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 ℵ midnight, la petite fille aux allumettes.

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Lézardée
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MessageSujet: ℵ midnight, la petite fille aux allumettes.   Lun 5 Déc - 1:05

WHAT ABOUT YOU ?
NOM ET PRÉNOM(S) → MATTHEWS, MIDNIGHT. NE COMPTEZ PAS SUR ELLE POUR VOUS DÉVOILER LES PRÉNOMS RESTANTS - SI VOUS PARVENEZ DÉJÀ À LUI EXTORQUER SON VÉRITABLE PRÉNOM CE SERA UN EXPLOIT.
DATE DE NAISSANCE ET ÂGE → 4 NOVEMBRE, 22 ANS.
STATUT → PRÉDATRICE.
EMPLOI ET/OU ÉTUDES → ÉTUDIE LES SCIENCES (ZOOLOGIE) À L'UNIVERSITÉ DE MIAMI, TRAVAILLE EN PARALLÈLE EN TANT QUE APPRENTIE ARTIFICIÈRE QUAND L'OCCASION SE PRÉSENTE, ET EN TANT QUE OUVRIÈRE EN DÉMOLITION LE RESTE DE L'ANNÉE. ACCESSOIREMENT, ELLE JOUE ÉGALEMENT DE LA BASSE DANS UN GROUPE RELATIVEMENT INCONNU, DÈS QU'ELLE EN A LE TEMPS.
TRAITS DE CARACTÈRE → AMBIGUË, BELLIQUEUSE, CORIACE, MYSTÉRIEUSE, TEIGNEUSE, SOLITAIRE, DÉGINGANDÉE, SENSUELLE, JE-M'EN-FOUTISTE, IRASCIBLE, VIOLENTE, DURE, FRANCHE, SANS TABOU, PASSIONNÉE, BONNE-VIVANTE, HEUREUSE, DÉBROUILLARDE, AGRESSIVE, INFLEXIBLE, SAUVAGE, SÉVÈRE, FAROUCHE, SPONTANÉE, IMPRÉVISIBLE, PROTECTRICE, LIBRE, INSTINCTIVE, FROIDE, FLAMBEUSE, MENTEUSE, MYSTIFICATRICE, VRAIE, CONTRADICTOIRE.



AND IF WE WANNA KNOW MORE ?

