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 Leander ~ people don't realize this, but loneliness is underrated.

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Lézardée
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MessageSujet: Leander ~ people don't realize this, but loneliness is underrated.   Lun 5 Déc - 0:49

what about you?

Nom et Prénom ● Leander Rosendale.
Date de naissance et âge ● 3 Novembre 1986, 25 ans.
Statut ● Célibataire.
Emploi et/ou études ● Lecteur-correcteur pour une maison d'édition (Dorrance Publishing).
Traits de caractère ● Névrosé, minutieux, ordonné, réfléchi, prudent, excentrique, seul, maniaque, ironique, a une conception particulière de ce que vérité et mensonge veulent dire.

and if we wanna know more ?

depuis combien de temps habitez-vous à ocean grove ? ● Depuis, euh, plus ou moins toujours. On a toujours eu cette maison, aussi loin que je me souvienne -c'est un héritage familial ou un truc du style- mais le métier de mon père a fait qu'on a eu pas mal à se déplacer ; au bout d'un moment cela dit, ma mère a décidé que c'était malsain pour moi, que ça me déroutait, et qu'il valait mieux que la situation se stabilise pour que je puisse enfin m'intégrer correctement dans un établissement scolaire. Enfin, si vous voulez mon avis, c'est surtout qu'elle en avait marre de ne pas avoir de vrai foyer ; j'crois bien que y'a un âge, vers 30 ans, où on en vient à en avoir marre de cavaler un peu partout dans le monde et qu'on se met à aspirer à une routine toute simple, ponctuée de temps à autres par des réunions tupperware et autres soirées Desperate Housewives de rigueur. Ma mère n'échappe pas à la règle ; elle a essayé, pourtant. quelle est votre impression sur ce quartier résidentiel, ses habitants, etc ? ● S'il me fallait définir Ocean Grove en un mot, je crois que mon dévolu se porterait sur aseptisé. Alors forcément, il y a du bon et du mauvais là dedans. J'aime le côté propret, sécurisant des rues de ce quartier ; j'aime également l'ignorance confortable dans laquelle l'ensemble de la population semble maintenue. Oui oui, bien sûr tous ces gens là savent que le malheur, la pauvreté et la violence existent, mais ils n'y ont jamais été véritablement confrontés, et tout cela leur semble particulièrement abstrait. Quoique maintenant que je le dis, je ne suis plus tout à fait sûr que ce soit une bonne chose. Il faut aussi avouer que ce quartier est relativement ennuyant, tout s'y ressemble, et c'est lassant à force ; l'excentricité y est mal perçue, et dès que l'on fait mine d'être différent, on se fait exclure. Quoique maintenant que je le dis, je réalise que c'est pas forcément une mauvaise chose. J'veux dire, j'ai été pas mal mis de côté, dans la vie, mais il s'avère que les personnes qui m'ont tenu à l'écart ne m'intéressaient pas spécialement à la base non plus. quel est le plus grand regret de votre vie ? ● Je ne sais pas, je n'ai pas vraiment de regret, je crois que j'ai un point de vue relativement stoïcien sur ce genre de chose, ou j'ai juste pris l'habitude de ne pas vivre dans le passé (ça a quelque chose de terriblement inconfortable) - toujours est-il que je me détache des regrets, remords, et de tous ces poids inutiles qui nous empêchent parfois d'avancer. Certaines choses sont arrivées, ont eu des conséquences malheureuses ou heureuses, mais le plus souvent la portée réelle des évènements nous échappe ; on se dit qu'on aurait préféré l'autre alternative, mais qu'est-ce qui nous fait croire que quelque chose de différent n'aurait pas été pire ? Vous voyez ce que je veux dire ? comment vous imaginez-vous mourir ? ● De façon stupide et ironique, ou un truc abracadabrant à la « Destination Finale » de sorte que ma mère, devant la cercueil (car je sais que ces traîtres de parents n'auront sûrement pas la bonté d'accéder à ma dernière requête et refuseront toujours que je me fasse incinérer, en dépit de ce long discours que je leur ai tenu l'autre jour sur le fait qu'il était simplement hors de question que je me fasse bouffer par des asticots - y a-t-il dans ce monde quelque chose de plus dégradant que de finir en caca d'asticot, je vous le demande ?), donc je disais, de sorte que ma mère, devant le cercueil, pourra se répandre en commentaire mi-éplorés, mi-méprisant du style de « Même quant-il s'agit de mourir il n'est pas fichu de le faire normalement. » ; ouais, je vois le tableau d'ici. avez-vous des particularités, des manies ou autres ? ● Quand il applaudit, il compte systématiquement et presque inconsciemment le nombre de fois qu'il tape dans ses mains : ce doit être un multiple de huit. Alors, il prête toujours attentivement l'oreille à l'intensité des applaudissements autour de lui pour bien percevoir le moment où ceux-ci faiblissent, car il s'est déjà retrouvé à applaudir comme un benêt tout seul alors que les autres s'étaient arrêtés, juste pour terminer sa huitaine, et il a trouvé cette expérience très désagréable. ♠ Il déteste la mer et ne s'y baigne jamais. D'ailleurs il déteste la plage tout court : le sable aussi c'est dégueulasse. ♠ Le matin, au petit déjeuner, il mange quatre, ou huit cracottes, éventuellement douze si il a faim ; il préfère manger un nombre multiple de quatre de cracottes, mais en réalité ce qui importe vraiment c'est que le nombre de cracottes restant dans la boîte soit un multiple de quatre. C'est pour cette raison qu'il déteste entamer une nouvelle boîte, car à ce moment là il est obligé de manger deux ou six cracottes pour que «tout aille bien». Mais tout va rarement bien, car sa mère a tendance à lui piquer une ou deux cracottes de temps en temps, sans tenir compte des quottas, ce qui l'horripile au plus haut point. ♠ Il ne prend jamais de bain (faire trempette dans sa propre saleté, brrv...) mais prend au moins deux douches par jour. ♠ Il a tendance à actualiser son répondeur un peu trop souvent, de sorte qu'il est fréquent d'entendre après plusieurs sonneries dans le vide des messages personnalisés tel que « Bonjour, vous êtes bien sur la messagerie de Leander Rosendale, je ne peux pas vous répondre pour le moment car je suis en train de prendre ma douche, mais vous pouvez laisser un message après le bip ou me rappeler à partir de 14h30 environ, mais avant 15h30 car je doute de pouvoir répondre à un appel durant le match de baseball de ma petite sœur -elle me tuerait. » ♠ Maniaque de la propreté, quand il a fini de faire le ménage à l'intérieur de la maison, il s'attaque à l'extérieur. Ainsi, il n'est pas rare de le voir balayer la rue, y déblayer les feuilles mortes, nettoyer les murets de ses voisins ou harceler ses derniers pour pouvoir nettoyer leur toiture -gratuitement, bien sûr, il ne viendrait pas à l'esprit de se faire payer pour s'amuser. ♠ On le prend souvent pour un geek, parce qu'il est relativement cultivé et pas plus intéressé que ça par les relations sociales, mais la vérité c'est qu'avec les ordinateurs ce mec est une vraie quiche. Il évite d'ailleurs de les approcher car on lui a souvent reproché de faire tout planter ou de simplement porter la poisse, comme s'il se dégageait de lui des ondes étranges qui font tout buguer. ♠ Il n'aime pas manger chaud, ainsi il ne faudra pas s'étonner de le voir mettre des glaçons dans sa soupe ou attendre qu'un plat refroidisse avant de le goûter. ♠ Si un jour, alors que vous êtes dans la salle d'attente du docteur, du dentiste ou du gynécologue, vous voyez un mec qui n'a rien de mieux à faire que de classer tous les magazines et/ou prospectus par types, thèmes et dates de parution (pour les revues), il y a de grandes chances que ce soit lui. Si le type finit par se faire virer par la secrétaire parce qu'il n'a absolument pas rendez-vous ici et qu'apparemment il s'agit d'une récidive, ça ne peut être que lui.

