heure. Il se passe de nouveau la main dans les cheveux en expirant et détourne le regard, avant de commencer à faire les cent pas dans la pièce. « Il se passe un certain nombre de choses, dans ma vie, dont je ne juge pas nécessairement utile de te faire part. Un certain nombre de choses qui ne rendent pas forcément la vie à mes côtés sûre et sécuritaire. Cela va peut-être t'étonner compte tenu de ma personnalité fort attachante, mais je n'ai pas que des amis. » Il s'autorise un léger sourire sarcastique et marque une courte pause avant de poursuivre. « J'ai simplement pensé que… Que ta place n'était pas à mes côtés, et que plus la distance entre nous serait grande, mieux tu te porterais. J'étais tellement persuadé d'agir de la bonne façon, en connaissance de cause, et de manière altruiste que… Que j'ai oublié d'être véritablement altruiste et de penser les choses selon ton point de vue. Je suis toujours d'avis qu'il vaudrait mieux, pour toi, que tu continues de construire ta vie de ton côté, mais je n'aurais pas dû chercher à dicter les règles du jeu. Tu es une adulte responsable et intelligente, il y aurait eu mille autres façons plus futées, pour moi, de gérer cette situation, et j'ai agi comme un idiot. » Il ne lui précise pas qu'il ne l'a pas simplement abandonnée dans les mains d'un inconnu, et qu'il la surveillait de loin pendant tout ce temps, exigeant des rapports détaillés et des photographies de la part à la fois de l'acteur qu'il avait engagé pour incarner son père et du détective privé qu'il avait engagé pour surveiller Pacey et l'acteur en question. Le but étant de la rassurer, et non de l'effrayer davantage. « Je voulais juste… éviter que les erreurs que j'ai pu faire dans ma vie n'affectent la tienne. » confesse-t-il, en se retenant d'ajouter qu'il craint que ça ne soit malheureusement trop tard pour cela.

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MessageSujet: Re: ❝ it's love that gets us through all our goodbyes. ❞ (dagher)   Lun 5 Déc - 0:33