depuis combien de temps habitez-vous à ocean grove ? → Je vis ici depuis à peine plus d'une semaine. Peut-être une semaine de trop. Je sentais bien que ma mère allait vouloir déménager ; elle voulait tirer un trait sur sa vie en Alabama, tout oublier comme elle sait si bien le faire et recommencer. Recommencer ailleurs, commettre les mêmes erreurs, et ne pas s'en rendre compte. Mais elle est mignonne, et malgré tout elle constitue la seule racine qui me rattache à ce monde, alors je l'ai accompagnée. En partie aussi parce que je ne me sens pas prête à la laisser se débrouiller seule (quoique son nouveau mari a l'air de tenir la route) et que je ne suis pas sûre qu'elle soit prête elle-même. quelle est votre impression sur ce quartier résidentiel, ses habitants, etc ? → Il est divertissant. Je croyais que vivre ici m’ennuierait profondément. Ce qui est irrationnel comme idée, car je ne me suis jamais ennuyée de ma vie. Je pensais que tous ces gens me lasseraient, m'agaceraient... Alors que, au final, je m'amuse follement. J'aime sortir mes poubelles au beau milieu de la nuit avec des airs de conspiratrice, et glousser dans ma barbe quand j'entraperçois cette sale fouinasse de Mrs Russell m'observer, terrifiée, avec ce qu'elle croit être une discrétion et une précaution infinie, bien cachée derrière ses rideaux en dentelles. J'aime allumer une bougie dans ma chambre et jouer avec mon corps en ombre chinoise, créant et recréant des scènes tordues qui, je le sais, finiront par alimenter les ragots d'une manière ou d'une autre. J'aime l'idée qu'on est tous, les uns autant que les autres, au centre de l'attention de nos voisins, et qu'on avance guettés en permanence par les pires prédateurs qui soient : les cancaniers. C'est mon côté théâtral, j'imagine ; j'aime me prendre pour une actrice jouant avec les caméras, et Ocean Grove est le meilleur Reality TV Show qui soit. quel est le plus grand regret de votre vie ? → Je n'ai aucun regret. J'en ai peut-être eu, à un moment donné, mais je me suis rapidement rendu compte qu'ils pesaient bien lourds et je les ai abandonnés en chemin. Vous le remarquerez tôt ou tard, je ne suis pas le genre de filles qui s'encombre de charges inutiles... comment vous imaginez-vous mourir ? → Je ne m'imagine pas mourir. Je me vois bien immortelle, à vrai dire. J'ai bien réfléchi à l'idée, et je crois que ça me plairait, sincèrement. La vie, c'est vraiment trop cool. Je pourrais aisément vivre encore un petit millier d'années, non pas à vivre d'amour et d'eau fraîche, mais de couleurs, de textures, de philosophie, d'humanité, de goût et de jeux en tout genre. avez-vous des particularités, des manies ou autres ? → Je fume comme un pompier. Et pourtant, je méprise les fumeurs : pauvres petits moutons qui n'ont su se faire accepter des autres qu'une cigarette à la bouche. Sans parler de cela, la dépendance, l'addiction, ça me débecte - et il n'y a vraiment rien qui me répugne autant que l'asservissement auquel un humain peut se laisser aller vis-à-vis d'une toxine, que la toxine en question ait la forme de nicotine ou d'un partenaire sexuel. ℵ À pile ou face, je choisis toujours face. ℵ Entre chien et chat, si je devais en avoir un, ce serait le chien, si je devais en être un, ce sera le chat. Sans hésitation. ℵ Je déteste l'heure. Les horloges, pendules et autres montres et réveils ont été bannis de mon territoire, et ne vous avisez pas de me flanquer un indicateur temporel sous le nez ; j'ai des réactions vaguement imprévisibles et un tantinet excessives à leur vue. ℵ Si je dois VRAIMENT connaître l'heure, j'allume mon portable. Ce dont je préfère me passer. ℵ Je suis pas vraiment ponctuelle comme nana. ℵ Et me joindre est un vrai challenge en soi. ℵ Je souffre -fréquemment- de coprolalie. ℵ Je déteste les princesses, mais les reines ça passe. ℵ Je suis rarement bien coiffée. ℵ Chez un homme, je regarde en premier la mâchoire et la nuque ; chez une femme, ce sera la forme des yeux (et non la couleur) et la bouche. ℵ J'ai tendance à abuser du café. Sans pour autant me retrouver forcément à sautiller partout comme une puce. ℵ Je me balade souvent les pieds nus, ce qui ne manque pas de me valoir quelques réflexions, et un nombre incalculables de propositions pour m'acheter des chaussures - je devrais peut-être en profiter d'ailleurs. ℵ