thanks for the memories.


Ce type n'est pas net, je vous le dis. Ouais ouais, je vous jure, j'ai été en cours avec lui, il était vraiment spécial. Il a jamais vraiment réussi à s'intégrer, on avait tous l'impression qu'il voulait pas être comme nous. Ch'ais pas, il était dans sa bulle, il venait pas nous causer, et quand on cherchait à, tu vois, lui parler un peu, histoire de voir qui il était et tout... Ben c'était bizarre. Il devenait volubile tout d'un coup, il avait l'air vachement sympa, parlait super facilement de sa vie, posait des questions en retour et, ch'ais pas, c'était juste contradictoire avec... avec son comportement habituel. Mais il est bourré de contradictions ce gars. En classe, quand il se faisait interrogé par un prof, il... il répondait pas, mais pas genre gêné ou timide, juste obstiné et muet. Il regardait le prof avec un ptit sourire et... il disait rien. Même quand c'était des réponses évidentes, des trucs que le dernier des abrutis aurait su. En plus il est futé : des fois, la prof posait une question super hardcore et il levait la même pour répondre, et là, aucun soucis. Mais interrogez-le alors qu'il n'a pas levé la main, et vous obtiendrez rien de lui. Il est mega, mega buté en fait. Arthur BRADFORD, ancien camarade de classe.

Leander ? Ouais ouais, je le connais. Enfin, je sais pas trop si je le connais. Il est pas clair. Je veux dire, j'arrive pas trop à le cerner. C'est pas du tout évident. Ma mère m'a dit qu'en maternelle, on était très proches tous les deux, et qu'elle pensait même que j'étais amoureuse de lui, et, huum, ouais rétrospectivement j'ai un peu du mal à y croire. Et puis il est parti, je sais pas trop où, et il est revenu quand j'avais douze ans, et lui en avait treize, je crois. Ma mère et sa mère sont potes, en fait, c'est comme ça qu'on s'est connu. C'est une femme super élégante, sa mère, mais de façon presque effrayante, et elle a un boulot genre super classe, je crois qu'elle est PDG d'un grand groupe pharmaceutique, ou un truc avec un rapport avec la chimie, ou les cosmétiques, je sais plus. J'ai jamais vu son père, mais, à son retour, Leander m'a expliqué que c'est parce qu'il bosse dans le cinéma, je sais plus trop si c'est dans le décor ou dans la production, enfin, plus un métier de l'ombre quoi... Ce qui fait qu'il est toujours rendu un peu aux quatre coins de la Terre, et c'est pour ça que Leander et sa famille se sont absentés pendant autant de temps. Et donc je suis redevenue amie avec Leander, c'était un gars sympa, vraiment intéressant, et j'aurais aimé gardé contact avec lui, mais deux-trois ans plus tard, il s'est cassé de nouveau ; sa mère, sa sœur et lui ont du rejoindre le père en Nouvelle-Zélande ou un truc du même style. Rain HARDWICK, ancienne amie d'enfance.

Le jeune Leander Rosendale ? Oui je vois tout à fait de qui il s'agit. Un jeune garçon brillant, mais parfois difficile à canaliser. Non non ce n'était pas une petite racaille, bien sûr que non, il a toujours été très bien éduqué. Mais il a du répondant, ça oui. Et vous savez, les gamins qui réfléchissent trop et qui posent toujours les questions qu'il ne faut pas, c'est parfois tout aussi gênant. Je me suis toujours montrée clémente envers lui néanmoins, oui, oui, exactement, depuis que j'ai appris que son père était mort, je crois que ça l'a beaucoup affecté. Non non, je crois qu'il avait 6 quand c'est arrivé. Oui, c'est terrible. Comment c'est arrivé ? Et bien, il était policier, et il s'est fait... oui, exactement, dans l'exercice de ses fonctions. C'est le jeune Leander qui me l'a expliqué, je m'étais inquiétée à son sujet suite à une remarque du professeur d'arts plastiques, qui trouvaient ses desseins perturbants, et il m'a expliqué tout cela. Non je n'en ai jamais discuté avec la mère. Croyez-moi, vous ne souhaitez-pas discuter de quoi que ce soit avec Ariana Rosendale, et encore moins aborder un sujet aussi personnel que celui-ci. Cette femme a vraiment de la poigne, exactement le genre qu'on imagine à la tête d'une multinationale telle que celle qu'elle dirige. Mrs PERKINS, ancienne professeur d'anglais.