Le regard noir qu'elle lui lança subitement contrasta avec son apparence calme et réceptive, et l'espace d'un instant elle eut envie de lui faire ravaler sa langue et ses grands airs de vainqueur. Mais son regard de chien battu n'aidait en rien et à part lâcher un soupir d'agacement, elle se trouva dans l'incapacité de rétorquer la moindre réflexion intelligente. Devant un discours si bien ficelé, si bien délivré, la jeune femme se sentait d'une impuissance impressionnante, comme si Dagher était la pierre et elle la feuille - et à ce stade il la piétinait sans ménagement. Forcée d'admettre que tout ceci avait un sens flagrant, elle se laissa tomber sur un accoudoir du canapé et mis sa tête dans ses mains, profitant de ce court instant de répit pour faire tomber le masque qu'elle s'évertuait à garder intact. Un échec, encore une fois. Relevant doucement les yeux vers son interlocuteur, elle afficha des traits fatigués. « Tu crois que je ne le sais pas ? Je n'en ai rien à faire de cet homme, je n'en ai jamais eu besoin et ça ne risque pas de changer. C'est un idiot et un lâche, n'empêche qu'à cause de cet enfoiré d'inconnu j'ai un trou béant dans la poitrine et je ne pourrais jamais rien y changer. » Elle s'était emportée, elle en prenait conscience au fur et à mesure, mais la petite brune n'était pas aussi douée que lui pour contenir ses émotions et maintenant que le sujet de conversation était sur la table, aussi déroutant soit-il pour tout les deux, c'était l'occasion de se montrer parfaitement honnête. Dagher était la seule figure masculine qu'elle avait côtoyé durant de nombreuses années, avant que des adolescents souvent peu fréquentables commencent à lui tourner autour, malgré tout elle ne l'avait jamais considéré comme son père ni comme son remplaçant. Pas parce qu'il n'avait pas été à la hauteur, mais au contraire parce que ça aurait été comme réduire son rôle. En aucun cas ça ne lui rendait justice. Et puis, par dessus tout, parce qu'une part d'elle-même ne pouvait s'empêcher d'abhorrer cette image. Elle n'était pas certaine que ce qu'elle ressentait pour lui (dans le cas où elle arriverait un jour à mettre des mots là-dessus) colle aux sentiments qu'une fille devrait éprouver pour son père. Il demeurait une inconnue dans l'équation, un blocage, un détail qui ne concordait pas mais, par chance, qu'ils n'avaient pas besoin de comprendre. C'était tout l'avantage d'une relation aussi unique que la leur : la majorité du temps, les mots n'étaient pas nécessaires. Pacey croisa de nouveau les bras, bougonne, l'égo en vrac. Mais elle continua d'écouter avec attention, puisqu'elle était persuadée qu'un tel moment ne se présenterait plus avant longtemps. Quand son ancien colocataire évoqua soudainement des questions de sécurité, son premier réflexe fut d'oublier les traces de larmes séchées sur ses joues tandis qu'elle s'apprêtait déjà à faire un bond, dans une attitude maternante à en vomir, dans le but de le rejoindre et de l'étreindre. La scène se déroula dans son esprit à la vitesse de la lumière et elle ne discernait pas la raison pour laquelle elle était encore scotchée sur ce canapé, mais le fait est qu'elle demeurait immobile et qu'elle se contenta de déglutir. Pacey avait beau savoir qu'il fallait qu'elle garde ses fesses sur ce sofa, qu'elle laisse s'installer la distance, que c'était le seul moyen pour qu'il comprenne qu'il l'avait énormément blessée et qu'il s'efforce de ne plus jamais recommencer un coup pareil, mais son cœur se serrait inévitablement et elle baissa les yeux. Elle se rendait compte que des semaines durant, Dagher s'était retrouvé seul, et ça avait beau être pleinement de sa faute, elle se détestait subitement de ne pas être restée, d'avoir écouté pour la première fois de sa vie juste au moment où elle aurait dû l'envoyer dans le mur et lui tenir tête. « Parce que mes erreurs n'ont jamais affecté ta vie peut-être ? » Elle faisait surtout référence au cas Redkins, mais c'était aussi valable pour toutes les fois où elle avait trop bu, où la police avait frappé à leur porte, où elle s'était mise en tête que draguer l'un de ses professeurs était une idée fantastique ; ce nombre incalculable d'erreurs qu'elle avait faite et qui avait terni l'image de Dagher de bien des manières, en plus d'avoir accentué son anxiété. N'attendant pas de réponse particulière, elle se releva pour se trouver de nouveau à sa hauteur (façon de parler), incapable de rester sur la défensive plus longtemps. Pacey n'était pas une cérébrale, en contrepartie elle ressentait tout à deux cent pour cent et n'était plus en mesure de se battre contre les battements de son cœur qui menaçaient de faire exploser sa poitrine. « Tu as voulu me protéger, je le comprends, mais à aucun moment tu t'es dit que ça fonctionnait dans les deux sens ? Je ne suis pas naïve au point de croire que je serais capable de te protéger de quoi que ce soit, mais ne compte pas non plus sur moi pour me défiler, ou pour ne pas essayer. Tu es la seule famille que j'ai, si tu dois tomber je tomberais avec toi, le reste m'importe peu. » Sans s'en rendre compte, la brune avait agrippé le poignet du maire avec douceur et fermeté, rétablissant ainsi un contact physique qui les aiderait probablement à faire tomber les barrières restantes. Elle laissa les secondes défiler tandis qu'un léger sourire sincère vint adoucir sa mine inquiète. « N'essaie plus de m'éloigner s'il te plaît, et laisse-moi devenir la personne adulte et responsable que tu as toujours voulu que je sois. »

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MessageSujet: Re: ❝ it's love that gets us through all our goodbyes. ❞ (dagher)   Lun 5 Déc - 0:33

