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  rain on the river

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Lézardée
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MessageSujet: rain on the river   Lun 5 Déc - 0:39

when you try your best but you don't succeed, when you get what you want but not what you need, when you feel so tired but you can't sleep, stuck in reverse. when the tears come streaming down your face, when you lose something you can't replace, when you love someone but it goes to waste, could it be worse ? lights will guide you home, and ignite your bones, and I will try to fix you.
Elle n'a pas réfléchi, Emrys. Ses pas l'ont guidé jusqu'à cette porte, sans même que l'esprit n'y soit résolu. Plus assez de courage pour s'abstenir de s'inviter sur ce porche, et se résoudre à l'idée que ce peut être bien malvenu de déranger le voisinage à une telle heure. L'heure de la nuit. Le temps de la pluie. Elle devrait se faire entendre, dans l'espoir que cette porte lui soit ouverte. Mais ses doigts, ne font qu'effleurer ce bois. Elle n'a plus la force. Seulement la faiblesse de partir en quête d'un refuge, d'une attention sur laquelle s'appuyer pour ne pas lourdement sombrer. Et instinctivement, c'est auprès de ce logis qu'elle veut se faire accepter. Elle a ce sentiment qui lui colle au corps et étreint son muscle gauche. La solitude. Pavel est partie. Taylor aussi. Sara est morte. Arya aussi. Et admettre cette vérité la bouscule. L'assaille autant que la ravage. Elle l'a perdu. Tout est perdu. Emrys, elle rejette la réalité. La vérité est trop brute. Comment pourrait-elle l'accepter ? Elle ne sait plus, vers qui se tourner. Elle n'a plus grand nombre sur qui s'appuyer. Pourtant, le soutien ne lui est pas moins nécessaire, pour ne pas s'effondrer à terre. A moins qu'il ne soit déjà trop tard ? Elle ne sait plus, Emrys. Si elle l'a un jour su. Elle est fatiguée, tant mais ne peut fermer l’œil. Son esprit ne le tolère que trop peu, lorsqu'il ressasse le mauvais et... le mauvais. Bien sûr, le bon ne l'a pas tant épargné. Mais elle ne s'obnubile que du pire, incapable de s'attarder plus loin. Ces fardeaux ont une telle envergure, que ses épaules ne peuvent que s'en affaisser jusqu'à ne songer qu'à ce poids. L'idée d'un jour meilleur, ne parvient plus à l'animer. Un mensonge, qui s'ajoute à la pile. Emrys, elle n'est plus qu'un spectre. Un pâle fantôme, qui ce jour a hanté inlassablement les rues de ce quartier. Elle ne sait plus où se rendre, alors elle a erré. Errer pour ne pas s'enterrer, errer pour oublier. Mais elle n'en est guère plus capable, elle n'en vient bien qu'à s'obnubiler de ce qu'elle tente vainement d'oublier. Ce jour l'illustre. Arya est morte, que lui a appris sa sœur ce matin. Aussitôt, elle aurait voulu qu'elle se taise. Quand aurait-elle été prête pour la macabre nouvelle ? Jamais. Jamais implique un temps affreusement long, qui aurait été sa bénédiction. Mais elle est maudite, Emrys. Elle attire la mort, la mort l'attire. Du présent, elle ne réalise pas tout. Elle a avant tout pour souvenir, une matinée fatale. De la suite, qu'en sait-elle ? Elle ne saurait dire ce qui a composé l'ébauche ratée de sa journée. Jusqu'où ses pas l'ont guidé, elle ne sait plus – si elle l'a su. Elle se souvient parfois d'un chêne qui a croisé son chemin, d'une voix qui l'interpelle, mais autrement le néant. Elle ne veut pas savoir, Emrys. Elle veut oublier. Pourquoi ne peut-elle oublier ? Elle grimace. Cet esprit qui l'assaille. Elle songe à une Ruskin six pieds sous terre, une nouvelle fois. Elle encaisse le coup. Enfin, pas vraiment. Elle est désorientée. Pour quelle raison s'hasarde-t-elle ici déjà ? Où est-elle d'ailleurs ? Elle s'apprête à rebrousser chemin, sans une quelconque idée de destination pour justifier qu'elle foule encore ce sol soudain si peu fiable. Mais la porte disparaît en partie de son champ de vision, pour laisser place à une silhouette familière. Un sourire creux s'empare alors de ses lèvres. Ce que ça a du bon, de retrouver un visage connu. Bien qu'elle en ait croisé la journée entière, le sien est celui auquel elle se raccroche. Pourquoi ici, et pas ailleurs, qu'elle s'attarde Emrys ? Elle le sait si peu, l’inconscient agit en maître. Il n'a pas eu tort, d'ailleurs. Lentement, c'est au travers de lui qu'elle renoue sans se réconcilier avec la réalité. Et aussitôt, elle regrette. Qui est-elle pour s'inviter à cette porte ? Pourtant, elle n'a pas le courage d'un volte-face. Ni même, de rendre ces quelques mots assez audibles. « Je ne savais pas où... je suis dé... » Elle abandonne. Pourquoi oser l'effort qui ne s'entend pas ? Elle n'a plus les mots, Emrys. Elle a un esprit qui la tiraille. Alors, va pour l'abandon. A quoi bon ?

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Lézardée
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MessageSujet: Re: rain on the river   Lun 5 Déc - 0:39