Au fond, la vérité est ennuyante. Je doute sérieusement que vous soyez réellement intéressé par ce que j'aurais à vous raconter, si je décidais d'être honnête. Pas honnête, le terme me perturbe. Je suis honnête. Mais j'édulcore votre quotidien, en altérant le mien. Peu importe que mon père soit cascadeur, pompier, éleveur d'iguanes ou chasseur de baleines, peu importe qu'il soit mort ou vivant, ici ou absent, peu importe ce que vous pensez de ma mère, ce que vous savez à son sujet. Les vérités se méritent. On attend toujours de moi que je me livre, que je déballe tout, mais le truc c'est que les gens ne font jamais d'effort, ils ne font jamais l'effort de mériter ce genre d'informations. Je lâcherais peut-être des vérités, par-ci par-là, je vous avouerais sans doute que je suis fan de super héros et de comics, que je peux passer des heures à recomposer un puzzle sans me lasser, que je pourrais me nourrir exclusivement de pistaches jusqu'à la fin de ma vie si ça ne risquait pas d'avoir de désastreuses conséquences sur ma santé, et que ma sœur est de loin l'être humain qui me ressemble le moins, sur le plan mental comme sur le plan physique, sur cette planète, tout en restant, incontestablement, mon être humain favori. Le risque, c'est qu'au moment où je vous raconte tout cela, vous en veniez au point où vous me connaissez si bien que vous n'y croirez même pas.

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Dernière édition par Lézardée le Lun 5 Déc - 0:50, édité 1 fois
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Lézardée
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MessageSujet: Re: Leander ~ people don't realize this, but loneliness is underrated.   Lun 5 Déc - 0:49

C'est dans le journal qu'il se faisait livrer chaque matin que Leander Rosendale avait lu la nouvelle qui était parvenue à ébranler tout Ocean Grove dans un temps record. Très pro-tri sélectif et tout ce qui va avec, le jeune homme aurait été le premier à se proposer pour du volontariat dans un usine de tri de déchets, si cela ne dépassait pas d'un ou deux kilomètres sa limite de tolérance des immondices en tout genre. Oui, il adore nettoyer, ranger, ordonner, trier, et se fait un plaisir d'aider ses semblables quand ceux-ci peinent à accomplir ces tâches convenablement, mais l'idée d'un endroit pareil lui donne des frissons dans le dos, littéralement. Bien qu'il trouve cela utile et même nécessaire, il préférerait que cela se passe le plus loin possible de son chez lui rigoureusement clean, et il tient surtout à conserver le Greynolds Park, par lequel il passe systématiquement lors de ses joggings quotidiens avec sa soeur Astoria. Alors comme ça le Maire avait décidé de prendre à contre-pieds les traditions ancestrales des Rosendale ? Mauvaise idée. On ne contrarie pas les habitudes de Leander Alistair Rosendale impunément. Le Maire allait l'apprendre à ses dépends - il venait de réveiller la Bête. Ou c'est du moins ce que se disait Leander, l'air bien sérieux et très sévère, tandis qu'il se levait de son sofa, le journal plié en deux dans son poing crispé. À l'instar de ses supers héros favoris, il aurait bien enfilé un collant et une tunique sympa, mais il doutait que cela le rende crédible et cela allait à l'encontre de ses nouvelles résolutions, alors il abandonna rapidement l'idée dans un coin de sa cervelle. Ses nouvelles résolutions étant d'avoir l'air d'un jeune normal, vaguement branché mais pas trop. Il avait même acheté un magazine à ce sujet, pour vous dire à quel point il traitait ce projet consciencieusement et avec application. Pour l'heure, cela se résumait à se mettre du gel dans les cheveux et arrêter de porter des trucs que sa soeur lui avait tricoté, mais on pouvait déjà noter une certaine amélioration dans son allure générale.

Une fois arrivé sur les lieux de la manifestation, Leander constate, agréablement surpris, qu'ils sont nombreux à s'être mobilisés pour la cause. Cela le rassure en quelque sorte, se fondre dans la masse sera un jeu d'enfant avec une foule pareille. Il pense d'ailleurs qu'il ne rencontrera personne de sa connaissance, mais se voit rapidement détrompé puisqu'il croise brièvement le chemin de Mme Perkins, une de ses voisines favorites (mais n'allez surtout pas répéter qu'il a ses chouchous parmi les octogénaires) dont la présence dynamique lui tire un sourire. Ils échangent quelques phrases jusqu'au moment où le jeune homme aperçoit Aleu un peu plus loin ; aussitôt, il s'excuse auprès de Mme Perkins et file rejoindre son amie. « Aleu ! s'exclame-t-il pour attirer son attention alors qu'il joue des coudes pour se frayer un chemin jusqu'à elle. Comment vas-tu ? C'est chouette de te croiser ici. Ta pancarte aussi est très chouette ! Tu as vu la mienne ? » Et, dans le but de rendre plus visible sa propre pancarte, il la fait basculer d'un léger mouvement de poignet qui, raté, propulse la pancarte en question sur la tête de la jeune Leister. Sous le choc, la jeune femme s'effondre, pas trop brutalement grâce aux réflexes inattendus du jeune homme qui la rattrape d'un bras. Terrorisé par le geste malheureux qu'il vient de commettre, Leander appelle doucement Aleu mais celle-ci reste inconsciente. Personne ne leur prête attention, ce qui gêne et soulage Leander à la fois. Un peu d'aide n'aurait pas été malvenue, mais, quelque part, s'il parvient à garder cet incident entre lui et Aleu, ça serait plutôt pas mal.