Dagher avait passé sa vie à ficeler de jolis discours, usant de son habilité à feindre tout un panel d'expressions variées mais tout aussi charismatiques les unes que les autres (un talent que certains qualifiaient d'ailleurs plutôt de prédisposition à l'hypocrisie) mais face à une petite brunette d'à peine vingt-trois ans il perdait tous ses moyens, et jamais les neurones de son cerveau ne s'étaient retrouvés aussi activement sollicités ; c'était le branle-bas de combat là-haut, il réfléchissait à toute allure, cherchant vainement à démêler ses pensées confuses et poussiéreuses et, lui qui n'avait jamais été très porté sur l'introspection, il se faisait la réflexion qu'il serait bon de faire un peu de ménage là-dedans un de ces quatre. Il devait faire le point. Sur un très grand nombre de choses. Car, clairement, il ne suivait pas le bon chemin et, s'il continuait sur cette pente hautement glissante, tout cela risquait de mal finir. Il ne pouvait plus se permettre de n'en faire qu'à sa tête en croisant les doigts pour que ça passe, au moins cette fois. Il ne pouvait plus espérer s'extirper de toutes les situations délicates dans lesquelles il trouvait le moyen de se fourrer, en comptant uniquement sur sa chance ou sa bonne étoile – il avait épuisé toute sa réserve de bonne fortune. Sa seule crainte, à présent, était qu'il se soit enlisés trop profondément dans ses ennuis, et qu'il soit trop tard pour faire demi-tour. Mais il était Grim Dagher Nystrand, et Grim Dagher Nystrand se sortait de tous les mauvais pas – il en était persuadé, en tout cas. Pour autant, il peinait assez franchement à garder la face lors de cet échange qui lui faisait plus l'effet d'un affrontement que d'une conversation. Et quand il sent que la balle est dans son camp et qu'il ne tient qu'à lui de sortir une de ses habituelles réparties culpabilisatrices et pseudo-innocentes servant à le victimiser et le faire passer pour plus bon et altruiste qu'il n'est, il se retient de justesse, réprimant au dernier moment cet abominable réflexe qu'il a de toujours chercher à faire basculer la discussion dans son sens. Il ne s'adresse pas à n'importe qui. C'est Pacey. Pacey. Il ne va pas chercher à jouer sur la corde sensible, prendre un accent faussement mélodramatique et vaguement pudique en arguant qu'il a fait de son mieux pour l'élever seul (même si la question du "qui avait élevé qui" était sujette à débat) et qu'il était le premier à être désolé de la lâcheté de cet illustre inconnu à qui la jeune fille doit la moitié de son génotype.