La pluie bat contre les carreaux tandis que ses paupières s'abaissent. Sa tête penche légèrement vers l'avant, un soupir s'échappe de sa bouche. Il reprend sa contenance et son verre en main, et la gorgée de whisky qu'il ingurgite vient cogner contre un nouveau soupir qui cherchait à s'enfuir, le réprimant de force vers l'intérieur, vers le trou noir qui lui sert de cœur. Sur son bureau, des tas de feuilles sont éparpillées, de telle sorte qu'on n'aperçoit plus que de rares parcelles d'acajou inoccupées. Dans son esprit, des tas de problèmes juridiques ou municipaux se dessinent, de telle sorte que son cerveau est saturé par les préoccupations d'autrui, et qu'il n'a plus ni le temps ni l'occasion de s'inquiéter de ses soucis à lui. C'est ce qu'il cherche à faire, en glanant par-ci par-là du boulot supplémentaire, en proposant son aide à des anciens collègues et en se portant volontaire pour quelques affaires pro bono. Mais il y a toujours, malgré tout, ces pensées recluses à l'arrière-plan de sa mémoire qui, souvent, et toujours au mauvais moment, se décident à ressurgir, un sourire sadique aux lèvres, en investissant le premier-plan de son esprit. Si bien qu'au-dessus du monticule de paperasse qui traîne sur son bureau trône une quantité impressionnante de photographies ; et sur toutes, on retrouve le visage de cette même fille. De dos, de face, de profil, de loin, de près, sous tous les angles. Seule ou accompagnée. Et Dagher prend sa tête dans sa main disponible en repoussant les photos de Pacey dans le coin, avant de les faire glisser dans un tiroir. Il ignore ce qu'est la normalité, mais il est à peu près persuadé que ce n'est pas ça. Il fait taire la voix dans sa tête, sa voix à lui. Il ne veut pas l'entendre. Alors il fait la sourde oreille et parvient, en se concentrant très fort, à anéantir tout reliquat de pensée. Mais qu'il cherche à saturer son esprit ou à le vider entièrement, cela ne change rien – on ne peut pas être obsédé par une personne pendant vingt-deux ans, et l'oublier du jour au lendemain. Il doit se faire une raison, pourtant. Elle est partie. Elle n'est plus à lui. (À-t-elle jamais été à lui ?) La maison lui semble si vide. Sa vie lui semble si vide. Son être lui semble si vide. Et son verre, lui, est incontestablement vide. Il se lève alors en poussant une forte expiration nasale et, porté par le besoin irrépressible de se cuiter au Laphroaig, se déplace d'un pas sourd jusqu'au salon. En entendant comme un bruit de grattement, il se fige un instant, la bouteille en main, l'œil perçant et l'oreille tendue. A-t-il encore oublié Garnett dehors ? Le chat n'est pas friand de ce genre de climat, c'est le moins qu'on puisse dire, et à l'idée que le seul félin de la planète qu'il n'abhorre pas ait eu à subir un déluge pareil, Dagher sent presque son cœur se serrer. Aussi il ne perd pas de temps et, sèchement, repose la bouteille sur le bar avant de se diriger d'un pas pressé vers la porte d'entrée qu'il ouvre un peu abruptement. Son regard perçant vient alors à la rencontre de la silhouette qui l'attend de l'autre côté de la porte, définitivement pas celle à laquelle il s'attendait, et il s'adoucit aussitôt, ses sourcils froncés se décontractant aussitôt tandis qu'un tic inquiet vient agiter ses tempes. Le spectacle piteux d'un Garnett trempé avait toujours eu le don de l'émouvoir curieusement. Mais la créature désemparée qui se dressait devant lui le touchait d'une toute autre façon, et le myocarde défectueux logé aux creux de ses côtes lui procurait un effet singulier alors qu'il ouvrait la bouche, surpris, bien en peine de trouver quoi que ce soit d'intelligent à dire. Elle prend la parole, mais avec le bruit de la pluie c'est à peine s'il l'entend. Il se sent nigaud. Juste, nigaud. Il se rappelle, il y a plus d'une vingtaine d'année de cela, une journée bien particulière, tout aussi pluvieuse, où il s'était senti tout aussi nigaud, face à une Lysandre tout aussi trempée. « Je… Ne reste pas là, entre donc, tu vas attraper une pneumonie. » Alarmé, il vient poser sa main sur son épaule, la dévisageant plus attentivement, un instant, avant de l'inviter à entrer en passant sa main dans son dos sur lequel il exerce alors une légère pression amicale. Il ne se demande pas ce qui lui est arrivé. Il ne se demande pas ce qui se passe dans sa tête. Il ne se demande pas pourquoi elle est là. Il se demande simplement ce qu'il peut faire pour elle, pour la rendre heureuse, ou au moins un peu moins malheureuse. Avant de refermer la porte derrière eux, il jette un dernier regard vers l'extérieur. Nulle trace de Garnett. Il était peut-être rentré à temps après tout. « Je peux faire quelque chose pour toi ? » lui demande-t-il, une fois la porte refermée, en ancrant son regard soucieux dans ses yeux brumeux. Qu'elle lui demande, n'importe quoi, et il s'exécutera. Il est là pour ça. Pour secourir les âmes perdues qui se présentent sur son chemin. Il la regarde dans les yeux, et, là, en cet instant présent, il ne désire qu'une chose, Dagher : pouvoir sauver Emrys.

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MessageSujet: Re: rain on the river   Lun 5 Déc - 0:39

Il est là. Tout près. Si loin. Mais si près. Il est venu, il est présent. Elle oublie, qu'elle est à sa porte. Qu'elle est celle qui s'est invitée, pas lui. Si seulement elle en a eu conscience un seul instant. Le présent lui échappe, lorsque le passé l'assiège. La fustige, et la leurre. Elle se leurre. Il est là. Elle n'est plus seule. Là est tout ce qui compte, ce qui lui apporte un peu de chaleur là où elle a si froid. Ce sourire creux, il s'éternise sur ses lèvres. Mais à force de temps, ce n'est plus un sourire, juste un fantôme. Une grimace. Pourtant elle se rassure toujours qu'il soit là, elle s'y raccroche même. La journée entière, elle n'a su que faire d'elle. Ce sentiment lui est familier, pourtant elle ne l'a toujours pas apprivoisé. Aujourd'hui plus que jamais même, elle a erré. Elle perd son temps, elle perd ses pas. Elle perd son bon sens, le fil de ses pensées. Douce folie. Celle qui la menace, ou qui la frappe déjà ? Elle songe sans cesse à ces boucles rousses. Ses boucles rousses. Elle les a aperçu ce matin. Seulement ce n'était pas les siennes, à elle. Non, elle n'était qu'un leurre, qu'une copie. Une jumelle, Abby qu'elle s'appelle. Un mensonge, encore. Elle ne l'a pas cru. Elle n'a pas voulu y croire. La réalité la rattrape toujours tôt ou tard. Ces boucles rousses, elle ne les reverrait plus. Cette chance, elle lui fait un bras d'honneur. Arya. Elle s'est encore foutue d'elle. Elle n'a pas tenu compte, qu'elle la voulait pour elle, qu'elle n'aspirait en rien à la voir disparaître. Mais elle lui a été infidèle, pour la faucheuse. L'ultime trahison. Si bien qu'elle ne la reverrait plus. Pourtant, souvent qu'elle aperçoit à nouveau ses boucles rousses, tâches de feu sur le blanc immaculé de draps. Des souvenirs. Vils souvenirs, lorsque le présent ne permet plus de s'en rapprocher. Seulement de s'en écorcher. Elle s'en obnubile du passé, lorsqu'elle n'a pas de soucis à porter au présent, et que de futur elle n'en a plus. Elle n'en veut plus. Les ressources, lui font défaut. Lorsqu'elle lui fait défaut. Il y a ces effluves de parfum imaginaires qui envahissent ses narines, lorsqu'elle appréhende tant qu'elles lui échappent définitivement un jour. Tout comme elle lui a échappé. Elle, a commis l'affront, de la laisser s'échapper. Elle veut de cette folie, ce fantôme. Qu'importe la vérité, si sa voix peut à nouveau retentir. Plus le temps passe, et plus elle est belle. Elle était déjà si belle. Le souvenir, elle l'embellit, lorsqu'elle a si peur de ne pas lui rendre justice. Elle est à l'intérieur. Elle a un toit sur sa tête. Elle n'a plus cette pluie qui la fustige, lorsqu'elle s'en souciait si peu. Elle se concentrait seulement à encore tenir debout, et voilà qu'elle est à l'intérieur. Elle ne sait plus comment. Un pied après l'autre, qu'il paraît. Ce dont elle se souvient, c'est cette main-là dans son dos. Comme s'il la submergeait d'un bain chaud, brûlant pour mieux réchauffer sa carcasse esseulée. Il lui pose une question. Ce serait malvenu de ne pas y répondre, pourtant elle n'accorde de l'importance qu'à ce regard qui à sa mesure a le don de la soulager. Elle devrait lui répondre oui, se suffire de l'attention qu'il lui accorde, mais déjà elle ose. Elle ose toujours davantage. De s'inviter à sa porte, sous ce toit, et à présent de si lentement se rapprocher jusqu'à se blottir contre lui. Elle ne le prend pas dans ses bras non, elle se blottit, ces avant-bras là ne sont que trop obsolètes à se replier contre ses bras, pas les siens à lui. Elle ose, oui. Qui l'aurait cru ? Certainement pas elle. Un peu de chaleur humaine, dérobé à la va-vite. Et enfin, elle répond. « Tu es là » Il est là en effet, tout près. Si près. Et c'est bien assez que ce qu'elle aurait pu espérer. C'est bien assez suffisant, davantage elle ne saurait le gérer. Pourtant, déjà elle reprend. Elle s'étonne. « Tu connais des fins heureuses toi ? Des bonnes surprises, des résolutions impensables, lorsque ça avait tout d'une impasse ? » Elle s'interroge. Elle se leurre. Elle ne demande qu'à se leurrer. Qu'il la leurre. Qu'il use de mensonges, s'il lui plaît. Qu'il lui conte une histoire comme elle serait contée à une enfant. Une histoire, qui omet la fatalité de l'existence. Qu'il mente, là où la vérité n'est que cruelle.