THANKS FOR THE MEMORIES.
— tandis que je craque la première allumette, je lève les yeux vers elle, on est mardi et elle se tortille nerveusement les mains. Elle me sourit gentiment, avec ce même air qu'elle a quand elle regarde un vase hors de prix qu'elle n'ose pas acheter, quand elle sait qu'elle va forcément finir par céder. Sauf que là, tout est différent. Ça n'a rien à voir. Je ne suis pas un vase, et elle ne peut pas m'acheter - à son grand dam. Mes doigts frôlent langoureusement la flamme avant de la capturer, j'envisage toutes les possibilités. Je pourrais m'en aller. C'est ce que j'avais prévu de faire. À New-York, sans doute, partir à l'aventure. N'importe quelle ville qui ne me rappelerait pas l'Alabama. N'importe quelle ville où je ne me sentirais pas intruse. (Mais j'étais convaincue depuis un moment que c'était trop demander.) Et puis, je tournais cette idée dans tous les sens, je me disais que je pourrais arrêter mes études, tourner des docu-fictions qui alimenteraient mon site-web, traîner avec ma colocataire future-mannequin super cool qui aurait un nom imprononçable, fricoter avec des voyous, vivre comme une clodo, et en avoir rien à foutre. Le rêve quoi. Pourtant, quelque chose me faisait sincèrement flipper. Une sensation. Très localisée. Juste là, le long de ma colonne vertébrale. Quelque chose qui me disait qu'il ne m'était jamais rien arrivé de bon quand je faisais ce que j'avais prévu. Il y avait toujours eu cette logique implacable et pourtant inexplicable dans mes actes : vivre des évènements programmés est inutile, et ennuyant ; mon subconscient a déjà imaginé les sensations qui pourraient en ressortir, et jamais la réalité n'égale mon subconscient. Oh, la réalité m'a si souvent déçue. « Je viens à Miami. » C'est à peine un souffle, c'est à peine un murmure, mais aussitôt les couleurs réapparaissent sur ses pomettes. C'est ce qu'elle espérait secrètement. « Oh Mimmi, je suis si contente ! Tu vas voir, je suis sûre que tu vas adorer Leonard, c'est un homme très distingué, il ne pourra que te plaire. Oh Mimmi, c'est merveilleux, nous allons pouvoir former une adorable petite famille unie, enfin. » Enfin. Nous le méritons. Je le mérite - c'est ça que tu penses. Toujours, quand tu poses ton regard dans le mien, il y a cette lueur de culpabilité dans tes iris, et jamais tu ne parviens à t'en débarasser. Mais moi je ne t'en veux pas, je ne t'en tiens pas rigueur ; tu es ma petite maman à moi alors je te pardonne. C'est comme ça que ça marche, non ? — tandis que je craque la seconde allumette, elle frappe à la porte et, sans attendre de réponse de ma part, elle entre. C'est sa technique. Je crois que c'est sa façon à elle de me faire comprendre qu'elle pourrait tout à fait me choper la main dans le sac si je me mettais à fumer de la marijuana. Rien de bien sûr toutefois, peut-être que je me méprends, peut-être que c'est autre chose ; peut-être est-elle juste singulièrement impatiente. « Plaît-il ? » j'articule paresseusement, assise par terre, adossée à mon lit, entourée par une armée de cartons non déballés. « Je ne te dérange pas Mimmi ? Je viens juste pour discuter, un petit peu, je peux, hum, m'assoire ? » Ses yeux inquisiteurs fouillent la pièce, à la recherche d'un endroit convenable auquel elle pourrait confier son popotin le temps de me raconter sa vie comme elle aime tant le faire, une manière comme une autre de m'encourager implicitement à lui rendre la pareille. J'acquiesce d'un vague signe de tête de traviole, qui aurait aussi bien pu signifier «oui» que «non», et elle contourne les cartons pour venir s'installer sur le rebord de mon lit. « Il y a quelque chose qui me tracasse Mimmi. J'avais la sensation que vivre ici te réjouissait, et ça me faisait plaisir, mais ces derniers jours... Je ne sais pas, je ne comprends pas. Enfin, je vais en venir droit au but. Blond ? Il a fallu que tu te teignes les cheveux en blond ? Ne te méprends pas j'aime beaucoup l'idée ! On se ressemble bien plus comme ça et... ça me touche. Mais je ne t'imaginais pas... Changer la couleur de tes cheveux. Ou changer quoi que ce soit en toi. Tu m'as toujours paru si farouchement... fière, mais d'une fierté positive. Alors je ne comprends pas ; tu veux bien m'expliquer ? » Captivée par la flammèche, je ne parvenais à me détourner de ses nuances orangées pour poser les yeux sur ma mère, dont je connaissais l'aspect si bien que je n'avais pas véritablement