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MessageSujet: Re: Leander ~ people don't realize this, but loneliness is underrated.   Lun 5 Déc - 0:49

Nerveux, Leander jetait de fréquents coups d’œil à droite et à gauche, en se demandant ce qu’il convenait de faire. Ce n’était pourtant pas la première fois qu’il assommait quelqu’un involontairement, mais il faut croire qu’il n’avait rien appris de ses précédentes maladresses. Son bras droit maintenait toujours fermement Aleu, qui endormie (enfin, assommée, mais Leander trouvait que, décidément, le terme « endormie » avait une bien meilleure consonance) avait des airs de princesse ; c’était en tout cas l’impression du jeune homme qui avait sans doute lu trop de contes pour enfants, et qui n’était pas habitué à avoir ainsi une jeune fille dans les bras. Au bout d’un moment, il se débarrasse de sa pancarte et fait basculer Aleu sur son second bras, le premier commençant à être légèrement engourdi, et il s’immisce dans la foule jusqu’à s’y fondre et y disparaître, criant avec les autres manifestants, essentiellement pour la forme.

C'était une curieuse expérience, pour le jeune homme, de se retrouver là, au milieu d'un tas d'autres individus de la même espèce que lui, poursuivant un but commun. La foule effervescente semblait animée par une seule volonté : celle de maintenir son quartier en l'état. Lui-même n'en revenait pas, de participer à un événement lui donnant l'impression d'appartenir à une communauté, la petite communauté très fermée des habitants d'Ocean Grove, et cette sensation contrastait sévèrement avec ce qu'il avait pu connaître jusqu'à présent. C'était peut-être idiot, mais il ne s'était jamais senti aussi proche de ses voisins ; ce qui le poussait à espérer que de nouvelles manifestations aient lieu à l'avenir.

Enthousiasmé par les cris et l'agitation - qui l'aurait cru ? - Leander met son cerveau en mode off pour décider de suivre l'élan général, bien décidé à mettre sa théorie de la fusion avec la foule à l'épreuve ; alors quand, soudainement, Goldie se met à s'exprimer avec l'aide de son mégaphone au sujet d'une certaine Seven, le jeune homme ne cherche pas à comprendre et se contente d'acquiescer de la façon la plus virulente dont il était capable de faire preuve, en dépit d'Aleu qui handicapait toujours légèrement. « Traitres, traîtres, traîtres ! » entonne-t-il en même temps que ses voisins, qu'il ne fait finalement qu'imiter. Décidément, Leander avait bien fait de sortir aujourd'hui. Il s'amusait comme un petit fou.

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MessageSujet: Re: Leander ~ people don't realize this, but loneliness is underrated.   Lun 5 Déc - 0:49

Nerveusement, Leander tire du bout des doigts le col de sa chemise en observant les alentours. Depuis que Pete, un ancien camarade de classe qui avait curieusement décidé de venir lui taper la causette, s'en est allé, il n'a rien trouvé de mieux à faire que rester collé au buffet, à chercher sa soeur du regard. Sa soeur, parlons-en tiens. Leander était sévèrement remonté contre elle (rappelons que tout est relatif et qu'un Leander très énervé est à peu près équivalent à un individu lambda vaguement contrarié en terme de comportement) et n'appréciait pas du tout la situation dans laquelle elle l'avait fourrée. Comme elle avait longuement insisté pour qu'il assiste aux festivités avec elle, il avait fini par céder - il ne résistait jamais à sa soeur, et les mariages en règle général tendaient à lui plaire avec tous ces gens bien habillés et toutes ces bonnes manières. Mais elle avait promit d'être toujours là pour lui tenir compagnie, et elle n'avait vraiment pas l'air décidée à respecter sa parole : non seulement elle était arrivée en retard à l'église, mais en plus de cela elle avait complètement disparu du champ de vision de Leander au cours de la soirée, et il la soupçonnait très fortement d'être partie s'amuser avec un type quelconque et mal éduqué. En le laissant, évidemment, en plan. Un sourcil arqué, le jeune homme réfléchit en dévisageant les autres invités ; il soupèse ses options, et imagine un instant aller s'insinuer dans la conversation à laquelle participe sa mère, Ariana. Il n'envisage l'idée qu'un quart de seconde, puisque c'est le laps de temps qu'il lui faut pour se rappeler que sa mère l'effraie encore plus quand elle discute business et mondanités avec les autres personnalités du milieu social auquel elle appartient.

De plus en plus anxieux, Leander desserre légèrement sa cravate. Qu'est-ce qui lui arrive ? Il a bien conscience de ne pas toujours être à l'aise quand il se retrouve aussi entouré, mais puisqu'il ne discute actuellement avec personne il ne devrait pas se sentir aussi mal à l'aise et stressé ? Ce n'est tout de même pas comme s'il n'était pas habitué à rester seul dans son coin - au contraire, ça devrait lui être très familier comme sensation, et le relaxer. Inquiet, il porte deux doigts à son pouls, et constate que son rythme cardiaque est inhabituellement élevé ; lui qui est d'habitude très économe en matière de battements coeur y voit un très mauvais signe. Ce n'est pas l'alcool, il a à peine bu, et ça ne doit pas venir de la nourriture car cela se serait déclenché avant. Or, à part cet étrange smarties que lui a filé Pete, il n'a rien ingéré depuis. Dubitatif, le jeune homme décide finalement de passer outre, et part se chercher un verre de champagne, ressentant soudainement l'envie de se désaltérer.