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MessageSujet: Re: rain on the river   Lun 5 Déc - 0:39

Il lui laisse le temps, l'espace, le silence, il lui laisse tout ce qu'il lui faut, tout ce dont elle pourrait avoir besoin. Avec une douceur inhabituelle, il referme la porte derrière elle. C'est bon, tout est fini. Le monde extérieur est resté dehors ; ici, elle est à l'abri. De tout ce dont elle pourrait avoir peur, de tout ce qui pourrait la déranger. Elle a l'air si fragile. Lui, fond à l'intérieur. Il ne sait pas trop comment s'y prendre, avec les humains. Quelque chose lui dit que l'enrouler de papier-bulles ne suffira pas. Ça ne marche pas comme ça, ce n'est pas aussi simple. Et puis le mal est fait, il le voit bien. Comme un oisillon blessé et maltraité, elle vient se recroqueviller contre lui. Penaud, il lève un instant les mains, ses grandes mains aux doigts fuselés, et, si le geste ne lui est pas familier, il a l'air de comprendre, d'avoir un éclair de lucidité, et peut-être y avait-il un instinct bien enfoui au fond de lui qui lui permet alors d'agir ainsi : précautionneusement, avec la vigilance d'un homme qui manie quelque chose d'extrêmement précieux, il enveloppe Emrys de ses bras protecteurs, allant même jusqu'à poser le creux de son menton contre sa chevelure blonde. L'espace d'un instant, il lui procure un abri, un refuge, contre le reste du monde. Tout, de son regard à la ferme douceur de son enlacement, en passant par sa respiration calme et régulière, le lui assure chaudement, dans un murmure ouaté et lénifiant : tout ira bien. Ce qu'il est incapable de dire avec des mots, il le transmet comme il le peut, un peu gauchement, avec une nervosité sous-jacente qu'il s'efforce tant bien que mal de dissimuler. Il ne s'est pas conduit de cette façon depuis si longtemps. Tout cela lui manquait terriblement. Il avait ce besoin vital que quelqu'un, n'importe qui, ait besoin vitalement de lui. « Oui, je suis là. » confirme-t-il, avant de se décoller d'Emrys pour pouvoir la regarder dans les yeux. « Et je ne vais nulle part. » Il ne partira pas. Il sera là pour elle - il faut qu'elle le sache. Si tout s'effondre autour d'elle, si elle ne sait plus où aller, et à quel saint se vouer, qu'elle vienne ici, se réfugier, dans l'enceinte protectrice de ses grands bras maladroits. Il sera là. Il ne peut pas lui offrir grand chose de plus. Et puis elle lui pose une question. Il connaît la réponse - elle lui démange la gorge, il le sent, ce “ non ” implacable qui menace de s'échapper de son gosier, il le combat, veut le contraindre à redescendre, repartir de là où il vient, du pays des vérités tranchantes que personne ne désire entendre. Elle ne mérite pas ça, Emrys. Elle ne mérite pas la vérité, pas plus qu'elle ne mérite le monde réel, cette vie horrible qui nous lamine et continue de nous passer à tabac quand bien même nous sommes à terre, gisants, impuissants, agitant le drapeau blanc. « Je n'en connais pas personnellement. » admet-il enfin, après ce qui semble être une éternité d'indécision. Un laconique soupir s'échappe d'entre ses lèvres, tandis qu'il écarte une mèche de cheveux du visage d'Emrys, machinalement, ou c'est du moins ce qu'il laisse croire, quand en vérité la nervosité parcoure le moindre de ses vaisseaux sanguins. Il ne devrait pas se permettre tout cela - il le sait. Il joue avec le feu (il a toujours été inconscient) et se moque de se brûler. « Mais j'ai eu vent d'histoires de ce genre. Parfois tout va très mal, et on se dit que c'est fichu. Pour toujours. La vérité c'est qu'à force de creuser, on finit par toucher le fond. Et qu'une fois que c'est chose faite, à partir de là, on ne peut que remonter. Le pire moment de ta vie sera aussi le meilleur, c'est en quelque sorte à l'apogée du malheur que commence le bonheur. Ça sonne cliché, débile et mièvre, mais je te promets que c'est vrai. » assène-t-il avec un demi-sourire, un brin ironique. Il ne sait pas ce qu'il raconte. Il déblatère. Ça fait parti du personnage, ça lui vient naturellement, il pourrait continuer pendant des heures, maintenant qu'il est lancé. « Il faut voir ça comme une seconde chance au jeu de la vie. Tu seras heureuse, Emrys. Le malheur et toi, vous n'êtes pas faits l'un pour l'autre. Quels que soient les soucis que tu rencontres en ce moment, ça ne durera pas. Pas plus que ça. Ça ne peut pas, tu verras. Il y a un minimum de justice céleste dans ce bas monde, alors ne perds pas espoir. » Il esquisse un mince sourire confiant. Toutes ces âneries, il fait semblant d'y croire, pour elle. Lui sait bien que tout est fichu d'avance, que rien ne vaut le coût, et que ce n'est pas prêt de changer. Mais ça, il compte bien le garder pour lui.