Buté, il reste bêtement bloqué sur la dernière phrase. C'est d'une évidence, pourtant. Lui, seul, ne peut pas combler le vide affectif laissé par l'absence de deux parents. Il n'est rien, lui, au fond. Ils ne sont pas réellement liés. Il n'y a rien de tangible, de concret, dans leur relation. Sans les connexions qu'il s'était faites, il n'aurait même probablement jamais réussi à devenir son tuteur légal. « J'imagine que je ne suis pas exempt d'idiotie moi-non plus, puisque que quelque part en cours de route j'ai dû me mettre en tête que ma présence à tes côtés serait… Suffisante. » Un sourire doucement cynique aux lèvres, il secoue légèrement la tête en prononçant ce dernier mot, comme si le caractère absurde et extravagant de cette idée lui apparaissait dans toute sa clarté à présent. Il s'était retenu de faire son Dagher, mais avait fini par céder, restant fidèle à sa tendance. Mais que pouvait-il dire d'autre ? Il avait déjà signalé son manque total de clairvoyance dans ce domaine, et n'était pas tenté de surenchérir à ce sujet. Il n'avait pas été suffisamment attentif aux besoins de Pacey, bien, il l'avait compris maintenant. Mais aurait-il été en son pouvoir d'en faire plus ? Qu'aurait-il pu faire pour colmater ce trou béant qu'elle venait de mentionner ? Aurait-il dû être plus démonstratif, plus câlin, ou une connerie du même acabit ? Très peu pour lui. Mais il aurait dû se débrouiller pour lui proposer une alternative, un autre moyen de subvenir à ses besoins ; peut-être aurait-il dû s'arranger pour qu'elle reste en contact avec sa famille, même s'il considérait les sœurs Odair encore vivantes plus comme des plaies qu'autre chose. S'il avait mieux géré la situation difficile dans laquelle ils s'étaient tous retrouvés, il en aurait peut-être été autrement – il avait toutefois du mal à y croire. « Je ne l'avouerai qu'une fois alors ouvre grand les oreilles, mais si tu n'avais pas été là pour ponctuer ma vie de tes "erreurs", je serais mort d'ennui depuis bien longtemps. Je te serais, en vérité, presque reconnaissant. » Bien sûr, il s'était à de nombreuses reprises inquiété pour elle ; il s'était rongé les sangs, avait angoissé, voire paniqué parfois, et globalement il se faisait toujours un sang d'encre pour elle, où qu'elle aille, quoiqu'elle fasse. Mais cela faisait partie des choses qui le faisait se sentir en vie, et en phase avec son humanité, et il était secrètement heureux d'éprouver autre chose qu'une profonde indifférence pour un de ses semblables – tellement secrètement qu'il n'en était probablement pas conscient. « Quant à tes erreurs plus… Graves. Je crois qu'elles ne seraient pas si gênantes si je ne tendais pas à commettre moi-même des erreurs nettement plus préjudiciables dans l'idée de tout arranger. » confesse-t-il ensuite, faisant référence à l'affaire Redkins. Ces derniers temps, il en était venu à songer qu'il n'avait peut-être pas pris les choses en main de la meilleure façon. Il avait agi comme il agissait toujours, mais il n'était plus aussi convaincu par sa méthode qu'il avait pu l'être, et ne pouvait s'empêcher de douter. Ces doutes, aussi fondés soient-ils, ne tarderaient sans doute pas à s'évanouir dans la nature. Il faut chasser le naturel pour que celui-ci revienne au galop mais, dans le cas de Dagher, il y avait déjà peu de chance qu'il s'affranchisse de la première étape, et s'il parvient déjà à admettre que quelque chose cloche avec le naturel en question, ce sera déjà une grande avancée.

Il reste figé là durant tout ce temps, debout et immobile, suivant Pacey du regard tandis qu'elle prend appui sur l'accoudoir du canapé puis se relève. Il pousse un soupir fatigué, se mords brièvement la lèvre inférieure puis son regard part se perdre dans un coin de la pièce. « Je ne vais pas te mentir ; t'éloigner était sans doute aussi un moyen pour moi de me protéger. Tu es… Tu es quelque chose comme mon talon d'Achille, et je n'ai pas envie qu'on cherche à m'atteindre en t'utilisant. S'il devait t'arriver quelque chose à cause de mon insouciance, je ne me le pardonnerai jamais. Je me suis momentanément laissé aveuglé par cette peur. » Momentanément, ou pendant plusieurs mois, cela revenait au même. Cette crainte l'avait peu à peu quitté, car il avait réalisé que le lien qui l'unissait à Pacey, aussi profond soit-il, n'était pas franchement traçable et il n'était pas assez idiot pour avoir mentionné Pacey à… À qui que ce soit, en fait. Un sourire triste s'empare des lèvres du nordique quand il sent la pression de la main de la jeune fille contre son poignet, et il la saisit alors entre ses doigts qu'il glisse contre sa paume, jouant distraitement avec la main de la petite brune. « C'est d'accord. » consentit avec un demi-sourire, lâchant la main de Pacey pour aller tapoter le haut de son crâne dans une attitude en désaccord total avec sa résolution – forcément. Il la couve un instant du regard d'un air mélancolique, avant de se ressaisir et, prenant une nouvelle inspiration, il enfonce ses mains dans ses poches en s'humectant les lèvres. « Au risque de passer pour le vieux con par excellence… » Ce qu'il était en réalité depuis l'âge de ses douze ans – au moins. « J'oublie toujours que tu n'as plus huit ans. Il serait peut-être temps que je reconnaisse que j'ai plus besoin de toi que tu n'as besoin de moi. » Et il suffisait de jeter un coup d'œil à son alimentation depuis le départ de Pacey pour avoir une preuve flagrante de cette allégation.

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❝ it's love that gets us through all our goodbyes. ❞ (dagher)

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