Quelques secondes passent et il ne se sent toujours pas mieux. Son corps continue de palpiter bizarrement, et les mains collées à sa coupe de champagne lui paraissent bien moites soudainement. La tête lui tourne vaguement, le malaise persiste, et il abandonne finalement son champagne pour se diriger vers les toilettes. Ce n'est peut-être rien, et il sait bien qu'il a tendance à se montrer hypocondriaque parfois, mais il préfère au moins se passer un peu d'eau sur le visage et s'éloigner de la foule quelques minutes, le temps que ça passe.

Dans la précipitation, il ne prête pas la même attention que d'habitude aux panneaux désignant les toilettes, et ce qu'il prend pour un bonhomme masculin porte en réalité une robe triangulaire qu'il ne remarque pas - si leurs dessins étaient plus clairs aussi... Les toilettes lui paraissent vides, mais il ne prend pas la peine de vérifier qu'elles sont toutes inoccupées avant de se diriger vers un des lavabo. La mine patibulaire qu'il aperçoit dans le miroir ne le rassure pas, et il ouvre le robinet immédiatement afin de porter un peu d'eau à son visage.

« Allez mon petit Leander, ressaisis-toi. » s'ordonne-t-il en faisant voyager ses mains nouvellement fraîches de son front à sa mâchoire.

Curieusement, il se sent soudainement mieux. Est-ce l'eau, ou cette tentative lamentable de se reprendre en main, psychologiquement parlant ? Il n'en sait rien mais tout d'un coup il se sent très... détendu. Trop, peut-être même...

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MessageSujet: Re: Leander ~ people don't realize this, but loneliness is underrated.   Lun 5 Déc - 0:57

Allongé sur le dos dans son lit, réveillé depuis un moment, Leander se décide enfin à ouvrir les yeux. C'est presque avec dépit qu'il jette un coup d'oeil à son réveil, qui lui annonce sans aucune douceur qu'il n'est encore que cinq heures du matin et qu'il a encore bien du temps devant lui avant d'être autorisé à se rendre sur son lieu de travail. Vaguement agacé, le jeune homme se relève doucement sur son séant, et contemple sa chambre avec amour. Beaucoup de gens considéraient que la fascination et l'obsession du jeune Rosendale pour l'ordre et la propreté avaient quelque chose de malsain et que cela devait l'handicaper dans sa vie de tous les jours, mais en vérité il aurait bien du mal à se passer de cette relation particulière qu'il entretenait avec son hygiène de vie et il tirait même un certain avantage de sa maniaquerie. Il lui suffisait de poser l'oeil sur quelque chose d'harmonieux et de soigné pour aller mieux, et rien ne le réconfortait autant que de faire le ménage quelque part, débarrassant ainsi un lieu quelconque de tout ce qui le pouvait le ternir. Au fond, Leander était convaincu que les gens devraient tirer exemple de ses névroses. Certains trouvent une consolation pathétique dans l'alcool ou la drogue, et lui range pour se remonter le moral. Alors qui c'est le malade mental là dedans, au fond ? Lui, au moins, il avait tout compris à la vie. Ou du moins c'est ce qu'il croyait.

Dès que le réveil indique 5:11, Leander se lève sans plus tarder - il lui aurait été impossible de se lever à 5:10, d'une part parce qu'il déteste les nombres pairs, et d'autre part parce que 10 est le double de 5 et qu'il trouve cela plutôt perturbant. Certes, il y a deux fois le nombre 1 dans 5:11, et ça le déstabilise un peu, mais ce soucis mineur est compensé par le fait que 11 est un nombre premier et Leander a toujours beaucoup aimé les nombres premiers. Quand il le peut, il s'arrange pour accomplir des actes importants (comme se lever ou se coucher, partir pour manger, etc.) quand le nombre de minutes correspond à un nombre premier. Là il aurait pu attendre 7:13, bien sûr, ça aurait éliminé le problème du double 1 mais, ne soyons pas fous non plus : ça lui aurait également porté la poisse.

Une fois son lit fait, Leander chausse ses pantoufles après leur avoir soigneusement donné un coup de brosse - les débarrassant ainsi de la fourbe poussière qui avait pu s'y déposer pendant la nuit - puis se tourne vers le miroir greffé à son armoire. Une nouvelle fois, le côté droit de sa chevelure semblait avoir déclaré la guerre au côté gauche, et Leander n'était pas tout à fait certain quant à l'identité du vainqueur pour le coup. Ça ressemblait plus à une hécatombe qu'autre chose. Avec un léger soupir, la jeune homme se dirige vers la salle de bain et tente, en vain, de rattraper le coup avec sa tignasse. Il finit par capituler, et se contente ensuite de se débarbouiller le visage et de se brosser les dents avec ferveur, chose que certains pourraient estimer inutile dans la mesure où il n'a pas encore déjeuner, mais le jeune Rosendale a sa logique personnelle. Une fois propre, mais toujours affublé de son pyjama Batman, Leander quitte la salle de bain, direction la salle principale de la grande maison - dans laquelle il lui était déjà arrivé de se perdre. Là, il erre quelques temps, désoeuvré, pas vraiment décidé à manger mais sans trop savoir comment occuper son temps. Il passerait bien l'aspirateur, mais ça ferait du bruit et il n'a aucune envie de réveiller Harvey. Parce que ce serait un coup à se faire expulser de la maison, ce qui signifierait retourner vivre avec Arianna, sa mère, ou Astoria, sa soeur, et il ignore laquelle de ses deux alternatives est la pire, mais il n'a aucune envie d'expérimenter l'une des deux de nouveau. Les femelles Rosendale sont si fatigantes. Finalement, Leander opte pour le lavage de carreaux, une de ses activités favorites, et passe un certain temps à les nettoyer, pour ne s'arrêter que quand ses poignets finissent par se faire légèrement douloureux. La faim au ventre après ce dur exercice physique, il se dirige vers la cuisine, range rapidement le frigo de façon méthodique puis se sert un bol de céréales au lait qu'il déguste ensuite, attablé au comptoir américain. Il allumerait bien la télévision pour s'abrutir un peu les neurones, mais encore une fois, il ne souhaite pas réveiller la bête et se retient, à regret.