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MessageSujet: Re: rain on the river   Lun 5 Déc - 0:39

Emrys, elle est le brouillon raturé qui vient de trouver un charitable refuge. A défaut de gommer les ratures, il la défroisse, il lui évite la corbeille. Il l'enveloppe. Il lui accorde tant. Elle pourrait s'en suffire indéfiniment. Elle se concentre sur sa respiration régulière, pour en oublier de penser. Un peu de chaleur, lorsqu'elle a si froid. Elle pourrait faire son nid, là, de sa tête au creux de son torse. Que peut-il y avoir de plus précieux que cette chaleur-là ? Elle pourrait s'en satisfaire. Elle s'en satisfait. Trop tôt, il s'éloigne. Et elle grelotte à nouveau. Il est là. Il ne va nulle part. Mais comment peut-il s'offrir cette certitude ? Qui sait qui le réclamerait demain ? Un adjoint, un opposant, une faux personnifiée. Et puis comment il le saurait par avance, qu'il ne va pas se lasser ? Elle occupe le siège stratégique pour le comprendre, l'envisager, lorsqu'elle s'est immanquablement lassée d'elle-même, et pourtant elle doit encore, toujours, s'en accommoder. Il a du mérite, s'il parvient à faire avec, lui. Emrys, elle doute qu'il y ait un fond. Elle creuse encore, toujours. Et le fond se dérobe. Il ne s'agit plus de noyer ses soucis au fond d'un verre. Il sourit. Il y a cette éclaircie. Elle sera heureuse, un jour. Pourtant, elle n'en demande pas tant, rien qu'une parenthèse serait déjà le plus grand des trésors. Ils ne seraient pas faits l'un pour l'autre. Le mal-être et elle font deux oui, mais pour autant elle n'a jamais eu le sentiment de ne faire qu'un avec le bien-être. Là se résume l'ennui, elle n'est faite pour rien Emrys, non pas que rien n'est fait pour elle. Elle est fautive, elle s'enlise, et elle ne saurait se débattre. Elle a eu beau un temps s'acharner à assembler les pièces du puzzle jusqu'à les écorner les unes contre les autres, rien ne fait sens. Elle n'a aucun sens. Elle échappe à sa propre emprise. Y tient-elle seulement ? Elle n'en veut plus, de l'espoir. Foutaises. Dagher, il pourrait bien lui conter la plus belle des histoires, elle en viendrait toujours à douter. Le doute, il est là, partout, il est trop tard. Elle n'est capable que de ça, douter. Elle ne peut plus, croire, espérer. Elle a appris de ses faux pas. Elle a plus les ressources de commettre les mêmes encore et encore. « Comment tu fais toi ? » Emrys, elle est rouillée partout, difficile de remettre en mouvement le pantin désarticulé, mais elle tend ce bras en quête de chaleur. Elle a été trop gourmande. Mais cette main dans la sienne, serait dorénavant bien assez. « T'es comme inébranlable, là-haut » Heureusement qu'il l'est, là, solide, lorsqu'elle vacille. Emrys, elle se fait l'effet d'une brindille, qui accuse le coup du moindre courant d'air, incapable de le cacher aux yeux de tous. Surtout pas à elle-même. Elle n'a plus la fierté ni les ressources de se donner les prétentions d'être robuste elle aussi, lorsqu'elle a tout d'un insecte dans un monde de géants. De justesse qu'elle parvient à éviter les bottines gigantesques prêtes à fracasser son échine, elle se cache, elle se tait, elle se terre. Elle est spectatrice, elle si bas, elle les regarde eux si haut. Eux qui parviennent à se redresser, qui avancent toujours. Lorsqu'elle en est incapable. Parfois, elle les envie. Souvent, elle les méprise. Mais la plupart du temps, elle se méprise. Si bien qu'à mesure que le temps lui échappe, elle devient toujours davantage minuscule, elle se replie sur elle-même, elle aspire à disparaître. Comment font-ils, eux ? Comment fait-il, lui ? Puisque Dagher, il a tout, jusqu'aux centimètres, de géant. « J'aimerais être un peu plus comme toi » Toi qui tient encore debout, toi qui tient toujours la route. Emrys, elle ne peut en avoir que des étoiles plein les yeux, lorsqu'elle n'est familière que des profondeurs. Un rien l'impressionne, tout ce qui a attrait au quotidien pour d'autres. « Tu pourrais m'apprendre, à être intouchable comme ça ? » Rien qu'une piste pour retrouver les armes, un peu de temps écoulé, lorsqu'elle sait bien que l'inévitable l'attend. « J'ai si peur de rentrer chez moi » Ce chez elle, qui n'a jamais été le sien. Toujours celui des autres. Le chez soi d'Arya. Le chez soi de Pavel. Mais ils ne sont plus là, alors là voilà qui n'a plus d'hôte. Juste quelques instants, un peu de répit encore. Elle quémande, lorsque la fierté a foutu le camp. Juste quelques minutes encore, avant de filer, d'errer encore, lorsqu'elle craint son toit. Juste un peu de compagnie et de chaleur encore, lorsqu'elle n'a jamais pu s'accommoder de la glace, de cette solitude.

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MessageSujet: Re: rain on the river   Lun 5 Déc - 0:39