besoin de la regarder pour la visualiser. « Je m'adapte. J'ai vu les jeunes filles d'ici. Il y a beaucoup de blondes. J'aurais eu l'air étrange avec mes cheveux bruns. Limite provocatrice. Le blond me permettra sans doute de m'intégrer. Je me ferais peut-être acceptée par une bande de blondes, et j'aurais des amis. C'est bien ce que tu veux non ? Que je ne sois pas le mouton noir, le vilain petit canard, cette fois. » Son nez se fronce ; peu crédule, elle ne gobe pas mon histoire, et n'y croit pas plus que moi. Elle meurt d'envie d'y croire pourtant. « Mais, Mimmi... Tu... Tu as toujours tellement adoré le rôle du vilain petit canard, non ? » Profondément ennuyée par la tournure que prend la conversation, j'oublie volontairement de répondre. Je ne veux pas être le vilain petit canard qui se transforme en cygne. Je veux être le canard que personne ne remarque, le canard qui se fond dans l'ombre, auquel personne ne prête attention car il est si insignifiant. C'est ce rôle là qui me convient. Le rôle de la fille transparente. Je ne m'étais pas teinte en blonde pour passer inaperçue à Miami pourtant, même si ç'aurait été une raison comme une autre. Je crois que je me suis décolorée les cheveux parce que j'ai toujours détesté les fausses blondes. Je les trouve ridicules et d'un conformisme sans borne. Alors peut-être que c'est ma façon à moi, bien personnelle, d'emmerder toutes les filles anticonformistes à la con qui détestent les fausses-blondes. J'en sais rien, au fond. Vous avez une meilleure hypothèse à me proposer ? — tandis que je craque la troisième allumette, je souris à la lune, d'un de ces sourires taquins et complices que l'on n'accorde qu'aux amis très proches. Elle me comprend, elle, de là haut. Elle assiste à mes multiples métamorphoses et s'en amuse. Mon regard vient se perdre sur mes phalanges endolories, puis c'est au tour de mes metacarpes usés de venir frôler dangereusement mes lèvres ; et comme un animal blessé je panse mes plaies en les portant à ma bouche, humidifiant mes articulations du bout de la langue en cherchant à les débarasser des quelques traces de sangs qui ont fini par sécher. Je ne sais même pas comment, je ne sais même plus qui, mais j'en encore frappé. Ça ne m'étonne plus. Mon agressivité est devenue une mauvaise manie comme une autre, mon goût approfondi pour les bagarres, un pêché mignon. C'est une des raisons pour laquelle j'aime Miami. À Greenville, les videurs avaient fini par me connaître, sans pour autant m'apprivoiser, et on ne me laissait plus entrer. Pour diverses raisons, on m'avait étiquettée comme étant l'emmerdeuse professionnelle du coin. C'est vrai, je fous souvent le bordel, je le reconnais. Quand je ne balance pas mon poing dans la figure d'une pétasse qui a eu le malheur de glousser trop fort ou trop aigu c'est que je suis occupée à semer la zizanie, à pousser d'autres clients à la bagarre ou parfois, parfois, au suicide. Alors, las des mes provocations, ils finissent indubitablement par me foutre à la porte. Et quand je ne suis pas là, tout est plus calme, tout devient trop banal, et ils s'ennuient de moi. Réalisent que j'apportais un peu de piment à la monotonie de leur quotidien, et qu'ils avaient au moins quelqu'un à haïr. On oublie trop souvent l'importance de ce genre de sentiment. Je suis un exutoire comme un autre. Et je ne suis pas confièrement mauvaise. Je fais parfois mal. L'alcool à 70 degrés aussi. Je suis une jeune femme discrète et effacée le jour, de celles qui parlent peu et ne se font pas remarquer. La nuit, c'est différent. Mes pupilles se dilatent et je pars en chasse. Je joue, je vis, je m'amuse, j'intrigue, je m'enfuie. Je provoque le désir et la haine, parfois les deux en même temps. Quand les gens se mettent à me détester, ils oublient un peu de se détester eux-mêmes ; je leur offre un temps de répit. Quand je les critique et les insulte, provoquant leur colère, ils oublient d'être tristes et angoissées, ils se relèvent, finissent forcément par me répondre, réagir. Quand ils sont trop sûrs d'eux, trop confiants, je leur laisse croire en une ouverture, m'enfuis, les attends, m'enfuis, les attends, pour m'enfuire définitivement au moment où je prétends céder. Je crois que c'est ce que j'aime faire ; ébranler les fondations. Voir si la maison va tanguer un peu, ou tout simplement s'effondrer. Et parfois, curieusement, c'est en lui faisant des misères qu'on parvient à la consolider.