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MessageSujet: Re: Leander ~ people don't realize this, but loneliness is underrated.   Lun 5 Déc - 0:57

Occupant son samedi après-midi comme tout jeune-homme névrosé dans sa vingtaine le ferait, Leander avait fait la lessive, lavé le sol, fait la vidange de sa voiture et avait finalement entrepris de faire sécher le linge au soleil après la petite douche qui lui avait été imposée par ses travaux d'entretien de la voiture. Pour certains, mettre des vêtements à sécher sur le fil à linge est une banale affaire, mais pas pour Leander pour qui cela constituait une activité hautement intellectuelle et artistique. D'une, il fallait déjà répartir les vêtements suivant leur poids afin de garder un certain équilibre censé ménager les trois différents fils à linge, de deux il était inimaginable de suspendre un tee-shirt avec deux pinces à linges de couleur différente, et de trois il était impératif que la couleur des pinces à linge en question soit accordée au vêtement qu'elles maintiennent. De plus, tous les vêtements pouvant être considérés comme embarrassant devaient être placés sur le fil du milieu de sorte que, si un voisin inopportun en venait à jeter un coup d'oeil indiscret à leur jardin, ses yeux n'ait accès à rien de trop compromettant. Une autre règle, que Leander n'avait jamais formulé dans sa tête comme une règle officielle, c'est qu'il tenait à ce que ses sous-vêtements restent éloignés des sous-vêtements de Rhea. Y compris les chaussettes. Par mégarde, il avait un jour accroché un de ses boxers près d'un soutien-gorge de Rhea, et en s'en rendant compte il avait senti ses joues s'embraser avec une telle intensité qu'il s'était promis de ne jamais réitéré une telle erreur. Regardant bien autour de lui pour s'assurer que personne n'avait eu vent de son geste malheureux, il avait timidement éloigné son boxer avec des airs de conspirateur. Il n'avait pas vraiment cherché à psychanalyser sa réaction, mais dans son esprit cela avait quelque chose à voir avec ce qu'il craignait que les sous-vêtements de Rhea racontent aux siens. Non pas qu'il n'eut pas confiance en Rhea, mais il avait terriblement peur que sa lingerie fine en vienne à corrompre ses slips en coton. N'importe quel jeune homme un tant soit peu rationnel en viendrait à avoir la même frayeur, non ?

Une fois les différentes tâches ménagères accomplies, Leander, en proie à un léger ennui, avait rongé l'ongle de son pouce l'espace de quelques dixième de secondes -le temps qu'il réalise qu'il était juste impensable qu'il s'attaque ainsi à une partie relativement indispensable de son corps- avant de chausser à la va-vite ses tennis pour quitter la maison sans un regard derrière lui, enfin juste un tout de même, pour vérifier qu'il avait bien fermé la porte à clef.

Il finit par rentrer deux heures plus tard, et, une fois n'est pas coutume, il a de la compagnie. Une compagnie doublement habituelle. Comme le gentleman qu'il est, le jeune Rosendale fait entrer son invité dans son humble demeure avant lui, pour ensuite le suivre à l'intérieur et lui présenter les lieux. Fidèle à ses devoirs d'hôte, il occupe son invité pendant au moins une demi-heure, puis, sentant que Rhea devrait bientôt rentrer à la maison, il s'installe derrière les fourneaux pour lui préparer des cookies. Il ignorait si elle aimait vraiment ça, mais il avait bien conscience qu'il aurait des tas d'aliments à tester avant de pouvoir définir clairement les goûts de sa colocataire, alors autant commencer maintenant. D'autant qu'il avait plus ou moins décider qu'ils lui réserveraient de temps à autres ce genre de petites attentions - ce n'est pas comme si elle ne pouvait pas se permettre d'épaissir un peu, avec sa silhouette toute en finesse.

À l'entente du son de la porte d'entrée s’entrebâillant doucement, Leander comprend que c'est la jeune Stark qui doit être de retour, et il se précipite aussitôt à sa rencontre avec son plat de cookies, affichant sur son visage toute l'amabilité dont il était capable, ce qui n'était vraiment, vraiment pas grand chose.

« Oh Rhea, bonsoir ! Un cookie te tenterait-il ? »

Gentiment, il tend la plateau vers elle, se complaisant à tel point dans ce rôle de parfait petit jeune homme bien éduqué qu'on aurait presque pu l'entendre ronronner.

« Et, hum... J'ai quelque chose à t'annoncer... ajoute-t-il plus sobrement, avant de tousser légèrement dans son poing fermé. Nous, hum, nous avons dorénavant un cochon. »

Il avait déclaré ceci le plus simplement du monde, se doutant bien qu'en rajouter des tonnes n'aiderait pas à faire avaler la pilule. Non seulement un coup de folie pareil ne lui ressemblait pas, mais de surcroît s'il avait appris qu'il craquerait et adopterait un animal un jour, il aurait probablement parié sur autre chose. Un serpent par exemple, ou un autre animal à écailles pas trop sale. Afin de bien faire comprendre à Rhea qu'il ne plaisante pas, il pivote légèrement sur la droite pour lui laisser une vue plus dégagée sur la baie vitrée, à travers laquelle on apercevait le mammifère trottant gaiement dans le jardin.

___

Les étoiles pleins les yeux, je m'avance, légère, resplendissante. Je pose un pieds délicat, calculant à peine la grâce de mon geste, sur ce nouveau sol américain que je foule joyeusement. Je m'avance, la tête haute, les cheveux au vent, dans ce nouveau quartier qui est bien, dans ce nouveau quartier plein de mes futurs amis. J'avance aussi élégamment que ma mère sur un podium. J'illumine mon nouveau coin de paradis, je suis grandiose, je suis une Femme Fatale.