Il lui balance de la poudre aux yeux. Il en a plein les mains, de la poudre. Et il continuera, sans répit, encore et encore ; de toute façon, il en a une réserve infinie. Il la regarde, attentivement, et, au fond, tout au fond, il se demande – et s’ils étaient similaires tous les deux ? Et s’ils étaient deux êtres du néant, condamnés à être ni tout à fait heureux, ni tout à fait malheureux ? Juste vides. C’est comme ça qu’il se sentait, parfois – et là, il projetait ses propres ressentis sur elle. Parce qu’en réalité, il savait si peu de choses, d’elle. Il ne pouvait qu’imaginer. Il ne savait pas vraiment s’il touchait juste ou non, il savait simplement que ça n’avait vraiment aucune espèce d’importance. Elle lui demande comment il fait. Il hausse les épaules, pousse un soupir, un sourire en demi-teinte aux lèvres. « Je m’occupe de gens comme toi. Et j’oublie. J’oublie de m’occuper de moi, de penser à moi, de réfléchir à ce qui ne va pas. Je m’oublie. En ce moment, j’ai un peu plus de quatre cent mille personnes dont j’essaye de m’occuper. Ça me laisse peu de temps pour le reste. » Il ne sait même plus ce qu’il dit. Il ment si facilement, il ne sait plus d’où ça sort. Ça vient naturellement. Inconsciemment, presque. Il ment tellement qu’il en dirait presque la vérité, sans faire exprès. Il la regarde de haut – ce n’est pas méchant, il n’y peut rien. Est-il inébranlable ? Oui. (Sauf que…) Non. Il ne sait pas. Son visage se ferme un instant. C’est l’impression que ça donne. Sauf qu’en réalité, c’est simplement le masque qui s’évanouit un instant, pour laisser place à ce qu’il cache habituellement. « En vérité, je n’aime personne. Ça aussi, c’est banal. J’en suis désolé, j’aimerais avoir plus surprenant. Mais l’indifférence et le mépris, ce sont les clefs du succès. Ça facilite bien des choses. » C’est sa force, c’est ce qui fait de lui un individu monolithique, en prise avec une société qui s’effrite. Ça non plus, il ne sait pas pourquoi il le dit. Un sourire en biais vient se glisser sur ses lèvres, comme pour dire « Si tu veux, prends ça pour un plaisanterie » si jamais ça ne passe pas. Il clôt les paupières, un instant, et puis reprends. « Mais c’est pour les faibles. Pour ceux qui n’assument pas. Tu vaux mieux que ça. Je ne voudrais pas que tu sois comme moi. » Ça non, il ne le lui souhaite pas. Ça ne lui réussirait pas, à Emrys, de devenir une Dagher. Elle ne s’épanouirait pas, ce serait tout simplement un nouveau vide pour une nouvelle vie, mais elle n’en serait pas plus heureuse. Elle voudrait être intouchable, mais sait-elle vraiment ce qu’elle veut ? « Chaque fois que quelqu’un te fais quelque chose de mal, dis-toi qu’il ne te mérite-pas, et débarasse-s-en toi. Chaque fois que quelqu’un t’abandonne, trouve en toi la voix qui dit « Bon débarras ». Il faut que tu réalises que tu vaux mieux que ça. Je ne suis pas psy, je ne peux pas t’aider plus que ça. Mais à mon sens, tout cela c’est une question d’estime de soi. Le début, c’est de croire en toi – après le reste vient tout seul. À ce qu’il paraît. Faut que je te dise, j’y connais rien, moi. Je ne suis que maire, après tout. » confesse-t-il finalement, avec un nouveau haussement d’épaules. Pour qui se prend-t-il, au juste ? Pour un gourou ? Il ne sait plus ce qu’il dit, il ne sait plus où il va, ni où tout cela les mènera. Une nouvelle fois, il ferme les yeux, juste un instant, et prend une inspiration. Que fait-il, au juste ? À quel jeu joue-t-il ? À quoi rime toute cette mascarade ? Au son de la voix d’Emrys, il rouvre les yeux, et l’enveloppe de son regard. « Alors reste-là. Tu n’as pas à rentrer chez toi. J’ai une chambre vide, qui serait ravie de trouver une nouvelle locataire. » Il est fou. Il ne devrait pas, c’est pure stupidité de sa part. Mais il s’en moque. Il en a envie. Sa solitude le ronge, finalement. Il s’est fait contaminer par quelque chose qu’il ne comprend pas, quelque chose qui le dépasse, et il a besoin de quelqu’un, au moins tout autant qu’Emrys a besoin d’un nouveau toit.

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MessageSujet: Re: rain on the river   Lun 5 Déc - 0:39

Ça fait si mal. Là, à l'abri des regards, où quiconque ne saurait l'apercevoir. Et pourtant, l'évidence crève la vue. Elle n'a plus les ressources de le dissimuler d'artifices comme d'autres. Coller un sourire sur ses lèvres, lorsque tout est ravagé au delà. Ça fait si mal, là, à l'intérieur. C'est si dense, si intense. Parfois, elle a le sentiment qu'elle va imploser. Le reste du temps, elle s'efforce d'oublier, de ne pas y songer. Mais c'est là, partout, tout le temps, tapi dans l'ombre, prêt à resurgir à la moindre pensée malheureuse. Elle a si mal. Elle a si froid. Elle a le sentiment que la folie la guette. Mais n'est ce pas tout le reste, qui est fou ? Plus rien ne fait sens. Elle a ces images, qu'elle ne peut chasser, terrasser de son esprit à vif. Ces corps de marbre, cette chair pourrissant. Cette chevelure flamboyante, six pieds sous terre. La seule idée lui est insoutenable. Elle a cette envie d'hurler à éprouver son souffle. Mais elle se tait. Le silence d'une tombe. A quoi bon ? Si bien qu'elle est là, à ne savoir que faire d'elle. Elle erre, elle vacille. L'équilibre est précaire, d'un instant à l'autre qu'elle pourrait basculer d'un côté ou de l'autre. Cet entre-deux, qui s'éternise, qui la ronge. L'épiderme intacte, ne laisse pas deviner la douleur. Et pourtant. L'évidence crève les yeux oui, qu'elle ne sait que faire, qu'elle n'est qu'indécision. Elle avance, pour mieux revenir sur ses pas, elle ose le geste, pour l'avorter l'instant d'après. Elle est épuisée, de cette impasse. Les ongles rongés, les yeux égarés, les épaules affaissés. Les os saillants, qui ne demandent qu'à transpercer cette peau fragile. Elle ne fait plus le poids. Elle n'a plus la force. Pas même des apparences. Elle n'aurait pas pu s'en soucier moins. Elle n'est plus qu'une ombre. Le miroir, elle n'ose plus s'y confronter. Elle ne sait plus, qui elle est, ce qui l'a mené ici, ce qui l'attend demain. Un quotidien insensé, torturé, ravagé. Une existence gâchée, ruinée, piétinée. Elle n'a qu'elle, à remercier. D'autres s'y font bien, elle non. Le malheur ne s'acharne pas plus sur elle que sur un autre. Mais eux se relèvent, elle s'enfonce. Ils ont ce courage, qu'elle n'a jamais su trouver. Elle les regarde avancer, et elle, elle reste planté là comme une idiote. Parfois elle voudrait les interpeller, leur dire de l'attendre, mais les mots ne trouvent pas leur chemin. Et Pavel est parti. Elle est ridicule. Ridiculement petite, dans un univers de géants. Il est si grand, Dagher. Est-ce qu'il le sait lui, combien elle le trouve immense ? La tête perdue dans les nuages, la sienne enterrée dans le sable. Elle devrait essayer oui, faire comme lui, s'y efforcer d'une force qu'elle n'a plus. Se concentrer sur d'autres, pour omettre ce mal qui la ronge et la consume de bout en bout. Que sa carcasse se rende utile, que pour une fois elle ne demeure pas les bras ballants. Elle essaye de se concentrer quelques instants encore, comprendre ces phrases sans efforts, lorsque des mots l'interpellent. L'indifférence, quel précieux trésor. Elle voudrait être pirate pour le dérober. Mais elle n'est qu'un pantin désarticulé. « Je pense que tu es fort, au contraire, tu as tout compris avant les autres pour mieux t'en sortir » Le regard qui s'égare, la voix monocorde, elle avoue ce qu'elle pense vrai. N'est-ce pas une évidence, lorsqu'elle a tout d'un canidé abandonné à côté ? Il ne comprend pas. Elle ne lui a pas dit. Idiote. Que la plus vile de ses ennemis, c'est la mort. Elle ne veut se débarrasser de quiconque, c'est elle qui fauche parmi son entourage sans le vouloir. Ils s'approchent d'elle d'un peu trop près, et voilà qu'ils tombent immanquablement. Elle est toxique. Mais heureusement il est là, Dagher. Et de quelques mots, il chasse ses idées noires. Il lui offre ce toit, et surtout cette compagnie. Tu ferais ça pour moi ?, que ses yeux brillants crient. Elle est touchée, vraiment, lorsqu'elle n'a plus l'habitude d'une chance comme ça. Là voilà si reconnaissante. Merci, qu'elle veut lui dire. Mais bousculée de sanglots, le mot ne sait frayer son chemin. Emrys, elle inspire longuement pour ne pas céder définitivement. Elle ne serait pas certaine de pouvoir arrêter ces sanglots inconsolables autrement. Et de sa manche elle fait disparaître la trace d'une traîtresse, lorsque tant bien que mal elle se hisse sur la pointe de ses pieds d'un équilibre dangereux, pour déposer un baiser sur sa joue. Comme une enfant. Elle n'est pas moins, lorsqu'elle tient à régresser, qu'elle n'est capable que de facilité. Et à nouveau, elle se raccroche à lui de ses bras pour permettre son équilibre, elle le serre, elle s'accroche à lui autant qu'elle le peut, lorsque sa force n'en a plus rien d'une. Et voilà qu'elle murmure à son oreille, comme un secret de cour de récréation. « Elle- elle est morte tu sais, j'ai peur de pas pouvoir y faire grand chose » Oui, elle le redoute seulement. « J'espère que toi, t'es immortel » Autrement, elle ne saurait comment tenir sa tête hors de l'eau. Il est son dernier point d'ancrage, Dagher.