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Dernière édition par Lézardée le Lun 5 Déc - 1:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: ℵ midnight, la petite fille aux allumettes.   Lun 5 Déc - 1:05

Les stores sont baissés, la chaîne hifi a été allumée, ma couette, élimée, a été tirée à même le sol, et se retrouve à présent cernée par une armée de cartons qui n'ont pas encore été déballés. Négligemment, je traînasse au milieu de cette dernière, dans la pénombre ambiante que seule l’extrémité incandescente de ma cigarette vient déranger. Mes cheveux en bataille entourent mon faciès imperturbable, et glissent un peu plus vers le sol à chacun de ces mouvements de tête que j'effectue machinalement en me calant plus ou moins inconsciemment sur le rythme de la basse d'un titre de Jamiroquai que je reconnais pas - quand j'écoute de la musique, je peine à prêter attention aux paroles en même temps. Je pourrais rester des heures ainsi. Sans rien faire d'autre que laisser mon esprit vagabonder à droite et à gauche, l'autorisant même à se perdre dans des considérations inutiles si l'occasion se présente. Sans rien faire d'autre que respirer, sentir mes omoplates nues plaquées contre le sol, frissonner quand une mèche de cheveux taquine vient se glisser le long de mon coup, pincer mes lèvres, faire danser mes orteils et apprécier la dextérité du bassiste de Jamiroquai. Je pourrais rester des heures ainsi, si ma mère n'avait pas prévu autre chose pour moi.

« Mimmi ? » Se hasarde-t-elle en entrebâillant la porte de ma chambre. Je lèverais volontiers les yeux aux ciels si mes pupilles n'étaient pas déjà fixées sur le plafond. Sans répondre - car je n'ai pas la naïveté de croire que cela changerait quoi que ce soit, je porte une énième fois ma cigarette presque entièrement consumée à mes lèvres vermillons. La porte s'ouvre alors en grand, et ma mère pénètre dans la pièce sans se formaliser de n'y avoir pourtant reçu aucune invitation. « On étouffe ici, tu devrais aérer un peu. » À grandes enjambées, elle se dirige vers l'unique fenêtre de ma chambre ; sans daigner la suivre du regard, je comprends bien que mon moment de quiétude est révolu et m'efforce alors de me relever à moitié en prenant appui sur mes coudes. « On étouffe également dehors, faire rentrer un peu plus de moiteur n'arrangera rien. » Mais comme toujours elle ne m'écoute pas. Cela fait bien longtemps qu'elle ne m'écoute plus. Fatiguée, je laisse échapper un laconique soupir, et je concentre mon attention sur la musique pour ne pas avoir à entendre la salve de reproches qu'elle me destine probablement. Range ta chambre. Déballe tes cartons. Souris. Sors. Va voir des amies. Brosse-toi les cheveux. Sois coquette un peu. Tu n'as pas de bracelet ou de collier ? Ni même de boucles d'oreilles ? Moi à ton âge... Et tu as vraiment besoin de fumer autant ? Je connais le refrain par coeur. Je l'entends déverser sur moi tout un discours que je n'écoute pas et, profitant d'un de ces rares moments où elle se doit de recouvrir sa respiration, je glisse un « C'est bientôt fini ? » que j'articule de la façon la plus polie qui soit. « Oui. Mais j'aimerais vraiment que tu ailles voir Knox. Il est dans le jardin, à réparer le vieux portique, et avec cette chaleur, une boisson rafraichissante ne lui ferait pas de mal. Leonard et moi nous apprêtons à partir, alors je compte sur toi pour t'occuper de notre hôte. Très franchement, je me sens coupable de lui demander de tels services, nous abusons... » minaude-t-elle avec un de ces gestes de poignets que seules sont capables de maîtriser les femmes riches qui aiment faire s'entre-choquer leurs lourds bracelets dorés. Mes sourcils se froncent tandis que je me relève complètement. « Tu ne comprends rien... » je murmure, affligée, en me dirigeant vers la chaîne hifi afin de l'éteindre. Heureusement pour elle, elle quitte la pièce sans rien entendre et je me retrouve enfin seule avec ma consternation. Helena ne comprend pas que toute personne ayant un minimum d'ego n'appréciera pas forcément de se voir offrir monts et merveilles sans que rien ne soit demandé en échange, tout comme elle ne comprend pas que mon orgueil difforme est bien trop borné pour accepter l'idée de tels cadeaux. Knox effectuera certaines tâches dans notre intérêt, et nous lui procurerons le gîte et le couvert : l'équilibre est parfait.

