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  you will meet a tall dark stranger

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Lézardée
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MessageSujet: you will meet a tall dark stranger   Lun 5 Déc - 0:34

Pour une raison qu’elle ignorait encore, Maya avait ressorti ses carnets écornés et ses crayons abimés. Cela faisait pourtant des mois qu’elle les avait rangés au placard, elle qui autrefois ne pouvait se déplacer sans. Elle avait toujours une feuille pliée quelque part et un bout de crayon qui n'en avait plus que le nom. En fait, elle aurait pu utiliser n’importe quoi. Un coin de serviette, un vieux stylo et le tour était joué. Mais il n’y avait rien de plus agréable que d’avoir son propre matériel et celui de Maya était simple. Depuis la naissance de Max, elle avait délaissé ce qui était auparavant sa passion. Un abandon qui lui aurait paru improbable et insurmontable quelques années plus tôt, tant son besoin de croquer les détails de la vie lui était indispensable. Que serait son existence sans le plaisir de voir apparaitre sur une feuille immaculée sa propre version de la réalité ? Maintenant qu’elle avait pris la décision de voir ce qu’une fin d’après-midi à une terrasse donnerait comme résultat, Maya se demandait comment elle avait pu laisser tomber aussi purement et simplement un geste si naturel. Elle ignorait autant la raison qui l’avait poussée à arrêter que celle qui la forçait maintenant à reprendre son activité. Elle craignait d’être légèrement rouillée, de ne plus savoir dessiner comme elle pouvait le faire auparavant, si aisément, si instinctivement. Mais en reprenant son cahier à moitié entamé et en caressant le fusain usé, Maya sentit une bouffée de bonheur l’envahir. C’est ce qui lui avait donné l’envie soudaine d’attraper Max, de l’habiller et de l’embarquer avec elle pour cette petite escapade improvisée. Le sac chargé de son passé, le bras encombré par le corps de sa gamine, elle quitta la résidence pour se rendre au centre-ville, là où les opportunités de capturer un instant de la vie quotidienne seraient plus fréquentes, plus intéressantes. Et quel meilleur point d’observation qu’une terrasse sur Fairway Place ? Maya s’y était installée après avoir repéré la table qui, selon elle, serait la mieux située. Elle avait posé son sac et sa fille à ses côtés et avait entrepris de sortir religieusement son matériel avant de commander un café noir et un jus de fruits. Elle assit Max sur ses genoux, de sorte que ses mains étaient libres pour tracer des courbes fines et précises sur la feuille granulée, et se mit à observer les allées et venues des passants, cherchant le moment à capturer, cet instant d’intimité, d’amitié, de complicité qui pourrait être aisément immortalisé sur le papier. Elle n’avait pas besoin d’une pose, un regard furtif, un sourire en coin, une main négligemment posée sur une autre suffisaient à enclencher l’imagination de la jeune maman. Son regard attentif et expérimenté scanna la place, guettant ce détail qui lui redonnerait goût au dessin quand elle semblait l’avoir perdu si longtemps pour une raison qui lui échappait toujours. Était-ce son changement radical de mode de vie ? La naissance de sa fille ? Sa relation émoussée avec Knox ? Elle aurait été incapable d’identifier où se situait le problème mais elle voulait retrouver ce bien-être intense qui l’envahissait dès qu’elle s’isolait dans un monde gouverné par la créativité et la beauté de ce qui était offert à la vue. Le regard noisette glissa vers un banc où une jeune fille était assise sur les genoux de son petit ami, un bras passé autour de ses épaules, sa main libre effectuant des gestes vifs et spontanés. Visiblement, elle racontait une anecdote à l’adolescent qui la dévorait du regard, les bras enlaçant ses hanches fines. C’était parfait, c’était tout ce dont Maya avait besoin. C’était comme ça qu’elle se nourrissait de la tendresse qu’elle semblait incapable de développer elle-même. Jamais elle n’avait fait cela, jamais elle n’avait marché main dans la main avec un homme, jamais elle n’avait enlacé un corps en public, se contentant des échanges dissimulés derrière les murs d’une chambre. Consciente que son comportement pouvait sembler glacial et distant, elle n’avait jamais cherché à l’expliquer. C’était comme ça, un point c’est tout. Elle était spectatrice du monde qui l’entourait plutôt qu’actrice. Elle laissait aux autres les effusions, les baisers volés, les caresses discrètes. Elle laissait aux autres les rires, les larmes, les déceptions. Une brève inspiration lui suffit pour enregistrer l’image symbolique qui s’offrait à son regard et elle attaqua le croquis d’un geste délibérément vague, commençant par l’aspect général du tableau, les silhouettes, pour se concentrer ensuite sur les détails, comme les vêtements ou les caractéristiques physiques des deux jeunes amoureux. Perdue dans sa contemplation puis dans sa concentration, Maya remarqua à peine les mouvements de sa fille et elle n’y attacha de l’importance que lorsque les petits bras potelés vinrent obstruer sa vue. « Qu’est-ce que tu as ? » demanda-t-elle, s’arrêtant pour voir ce que sa fillette fabriquait. Les grands yeux de Max – elle avait le regard vif et curieux de son père – étaient visiblement passionnés par un client, tandis que ses mains se tendaient avec impuissance vers une silhouette voisine. Maya essuya la bouche de sa fille puis tourna la tête vers l’homme qui était installé à deux mètres de là. Un sourire arqua presque automatiquement ses lèvres, réalisant que sa fille tenait au moins quelque chose d’elle : son attrait pour les hommes au charme certain. Posant son carnet ainsi que son fusain sur la table, elle rassit convenablement Max, tachant sa robe de ses doigts noircis. « M. le Maire, vous semblez avoir une admiratrice supplémentaire » plaisanta-t-elle en caressant les cheveux doux de Max.