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MessageSujet: Re: rain on the river   Lun 5 Déc - 0:40

Elle lui dit ce qu’il a envie d’entendre, ce qu’il a envie de croire. Qu’il a effectivement tout compris, et qu’ils se leurrent tous, ces idiots qui courent dans tous les sens comme des abrutis, chassant des chimères pour lesquels lui n’éprouve, en somme, que très peu d’intérêt. Ils sont naïfs et crédules, tous ceux-là, ces gens qui croient en l’amour et se lient les uns aux autres de façon chaotique et fugace. Rien de tout cela n’est vrai, et tout cela est fou. S’ils prenaient eux-mêmes un peu de recul sur leur situation, s’ils daignaient faire trois pas en arrière pour mieux examiner leur pathétique existence, peut-être alors qu’ils auraient une chance de réaliser que tout ce qu’ils font, tout ce qu’ils sont, et tout ce qu’ils ressentent, n’ont strictement aucune espèce de sens. Mais les habitudes ont la peau dure, on ne s’en débarrasse pas si facilement, et des décennies de traditions et de conventions sociales ont eu raison de leur rationalité. « J’ai tout simplement choisi un mode d’existence qui me convient. J’ai vu le monde, et j’ai vu ce que j’étais ; j’ai agi en conséquence. Il n’y a pas une bonne réponse, c’est à chacun de s’adapter, de faire avec, de profiter comme il peut, de se débrouiller pour être à peu près heureux. Ce qui me va à moi ne t’irait peut-être pas à toi. » Il avait épousé la solitude et fait de son chat borgne la seule compagnie tolérable à ses yeux – mais était-ce par choix ou par défaut ? Dagher n’était pas seul parce qu’il aimait être seul : il était seul parce qu’il détestait être avec autrui. Si bien que sa solitude ne pouvait être pleinement apaisante. Si elle le soulageait, il ne pouvait néanmoins prétendre s’y épanouir. Sa vie d’antan lui manquait. Ses parents, aussi excentriques qu’ils étaient, lui manquaient. Lysandre lui manquait. Pacey, plus que tout, lui manquait. Et il avait beau étouffer ses terribles frustrations en lui, elles trouvaient toujours, immanquablement, le moyen de venir percer à la surface de temps à autre. La solution à tous ses maux se trouve peut-être là, juste devant lui, dans toute sa splendeur et toute sa fragilité. Si bien que c’est plus fort que lui, il ne peut pas s’en empêcher, de lui proposer un refuge pour la nuit, pour la vie. Il se dit un instant que c’est peut-être trop, que ça ne se fait peut-être pas. Mais le regard qu’elle pose sur lui en guise de réponse lui suffit à comprendre qu’il a bien fait, qu’il ne pouvait mieux faire, et aussitôt les muscles crispés de son corps se relâchent imperceptiblement. Il la couve du regard, indécis, incertain, caressant vaguement l’idée de la prendre dans ses bras – il voudrait, mais il n’ose pas. Il voudrait la calmer, l’apaiser, la protéger de tout, d’elle-même comme de lui, mais il est trop ignorant, et il est trop maladroit. Si bien qu’il reste là, les bras ballants, doucement déphasé quand elle se lève sur la pointe des pieds pour déposer sur sa joue un baiser. Un contact humain aussi doux que ça, cela fait bien longtemps qu’il n’en a pas eu. Cela a le don de le tirer de sa gauche absence, et il enveloppe alors Emrys de ses deux bras, la serrant contre lui, les paupières closes, en inspirant l’odeur de sa chevelure. Il ne sait pas qui est cette « elle » passée de vie à trépas ; il ne pose pas la question, pas tout de suite en tout cas. « Tu ne peux rien y faire. C’est passé, c’est fini. » déclare-t-il d’une voix calme mais implacable. L’ombre d’un sourire vient planer sur ses lèvres quand elle dit espérer qu’il soit immortel. Oui, lui aussi l’espère. « Tu n’as pas de souci à te faire pour moi. » Il a toujours pensé que les types comme lui étaient ceux qui partaient en dernier – beaucoup partageaient son opinion à ce sujet, d’ailleurs. Il était coriace et il le savait. Et puis, il avait la chance de son côté – il flirtait avec la mort et le danger depuis si longtemps à présent, qu’il était presque indécent qu’il soit encore en vie et en liberté. « Elle te manque ? » ose-t-il enfin finalement demander, en caressant distraitement les cheveux d’or d’Emrys, à la fois curieux et pensif. Il n’avait jamais perdu d’être cher, pas de cette façon en tout cas – et, par conséquent, le concept l’intriguait un minimum.

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MessageSujet: Re: rain on the river   Lun 5 Déc - 0:40