J'avance à pas feutrés, pieds nus, sur le gazon fraîchement coupé du jardin, me dirigeant vers le portique que retape Knox. Le trapèze est brisé en deux - ce qui ne m'étonne qu'à moitié dans un pays réputé pour son incroyable taux d'obésité - et la balançoire a vraiment une salle gueule. L'échelle de cordes pendue du côté gauche n'est pas mieux, et la structure dans sa globalité a mauvaise mine. Knox a du pain sur la planche. « Une bière ? » je lui propose en arrivant à sa hauteur. Pas vraiment réputée pour ma patience, j'ai déjà entamé la mienne. « Je ne sais pas si Helena te l'a dit, mais il faudrait graisser la balançoire. Leonard a le sommeil léger et je l'ai réveillé à cause des grincements l'autre nuit. À ce qu'il paraît. » Nonchalamment, je bois une gorgée de bière avant d'ajouter, vaguement sceptique : « Tu t'en sors ? » ; je ne le connaissais pas spécialement bricoleur à l'origine, aussi j'émets quelques réserves quant à ses capacités en la matière. Curieuse, j'observe ensuite le portique à la recherche d'un changement notable.

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MessageSujet: Re: ℵ midnight, la petite fille aux allumettes.   Lun 5 Déc - 1:05

Petit à petit, toute la vie de Knox commençait à rentrer dans l'ordre. Maya l'acceptait de nouveau dans sa vie, et c'était de loin la chose qui le satisfaisait le plus. Ils n'étaient toujours pas ensemble, et Knox ne baissait pas les bras, mais pour le moment, il se concentrait sur l'enfant qu'elle attendait de lui, frétillant d'impatience de pouvoir l'enlacer. Il devait même avouer être jaloux de Maya qui pouvait passer tout son temps avec lui, sentait le moindre de ses mouvements – même si elle avait tendance à s'en plaindre particulièrement ces derniers temps, il savait que dans l'ensemble, cette grossesse lui plaisait énormément. Ensuite, il y avait ce logement qu'il avait trouvé chez une amie à lui, Midnight Matthews. Il la connaissait depuis qu'il était à Chicago et même si ils avaient longtemps perdus contact, le jeune homme devait avouer être ravi de l'avoir retrouvée. Il avait l'impression de se sentir un peu plus chez lui, la présence d'un élément de son passé ici avait quelque chose de fondamentalement rassurant. Et enfin, Knox avait trouvé du travail. Ce n'était pour le moment rien de sérieux, un mois à droite, une semaine à gauche, etc mais ses revenus étaient plus ou moins fixes, et il attendait avec impatience d'avoir l'occasion de trouver un travail à temps plein. Pour l'heure, il était entrain de travailler dans le jardin des Matthews. Ces derniers avaient eu la générosité de l'héberger, puisqu'il ne pouvait pas se payer un hôtel ne serait-ce qu'avec le minimum vitale, et Knox cherchait à les remercier du mieux qu'il le pouvait. Il avait donc demandé aux parents de Midnight de lui dire dès qu'ils avaient des travaux à faire dans la maison, qu'il s'agisse de peinture, de construction, ou même plus simplement de passer l'aspirateur ou de tondre la pelouse. N'allez pas croire pour autant qu'il aimait ça. Il avait toujours fait tout ce qu'il pouvait pour éviter ce genre de choses lorsqu'il était encore chez ses parents. Mais désormais, il voyait les choses différemment. Il fallait qu'il se prenne en main, et assume ses responsabilités. Après tout, un bébé allait bien compter sur lui pour subvenir à ses besoins, et répondre à toutes ses questions. Il faudrait plusieurs années pour que les questions fusent, naturellement, mais Knox voulait apprendre à faire un maximum de bonnes choses, comme un adulte le ferait pour être au top quand son enfant aurait besoin de lui.