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Lézardée
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MessageSujet: Re: you will meet a tall dark stranger   Lun 5 Déc - 0:34

Il se retrouvait de plus en plus fréquemment à fuir son foyer, se rendant dans des lieux pour lesquels son taux d'intérêt était des plus moindres, errant parfois telle une âme en peine dans les rayons d'un magasin de jardinage, parce que tous les prétextes étaient bons pour éviter ce vide palpable, cette absence omniprésente qui s'infiltrait dans les moindres recoins de sa résidence, et il préférait se confronter à ses semblables insipides et au monde fade dans lequel il vivait, bien malgré lui, plutôt que d'affronter ses propres démons ou d'essayer de mûrir spirituellement ou une connerie du même genre. Dagher avait toujours été réfractaire au progrès, en ce qui concerne son cas personnel bien particulier, et cela n'était pas près de changer. Il se plaisait à croire que ce qu'il était lui convenait tout à fait, quand il était flagrant que sa situation personnelle ne reflétait rien de bien glorieux et qu'il passait le plus clair de son temps à se morfondre dans des divagations dont il rejetait en bloc la paternité. Le paradoxe était qu'il avait conscience du fait d'être dans un état de déni total – il choisissait simplement de nier cela également. Il empilait les couches de dénis, cumulant les illusions qu'il avait laborieusement érigées comme un mur de défense autour de lui, ce qui lui permettait de se convaincre encore un peu plus qu'il se portait comme un charme, alors que tout semblait indiquer le contraire. Il était constamment fatigué, et avait en permanence l'impression que ses paupières le suppliaient de les laisser se fermer. Parfois, il aurait même presque juré les avoir entendues. Dans ces moments-là, il avait alors plus de mal à se convaincre que tout allait bien.