Emrys, elle a le cœur lourd. Comment aurait-elle pu soupçonner qu'un organe pouvait tant peser jusqu'à écraser ses camarades ? Cette enclume, qui tire son corps que toujours plus bas. Son dos vouté, peine à faire bonne figure. Mais parce qu'il est là, ce dos s'est redressé. Dagher, l'unique phare encore debout parmi la tempête. S'il pouvait seulement user d'un peu de magie pour entrer dans sa poitrine de sa main, et s'inviter dans cette cage thoracique afin de s'emparer de son cœur et le soutenir rien qu'un instant. Rien qu'un répit. Qu'elle puisse se redresser sans peine, et ne plus courber l'échine jusqu'à menacer de la briser. Le temps d'une parenthèse. D'ici ce jour qui ne viendra jamais, elle se replie sur elle-même toujours davantage. Le sol l'attire, lorsqu'elle tient si peu l'équilibre. Les bas-fonds, elle les a déjà fait sien. Dans les profondeurs abyssales d'une tombe qu'elle s'est creusée seule. Et si elle mettait un pied dans cette tombe, Emrys ? Si elle se laissait engloutir plutôt que de battre vainement des pieds pour remonter à la surface ? Elle n'en a pas même le courage. D'esquisser ce mouvement, une quelconque initiative. Elle ne peut bien que s'en tenir à cette impasse, les bras ballants. Elle n'est qu'une idiote. Elle mérite ce sort, qu'elle n'a pu entraver, pour même l'encourager. Face à lui, elle fait pâle figure, oui. Elle a ce sentiment, qu'il se dresse fièrement, une force de cette nature qui ne peut que se plier face à sa volonté. Bien sûr qu'il a choisi, qu'il a eu cette présence d'esprit là, qu'il s'en est donné les moyens. Il est Dagher, il est géant. Elle, elle n'est que la poupée des flots, elle n'a pas eu davantage d'ambition. Est-ce que, elle, a fait le choix d'un mode de vie qui ne lui convient pas, juste pour saboter son quotidien ? Ou le doit-elle seulement à sa passivité coupable ? Peut-être qu'elle s'y complaît, dans son malheur, qu'elle ne saurait être sans celui-ci. Ou peut-être que telle une enfant, elle aurait le besoin d'une bonne correction, que ses idées soient remises en place. Elle ne sait pas, Emrys. Tient-elle seulement à le savoir ? Dès lors, elle n'a qu'elle-même à blâmer. S'adapter. Là est l'ennui, ce dont elle n'a jamais su s'accommoder. Les changements, elle les craint autant qu'elle les fuit. Pourtant, ils sont inévitables. Ce qui lui va, ce qui lui irait... mais elle a le sentiment que rien ne lui va, la jeune femme. A l'exception de cette étreinte qu'elle voudrait ne plus jamais avoir à abandonner. Si elle peut faire son nid chez lui, elle voudrait faire son nid dans ses bras. Elle en demande trop, toujours. Elle est dépendante des autres, et dès l'instant où ils lui donnent un peu, elle voudrait toujours davantage. Elle ne peut jamais rien y faire, oui. Ils ne peuvent jamais rien y faire. Comment font-ils, pour s'en accommoder, eux ? C'est fini, mais pas pour elle, pas pour sa carcasse. Parfois elle redoute, que ce n'est même que le début. Le passé, c'est son présent à Emrys. Sans cesse, elle ressasse, le même disque rayé. Elle ne sait aller de l'avant, toujours elle jette un regard meurtri en arrière. Elle n'aurait pas de soucis à se faire pour lui. Comment est-ce possible, de s'épargner le soucis ? Mais elle espère qu'il a raison, plus que tout. Il ne peut qu'avoir raison. Elle a cette reconnaissance de ses mots qui l'éprend, qu'elle ne saurait exprimer. A la place de ça, elle évoque de sa voix de souris ce qu'elle devrait taire. « Terriblement » Férocement. Désespérément. Tout comme Sara lui manque, plus encore. « Je crois que je suis en colère contre elle aussi, c'est étrange » Elle ne fait sens. Elle lui en veut de tout ce qu'elle lui a donné pour mieux le lui reprendre. Comme si elle avait creusé sa tombe, qu'elle était responsable de ce trou béant dans sa paroi cardiaque. « Elle était une des bonnes choses qui m'étaient arrivées, que tu penses impossibles, tu sais ? » Ou est-ce seulement elle qui est folle ? Qui s'est créée ses propres fantasmes ? Elle a peur d'oublier, d'entacher ses souvenirs de subjectivité. Sa verbale, n'est plus qu'un murmure à présent. « Mais la meilleure chose qui doit m'être arrivée, de plus en plus je pense que c'est l'accident, tout oublier... ça me manque aussi » Là était sa véritable chance lorsqu'elle n'en avait conscience, l'amnésie. Mais ça aussi, elle l'a perdu, elle a tout ruiné. « J'en rêve souvent la nuit » Qu'elle confie. Ses songes transpirent de cet accident, et elle se réveille en sueurs. Lorsqu'elle parvient à trouver le sommeil sans peine. « Tu rêves encore toi ? » Une interrogation, qui n'est qu'un prétexte lorsqu'elle ne peut délaisser sa proximité. Elle voudrait juste, avoir ouïe de songes doux et réparateurs. Rien qu'un instant. Une parenthèse inespérée.

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MessageSujet: Re: rain on the river   Lun 5 Déc - 0:40

L’atmosphère est si particulière. La pluie continue de battre contre les carreaux. Il a oublié depuis bien longtemps le verre de whisky délaissé près du bar. Il ne pense plus non plus à Garnett qui, sagement lové près de l’écran plat, assiste à la scène se déroulant devant son seul œil intact, contemplatif. Il semble à Dagher que l’espace-temps s’est figé, et que, momentanément, le reste de l’humanité a disparu. Il vit la situation comme un rêve, et se sent exempté de toutes les responsabilités qu’il a l’habitude de faire siennes, se fichant éperdument de la probabilité considérable qu’il joue mal son rôle et trahisse son personnage. Coincé dans un entre-deux, il hasarde la pointe de son pied du côté de la sincérité, sa main toujours fermement accrochée au tissu de mensonges auquel il se retient malgré tout, par un instinct de sauvegarde mal placé. Le "terriblement" vient résonner à ses oreilles, et sur ses lèvres se dresse un sourire dénué de joie quand Emrys ajoute ressentir un semblant de colère à l’égard de la disparue. « Parce qu’elle n’avait pas le droit de mourir, n’est-ce pas ? » laisse-t-il entendre, le regard lointain, perdu quelque part dans le vide encombrant l’espace derrière elle. « Tu avais besoin d’elle. » Il connait ça. Il savait ce que c’était que de s’éprendre d’une femme qui s’arrogeait le droit de mourir. Il savait même très bien – si l’on devait décrire le type de femmes de Dagher en un mot, ce serait "agonisante". Il hoche doucement la tête, ensuite, en guise de confirmation – il sait aussi ce que c’est, ces bonnes surprises inattendues, que l’on ne pense pas nécessairement mériter. Il sait aussi ce que c’est, quand on s’en retrouve brusquement privées. Son esprit s’égare, un instant. Il repense à Pacey, et se demande où elle pourrait être, en ce moment, et ce qu’elle peut être en train de faire – mais veut-il réellement y penser ? Il entend bien qu’Emrys continue de parler, mais son flot de paroles lui parvient de façon discontinue ; il est ailleurs, et ce n’est que lorsque le mot "accident" vient durement frapper son tympan qu’il atterrît brutalement. Il la scrute du regard, aux aguets. Incline légèrement la tête quand elle avoue en rêver la nuit. « Quelle forme prennent-ils, ces rêves ? » l’interroge-t-il d’une voix suave, les sens en alerte. Comment se rappelle-t-on de l’oubli ? Par quels mécanismes l’inconscient fait-il resurgir des souvenirs effacés, morcelés, abîmés ? Elle lui demande s’il rêve encore, lui. L’espace d’une seconde, il l’observe, la couve du regard ; puis il semble se détacher, esquisse un léger mouvement vers l’arrière et, comme s’il revenait subitement à la réalité, se souvient de son verre de whisky, délaissé près du bar. « Sans doute. Comme tout le monde. » N’oublions pas que Dagher Nystrand est homme comme les autres. Avec un léger sourire rempli à ras bord d’allusions mystérieuses, il se détourne et part chercher son verre. Là, le dos tourné, il ajoute : « Mais je ne m’en rappelle jamais. Je dors exceptionnellement bien, pourtant. » Il insiste sur ce dernier point, qui lui paraît important. Puis se retourne, réduisant à nouveau la distance les séparant à néant. « C’est pour le mieux. Les gens accordent trop d’importance à leurs rêves, et leurs pseudo-logiques absurdes finissent par contaminer leur rationalité faiblissante. Je ne veux pas de ça. » Il ne se rend pas compte des lacunes de son raisonnement, ne réalise pas que pour déclarer une chose pareille, il doit faire preuve de suffisamment de discernement pour ne pas se laisser stupidement influencer par les activités nocturnes et excentriques de son cerveau au repos – sa rigidité n’a pas lieu d’être. Mais son argumentation ne découle pas, comme on pourrait le croire, de ses principes profonds ; elle vise tout simplement à dissuader Emrys d’accorder trop d’importance à ses songes. « Tu as mangé ? » demande-t-il soudainement à brûle-pourpoint, son regard s’éclairant comme s’il venait d’avoir une révélation. C’est qu’il serait un bien mauvais hôte, s’il ne veillait pas à assouvir les besoins vitaux de son invitée.