Je marche, évitant les pelouses parfaites, droit vers ma nouvelle maison qui n'est pas totalement mienne. Je marche la tête penchée, perdue dans quelque part entre les nuages et les étoiles, je triture mes cheveux que je n'ai pas eu la patience de dompter, le vent souffle les volants de ma robe sans pour autant me donner la grâce de Marilyn.

J'arrive dans la rue, au bras de mon nouvel ami, rencontré dans cette petite boutique du coin, un sachet de vinyles à la mains, le sourire aux lèvres. Mon nouvel ami me raconte quelque chose d'amusant, je m'amuse sincèrement, je passe ma main dans mes cheveux au vent, je cherche les clés dans la poche arrière de mon pantalon et on entre prendre un verre devant la télévision.

Rhea, terriblement droite dans ses talons hauts, hésitait. Postée devant sa porte d'entrée depuis un moment, elle s'imaginait toute une sorte d'entrée bien plus normale que la sienne. Elle passa réellement la main dans ses cheveux, se demandant ce que penserait son nouveau colocataire. Elle ne le comprenait pas. Elle n'était pas faite pour vivre avec des gens, des gens normaux. Angoissée, elle hésita encore un moment, avant de secouer la tête et de se souvenir qu'elle était chez elle, que tout irait bien, que les gens étaient tous foncièrement mauvais et instables. Posant la main sur la poignée sûrement pleine de microbes variés, elle soupira et entra, reconquise par son détachement naturel.

Je rentre. Je m'avance dans la cuisine, attrape un verre d'eau aux concombres. Ou du jus. Non, du Jack. Du Jack et une pomme verte. Leander est assis dans le salon, bouquinant un comics quelconque. Ou travaillant. Est-ce qu'il travaille ? La maison sera miraculeusement propre, je me sentirais comme à la maison. Il …

Elle s'arrêta, sursauta, sortie de son imagination. Elle s'attendait à tellement de choses. Tellement de choses sauf le trouver juste devant son nez, un plateau de gâteaux à la main. Elle n'avait jamais eut le droit à ce genre d'attentions. Mais est-ce que les gens normaux accueillent véritablement leurs colocataires avec des cookies ? Ce n'était franchement pas l'image qu'elle avait. Elle n'avait jamais rien lu de semblable dans tous ses livres, ni dans aucun de ses films. Terriblement perturbée par un tel accueil, elle lâcha ses achats et resta sur place. Elle esquissa une sorte de grimace qui se voulait sûrement être un sourire. Elle tendit la main à moitié, s'arrêtant dans son geste pour l'écouter parler. Elle était encore en train d'hésiter à prendre un cookie lorsqu'il arrêta de parler. « Fais quelque chose ma fille, prend ce gâteau, met-le dans ta bouche et fuis. Note pour plus tard : ne jamais rentrer par devant quand il est là. Oh non, ça y est, je redeviens méchante. » Un cookies dans les mains, la jeune femme se demandait encore ce qu'elle était censée faire face à un tel discours, elle n'aimait même pas les cookies.

« … Merci, Leander. Ils sont... très beaux... Bons ! » Qui aurait imaginé qu'un jour Rhea Stark se retrouverait dans une telle situation ? Devoir manger des cookies fait par un homme quasi inconnu qui partage sa maison et qui lave ses sous-vêtements ? Elle esquissa son sourire habituel, l'écoutant parler, désolée pour lui et tout le mal qu'il se donnerait sûrement pour cohabiter avec elle. Elle fit même semblant de manger un de ses cookies, qu'elle se contenta d'émietter, en réalité, sans même s'en rendre compte. « J'ai quelque chose à t'annoncer... » Elle aimait bien ces mots. Chaque fois qu'une personne plus ou moins adulte lui annonçait quelque chose, c'est qu'un nouveau départ à petite échelle était à prévoir, et le renouveau, c'était sa vie. Tout recommencer, tout le temps. Aller au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau ! …

Elle continuait de sourire bêtement, s'attendant à ce qu'il lui avoue un achat compulsif, un nouvel ordinateur géant ou une tortue ninja décorant leur jardin. Elle ne réagit pas lorsqu'il lui montra leur nouveau compagnon. Elle prit quelques minutes, le temps que ses yeux s'agrandissent, que son visage se décompose, que ses bras retombent dans l'air, avant de pousser un cri horrible et reculer au fond de la pièce. « Merde, merde, merde ! … C'est vivant ? » Évidement que ça l'était, elle était juste terrifiée par les bêtes, les saletés, et les cochons dans sa maison. « DIABLE ! », elle hurlait définitivement, ce qui la choqua d'autant plus, n'ayant jamais eut ce genre d'habitude. « Je veux dire... Tu n'es pas une sorte de dégénéré fétichiste ou je ne sais pas quoi qui fantasme sur les cochons ? … Attends, tu compte quand même pas le manger, n'est-ce pas ? Parce que je peux toujours me forcer à manger les gâteaux que tu fais, mais tu ne cuisinera jamais de cochon, n'est-ce pas ? D'ailleurs, merci pour les gâteaux, c'est adorable ! Tu tiens une animalerie ? Il y a une ferme quelque part ? Il s'est échappé et tu as eu pitié de lui ? Tu sais, j'ai jamais eu de chat, je pense qu'on aurait pu commencer par... je sais pas moi, un poisson rouge ? C'est ce que font les gens normaux je crois... Diable, diable, diable ! C'est le nom de la rue qui doit porter la poisse, moi qui m'imaginais des tartes au citron sur des tables bien propres... Oh, non ! Me dis pas que tu es un de ces hippies en retard sur leur temps qui communient avec les animaux et autres machins dégoûtants ? Mais pourquoi tu n'as pas acheté un ordinateur géant ? Ou une tortue ninja ? J'aurais accepté la tortue ninja, tu sais ? ». Rhea était déjà épuisée, elle s'était mise à parler sans même s'en rendre compte. Elle remarquait seulement qu'il n'avait pas du tout comprendre et qu'elle partait franchement dans les aigus. Plaquée contre le mur, reprenant son souffle sans quitter des yeux cet animal, elle ne comptait cependant pas bouger, paniquée à l'idée que cette chose puisse bouger ou, pire, l'approcher.