Ce jour-là, comme tous les autres jours, il avait l'esprit en vrac. Il se figurait que cela avait quelque chose à voir avec la flasque de whisky qu'il se trimballait à longueur de journée, oubliant sciemment que ce drôle de désordre mental était antérieur à sa première consommation d'alcool de la journée. Il se disait qu'il se forçait à boire pour faciliter son hypocrisie. Sourire à tous ces gens qu'il méprisait était difficile, il avait besoin d'un coup de pouce. Il oubliait sciemment que, jadis, sourire d'un air aimable à ses ennemis mortels avait été un de ses plus grands plaisirs. La vérité était qu'on l'avait dépossédé de la moitié de lui-même, ce qui n'aurait pas été si handicapant s'il ne s'était s'agi de sa meilleure moitié. Déphasé, il s'était acheté un exemplaire d'un des journaux locaux et, après avoir vagabondé parmi les rues de Miami, il avait fini par se décider à se poser à une des terrasses de Fairway Place. Pour l'heure, il n'était attendu nulle part, et était bien libre de perdre son temps comme il l'entendait. Et il entendait le faire en épiant discrètement ses concitoyens entre deux gorgées de café, laissant traîner son oreille en pianotant nerveusement sur la table à laquelle il était installé. Le masque qui lui sert de visage reste neutre. Il est impossible d'y lire le mépris qui l'habite, la rancœur qui sinue dans chacun de ses vaisseaux sanguins, et le dépit qui fait battre son cœur d'un rythme morne et faiblissant. Il exècre tous ces gens qu'il ne parvient pas à comprendre, il sait que, même s'il essayait, il ne parviendrait pas à créer une connexion avec qui que ce soit, il se sent exclu du délire commun et, parce qu'il n'est pas du genre à s'apitoyer sur son sort, il préfère croire qu'il est au-dessus de tout ça, et qu'il ne s'abaisse pas à leur niveau parce qu'il vaut mieux, tellement mieux que chacun d'entre eux. Il laisse un instant tomber son journal, et ancre son regard dans celui de la fillette. Elle ne le détourne pas, le sien, de regard ; les enfants sont comme ça. Il aurait presque envie de lui sourire, il le ferait presque s'il se rappelait comment faire. Elle n'est pas encore corrompue. Cela viendra plus tard. Quand son originalité naturelle, instinctive, sera érodée, émoussée, par l'action humaine. On ne peut pas vraiment y échapper. Bientôt, elle n'osera plus regarder les gens droit dans les yeux – quelque chose la poussera à croire que ça ne fait pas, ça l'embarrassera, et comme tout le monde son regard déviera. Alors, pour le moment, Dagher profite. Il profite de l'innocence de cette gamine qu'il ne connait pas. Qui sait combien de temps elle perdurera ? « M. le Maire, vous semblez avoir une admiratrice supplémentaire. » Il cille, et son regard à lui, enfin, dévie. Vers la femme sous la fille. Vraiment – et ça peut sembler fou – il ne l'avait pas vue. Il esquisse un petit sourire, poli, courtois. La remarque ne lui déplaît pas. Il y a quelque chose de simple, naturel et spontané, dans la façon que la jeune femme a de prendre la parole. Ça lui change, à Dagher. Ça a quelque chose de rafraichissant. Il a un peu oublié ce que ça pouvait être, les vrais gens. Ou les gens vrais. Il ne sait plus très bien quelle est la différence. « Vous croyez ? Je me demande depuis cinq minutes si je suis l'objet de son attention, ou bien si elle espère réussir à attraper un bout de ma tarte à la myrtille. » Il réfléchit, il se demande ce qu'il est supposé dire. Ce n'est pas évident, pour lui ; il voudrait être comme elle, que ces choses-là lui viennent instinctivement. Mais il ne sait pas être naturel, pas comme ça, en tout cas. « Quel âge a-t-elle ? » demande-t-il en posant son regard sur la petite fille, après mûre réflexion – c'est bien ça, qu'il est censé dire, non ? Ou aurait-il dû demander son prénom ? Il aurait dû demander son prénom - quel idiot.

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MessageSujet: Re: you will meet a tall dark stranger   Lun 5 Déc - 0:34