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MessageSujet: Re: rain on the river   Lun 5 Déc - 0:40

Non. Elle n’avait aucun droit. Elle n’avait pas celui de lui mentir. Ni celui de se nommer autrement qu’Arya, ou de l’aimer pour mieux la tromper. Et elle n’avait certainement pas celui de mourir. Pourtant, ça sonne faux. Elle grince des dents, en silence. Elle sait que les histoires de vie et de mort, ce sont les affaires de plus grands qu’eux. Qu’eux, en bas, ils ne sont qu’insignifiants, et ne peuvent que survivre en évitant de finir écrasés par les pas de géants. La blâmerait-elle de l’impossible ? Quelle mauvaise foi, lorsqu’elle-même meurt à petit feu. Elle n’a pas même l’audace de s’y évertuer franchement. Elle se contente de vaciller, sans faire l’effort du coup de pouce nécessaire pour basculer d’un côté ou de l’autre. Arya, elle, elle a tranché, au moins. Elle n’avait pas la faiblesse de l’entre-deux. Elle a gagné. Elle est morte. Impossible de la contredire dorénavant. Malgré tout, elle la blâme contre tout bon sens. Elle effleure le pourquoi, sans pour autant mettre le doigt dessus. Pas facile, de traquer le fil de ses pensées irraisonnées. Oh. La réponse était là. Pas de complication tortueuse. Une évidence. « Elle n’avait pas le droit de partir » Et pourtant, elle n’a rien fait pour la retenir. Elle ne manque pas de s’en blâmer. Elle n’est bonne qu’à ça. Alors elle n’est pas vraiment bonne à rien. Son odorat s’enivre un instant de cette effluve chimérique. Celle piégée à jamais par ses souvenirs. Arya. Cette traîtresse. Elle n’aurait jamais dû quitter ce quartier, et abandonner leur histoire avec un goût amer d’inachevé. Elle n’aurait pas dû l’abandonner. Leur histoire à deux. C’est le droit de ce point final, qu’elle ne lui a jamais donné. Si elle n’était pas partie, elle serait encore en vie. Cette certitude-là, a des allures d’enclume, dans cet abysse qu’est sa poitrine. Elle est encore trempée jusqu’à ses os saillants. Mais elle a trouvé un refuge inespéré. Un toit au-dessus de sa tête. Et surtout, surtout, un peu de chaleur humaine. Un joli doigt d’honneur, au déluge extérieur. Ana, elle a dix ans. Il faut qu’on lui tienne la main. Et lui, il est immortel. Grand, et fort. Très grand, surtout. Imperceptiblement, elle hoche la tête, tout contre lui. Elle économise ses mots. Elle aura toujours le besoin d’un autre, Emrys. Un besoin viscéral. Voilà qu’il s’écarte assez pour retrouver son regard, là, en bas. Une question lui a été posée, mais à la place de ça elle se demande, ce qui lui est préférable, de sa joue se reposant sur son torse, ou de son regard épousant le sien. Elle a surtout conscience de ce qui l’abîme, cette étreinte du néant lorsqu’il prend davantage ses distances. Si bien que telle une enfant punie, elle lui donne aussitôt ce qu’il lui demande, cette réponse. « J’entends des voix » Un brouillon auditif, raturé, gommé, falsifié. « C’est vague » C’est vain. Elle invente ces voix, seulement pour combler le silence de ses souvenirs. Ce blanc qui l’empêche de mettre un visage sur le(s) coupable(s). Mais elle est loin de ces tourments-là, lorsqu’elle a obtempéré à son point d’interrogation, et que lui se fait à nouveau plus proche en retour. Il rêve. Elle l’écoute, sans vraiment l’écouter. Il parle plus vite qu’elle ne saurait l’assimiler. Malgré tout, elle acquiesce. Elle lui donnerait bien raison sur tout. « Je n’ai pas faim » Elle ne répond pas à sa question, certes. Ou si justement, indirectement. Comme une évidence. Elle n’a plus faim de grand-chose. Elle n’a plus ce goût-là, cette curiosité-là. Elle n’a plus cette soif de vivre, cette faim d’exister. Elle ne fait que survivre. Péniblement. Peu étonnant, qu’elle n’ait plus cette force-là. Si elle s’alimente au détour de si peu de régularité. Un cercle vicieux. Et le vice, n’est que le sien. « Merci » Juste comme ça, au passage. Une seconde chance au jeu de la vie. Ces mots résonnent encore dans son esprit creux. « Je n'arrête pas de penser, tu sais, que toi et moi on se rencontrait quatre ans plus tôt, à que– quelques semaines près. Ça se joue vraiment à rien, hein ? » Il aura fallu un hasard. Une erreur. Il se trompe de chambre d'hôpital, et entre dans la sienne. Et voici toute la route parcourue depuis. Elle n'a pas de quoi être fière. C'est lui, qui a réussi. Il est maire. Tandis qu'elle s'égare et s'enlise. Malgré tout, elle se ressent chanceuse. Elle est chanceuse. Et pour un bref instant, elle a ce sourire fantôme qui retrousse le coin de ses lèvres. Elle replie ses avant-bras contre sa poitrine, et contient son envie – son besoin – de retrouver son contact salvateur. « Peut-être que tu seras ma– ma seconde chance » Elle ne sait plus vraiment ce qu’elle dit. Sous la menace d’un gouffre sous ses pieds, elle cherche à se raccrocher à la terre ferme. Et il est de loin ce qui lui paraît de plus solide aux alentours. Un roc. Et elle vient tout juste de s’y agripper de ses maigres forces. Erreur fatale.


TOPIC TERMINÉ

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