___

Elle s'empare finalement d'un cookie et il se sent soulagé. Peut-être aurait-il du la laisser tranquille ? Cette idée lui vient seulement maintenant à l'esprit. Peut-être n'avait-elle aucune attente le concernant, et peut-être espérait-elle en son for intérieur qu'il y aurait toujours cette barrière tacite de politesse et de discrétion entre eux deux. Lui, ça ne le gênerait pas. Il n'y avait pas été habituée, sa soeur n'étant décidément pas du genre discrète, mais il était intimement convaincu que ça lui plairait. Néanmoins, il lui restait une phase de tests à effectuer, afin de déterminer quelle type de personnalité possédait Rhea et comment s'y adapter. Certes, il aurait pu lui confier un questionnaire pointu en lui demandant de répondre sérieusement dans l'optique d'améliorer leurs rapports, mais non, il ne voulait pas l'effrayer. Lui faire subir une batterie de tests sociologiques, ça lui paraissait tellement plus logique et... délicat. Ben voyons.

Contrairement aux hypothèses de Rhea, Leander n'avait pas laissé libre cours à ses instincts matérialistes de base (instincts dont il n'avait jamais pris compte de l'existence, estimant que les instincts sont réservés aux bêtes tandis que l'homme devrait pouvoir se fier à sa raison en toute circonstance), et il allait bien falloir à ce qu'elle s'habitue à ses frasques financières inexistantes de toute manière. Il n'aurait jamais pu acheter un ordinateur, ayant horreur de ces machins (il s'en sert bien au boulot, mais en dehors de cela il préfère ne pas les approcher, par prudence), et son sens de la décoration étant plutôt minimaliste il ne lui serait jamais venu à l'esprit d'investir dans un quelconque élément de décor superflu.

Finalement, la réaction de Rhea à la vue du cochon n'est pas des plus positives. Prenant tout cela scrupuleusement en note dans des rapports mentaux, Leander détourne son attention de la jeune fille pour s'approcher du cochon, et l'emmener hors de la pièce, direction le jardin. Il le laisserait probablement à l'extérieur une partie du temps, mais le rentrerait tout de même au moins une fois par jour pour le laver. Certes, il devrait peut-être investir dans une grande bassine, car il y avait fort à parier que Rhea refuse tout net de laisser l'animal entrer dans la baignoire. Ce qui est idiot, pense Leander, dans la mesure où il désinfecte la baignoire au moins une fois par jour. Il faudra également bien veiller à ce qu'il n'y ait pas de flaques de boue dans le jardin, les cochons ayant tendance à s'y frotter justement pour se laver et se débarrasser des microbes et autres parasites, mais cela ne devrait pas poser trop de problème. Leander adore sa pelouse, et il est près à braver la loi pour l'arroser même en cas de canicule, quitte à le faire de nuit, discrètement, avec un arrosoir et une cagoule (au cas où). C'est que c'est limite un voyou notre bonhomme.

« Oui, il est vivant. » répondit Leander, légèrement ennuyé, en retournant près de Rhea. « Les cochons morts sont de bien moins bonne compagnie. Bon, très honnêtement, ce n'est qu'une présomption de ma part, mais je ne crois pas être loin du compte sur ce point. » ajoute-t-il droitement, plutôt stoïque pour un jeune homme qui n'est pas passé loin de provoquer un infarctus à sa colocataire. Tout le discours de cette dernière, en revanche, le laisse pantois. Qu'est-ce qu'elle cause celle-là dis donc ! « Non, je ne suis pas un fétichiste des cochons. Je ne fantasme sur aucune espèce d'animal. Je ne fantasme pas sur grand chose à vrai dire, je ne cerne pas l'intérêt. Non je ne compte pas le manger, si j'ai choisi de l'adopter c'est justement pour éviter qu'il finisse dans une assiette. Je ne tiens pas une animalerie, je ne supporterais pas l'odeur, et je trouve cela bien trop sale. Je travaille dans l'édition. Je corrige majoritairement des fautes d'orthographes, je fais de la mise en page, parfois, même si je déteste ça, je lis des manuscrits, je commente, ce genre de trucs. Rien à voir, vraiment. Je trouve les poissons rouges ennuyants, et les chats me détestent, souvent. J'ai peut-être été un chien dans une autre vie ? Si les bouddhistes ont raison. Mais j'en sais rien au fond. Et ça existe vraiment les fétichistes des cochons ? Je ne suis pas au courant des choses du monde, vraiment, alors j'ai quelques lacunes culturelles. Ça doit être européen. Les européens sont si étranges. Mais je ne suis pas contre l'idée du chat. Seulement il faudra en trouver un qui m'aime bien. Et je ne suis pas un hippie. » Une moue dégoût se forme sur sa figure rien qu'à cette idée. « Je déteste les ordinateurs. Je préfère la vraie vie, les choses tangibles. Et je ne veux pas te vexer, mais je ne suis pas sûr que les tortues ninja existent vraiment. Et si quand bien même elles existent vraiment -admettons le concept un instant, pour te faire plaisir- je ne suis vraiment pas prêt à partir en chasse dans les égouts pour en capturer une. » Enfin, il peut reprendre son souffle. Finalement, s'il lui avait filé un questionnaire, tout aurait été plus simple. Mais cela aurait été bien moins amusant. (Et ils n'auraient sauvé la vie d'aucun cochon.)
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