L’importunait-elle ? Probablement. Mais n’était-il pas habitué ? Sa vie n’était-elle pas régie par ces interruptions clandestines ? Assurément, les citoyens du quartier ne se gênaient pas pour se plaindre auprès de l’homme qui détenait le pouvoir. Assurément, il devait en entendre des vertes et des pas mûres et, assurément, il devait s’être forgé un masque de compassion, prêtant une fausse oreille attentive à ses ouailles, leur promettant de faire ce qu’il pourrait pour eux, sans toutefois noter le quart de leurs requêtes – toutes aussi égoïstes que semblables. Mais ce n’était même pas ça qui poussait Maya à attirer l’attention du Maire de Miami. Elle n’avait aucune demande particulière, ne s’intéressait que trop vaguement au quartier pour vraiment s’y investir. Elle n’avait même pas d’objectif précis en ouvrant la bouche sinon celui d’ennuyer l’homme au sérieux immanquable et au regard impénétrable. Pour une fois qu’elle pouvait l’apostropher, sans raison aucune. Et si Max n’avait pas fait des siennes, il était évident que la jeune maman serait encore passée à côté d’une opportunité en or. Quel spécimen intéressant, en même temps. Même Maya Mazzello, qui ne levait que trop rarement le nez sur les inconnus, devait bien concéder cela à la silhouette pleine de prestance de M. Nystrand. Il était de ces rares êtres à capter le regard, sans sembler faire le moindre effort. Il lui donnait même la sensation d’éviter à tout prix ce genre d’attention mais, après tout, c’était son choix d’occuper le poste qui payait ses beaux costumes, alors il y avait probablement bien plus derrière ces yeux perçants que ce qu’il voulait bien laisser deviner. Jouait-il de ce mystère ? S’amusait-il de soupirs étouffés qu’il diffusait sur son passage ? Ou était-il au stade où la moindre lueur enamourée l’agaçait profondément ? Qu’il se rassure, Maya avait suffisamment l’attention portée ailleurs pour lui éviter ce genre de désagrément ! Un sourire teinté d’espièglerie se dessina sur ses lèvres et elle fixa le Maire avec une intensité et un intérêt rares, comme si elle cherchait à percer la première impression qu’il aurait en levant les yeux – s’il daignait répondre à sa réplique. Après tout, il pouvait feindre de ne pas l’avoir entendue, persister à ignorer le monde qui l’entourait et qu’il entourait de ses responsabilités. Quel fardeau ! Maya se figurait mal le plaisir qu’on pouvait retirer d’une telle implication. Égoïstement, elle préférait mener sa vie comme elle l’entendait, sans devoir se soustraire à ses envies sous prétexte qu’on espérait qu’elle agisse d’une manière ou d’une autre. Et loin de culpabiliser de se montrer aussi hermétique aux autres, Maya chercha à épingler ce qui rendait cet homme magnétique aussi prompt à assumer des tâches aussi lourdes. Surtout que contrairement à certains de ses condisciples, il ne semblait pas apprécier la chose outre mesure. Là où d’autres s’exposaient aux poignées de mains et aux pirouettes pour se mettre les gens dans la poche, celui-là semblait partir du principe que tout lui était acquis. À moins qu’elle ne se méprenne. Après tout, elle était loin d’être une experte en la matière. Ce qui ne l’empêcha pas d’observer la première attention qu’il accorda à Max et, instinctivement, elle resserra légèrement son étreinte autour du corps gesticulant de sa fille. Il avait de quoi glacer le sang, avec ses pupilles tellement pâles et si opaques à la fois. On aurait pu croire qu’on verrait son âme, à travers de telles billes claires, mais c’était tout le contraire. L’individu était un véritable mystère et ce devait sûrement être là sa force. Car qui pourrait deviner les points faibles d’un homme aussi impassible, aussi distant ? Enfin – enfin ! et Maya sentit avec une pointe d’étonnement son cœur faire un petit bond dans sa poitrine – le Maire sembla remarquer sa présence et, sans grande surprise, esquissa un geste poli dans sa direction. Un sourire, si tel est le nom qu’on pouvait donner à un arc aussi discret des lèvres. Impénétrable. C’était véritablement le mot qui venait à l’esprit de Maya en fixant son interlocuteur, se demandant comment elle illustrerait pareille notion si elle devait faire le portrait du grand blond. Le sourire que lui rend Maya, à sa réponse, est bien plus ouvert qu’elle ne l’aurait cru et elle haussa les sourcils, ponctuant le geste d’un haussement d’épaules. « Elle adore la tarte à la myrtille » plaisanta-t-elle. À moitié. Rehaussant le corps récalcitrant de Max sur ses cuisses, Maya lui murmura quelque chose à l’oreille et la réaction ne se fit pas attendre. Un gazouillement proche de l’extase s’échappa des lèvres balbutiantes de la fillette et Maya opina : « Il y a apparemment un peu des deux ! » Car, c’était indéniable, Max n’avait d’yeux que pour le Maire et Maya s’interrogea sur la raison d’une telle passion. Personne, en effet, dans son entourage, ne pouvait faire penser à M. Nystrand, de près ou de loin. Il ne pouvait donc s’agir d’une quelconque projection inconsciente. « Presque deux ans » soupira Maya, en réalisant à quel point le temps passait – trop – vite. Capitulant face à l’énergie retorse de sa fille, Maya la fit prestement glisser de son perchoir et Max profita de cette échappée belle pour combler la distance qui la séparait de l’objet de son adoration. Minuscule à côté du Maire, malgré sa position assise, Max vint se poster devant lui et leva le nez, portant un doigt baveux à sa bouche tordue. Prise d’une inspiration soudaine, Maya attrapa son carnet, en tourna la page entamée et entreprit d’illustrer la différence de taille entre Dagher et Max. « Vous sembliez bien pensif » dit-elle distraitement en dessinant à une vitesse folle, avec un désir d’arriver au bout qui ne l’avait plus tenaillée depuis belle lurette. « Vous avez fort à faire, j’imagine. Vous devez crouler sous le boulot ! » Ce qu’elle ne semblait pas du tout être, elle. Mais s’en sentait-elle pour autant gênée ? Pas le moins du monde !

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