Vêtu d'un vieux jean, et d'une paire de baskets, il avait abandonné l'idée de mettre un tee-shirt lorsque il avait constaté la chaleur qu'il faisait. Il n'arriverait à rien faire de concret si il mourrait de chaud. Il n'avait déjà pas grande idée de comment il allait s'y mettre, et de quoi il avait besoin alors autant ne pas rajouter de difficultés supplémentaires. Il avait eu l'occasion de regarder rapidement sur internet, mais les pièces étaient en mauvais état, et si la rouille était apparente, il n'était pas impossible qu'elle est également ronger le tout. Il décida donc de démonter les pièces une par une pour s'assurer que tout était en relatif bon état et que la structure ne s'effondrerait pas au bout d'une semaine – du moins, pour s'assurer que les pièces jouent en sa faveur, et compensent ses lacunes dans ce domaine. Il était entrain de vérifier l'état des cordages lorsque la voix familière de Midnight raisonna à ses oreilles. Il sourit à sa proposition, et attrapa la bouteille en la remerciant. Avalant une longue gorgée de sa bouteille, il acquiesça à la demande de la demoiselle à qui il essayait de rendre service au maximum également, et sourit à la dernière remarque. Il avait lui-même entendu son amie sur la balançoire l'autre jour mais il y avait peu de chance pour que celle-ci grince au point de réveiller qui que ce soit. « Je m'en occupe tout de suite, tu seras tranquille ce soir comme ça. » dit-elle en joignant les gestes à la parole. Ce n'était pas grand chose, et cela lui prendrait cinq minutes à peine, mais c'était au moins un domaine qu'il maîtrisait plus ou moins. Quelque chose sur quoi il savait exactement quoi faire. « Tu t'en sors ? » lança la jeune femme, regardant la balancelle avec attention. « Ca ira probablement mieux lorsque j'aurai commencé, à vrai dire. » Il prit une seconde gorgée de bière, et bien que tenté de savoir sur l'herbe avec Midnight, et de passer la journée à discuter avec celle-ci, mais ce n'était pas « responsable », et Knox tenait particulièrement à l'être. « Je vois à peu près ce qu'il faut faire, mais à mon avis, il y aura quelques trucs qu'il faudra remplacer, donc aller acheter en magasin. » Il alla chercher les outils adéquats, et se mit à travailler pour retirer la rouille sur la peinture. « Et toi, tu as quelque chose de prévu ce week-end, ou tu me feras partagé tes goûts musicaux à travers ta fenêtre ? » Si la remarque du jeune homme était clairement taquine, il n'y avait aucun mal de sous-entendu dedans. Au contraire. Si il estimait avoir une connaissance musicale relativement correcte, Midnight en avait une beaucoup plus élargie que la sienne, et il ne manquait jamais d'aller lui réclamer plusieurs CD pr semaine, toujours ravi de ses « découvertes ».

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MessageSujet: Re: ℵ midnight, la petite fille aux allumettes.   Lun 5 Déc - 1:05

Les yeux plissés, j'observe Knox s'activer avec une curiosité non dissimulée, tout en maudissant ce satané soleil de m'éblouir avec autant de violence - nous n'avions pas ce soucis à Greenville et, brusquement, l'Alabama me manque. Sans vouloir détruire le mérite du jeune homme, je me dois d'être honnête avec lui, et c'est en étouffant un bâillement que je finis par lui avouer : « Tu sais, dès le moment où cette balançoire cessera de grincer, elle perdra tout son intérêt à mes yeux. Je ne vais probablement pas remonter dessus. Mais faut la graisser - c'est une question de principe ou une connerie du genre. De toute façon je n'ai pas envie de débattre à ce sujet avec Helena, elle a cette confortable étroitesse d'esprit qui l'empêche de comprendre ce qu'elle n'a ni l'envie ni le courage de chercher à comprendre. » ; nouveau bâillement, que je ne parviens pas à réprimer cette fois. Sans me sentir pour autant véritablement fatiguée. Lentement, mes pensées se réorientent et prennent pour cible un square de Miami, que je prévois d'aller visiter cette nuit. De jour, l'endroit laisse présager une certaine poésie nocturne : en partie laissé à l'abandon par la municipalité, le parc offre un portique à la structure vétuste qui mériterait bien plus que le nôtre d'être remis à neuf - j'entends déjà les craquements sans équivoque du vieux bois délabré qui viennent interrompre ponctuellement le silence établi, à peine troublé par le frou-frou du vent dans les buissons environnants. Et puis la voix de Knox vient mettre un terme à mes douces rêveries et me raccompagne galamment jusqu'à la réalité. « J'en toucherai un mot à ma mère et Leonard. Je crois qu'ils se proposeraient bien pour aller acheter ce qu'il faut par eux-mêmes, s'ils ne crevaient pas autant d'envie de te confier de l'argent pour te montrer à quel point ils ont confiance en toi et que tu fais presque partie de la famille et tout... » je déclare, amusée, sans pouvoir empêcher mon intonation de se faire plus narquoise que ce que j'avais initialement prévu - ce n'est pas vraiment ma faute, je crois, mais il y a tant de choses dans mon attitude qui m'échappent complètement. Si bien que lorsque Knox m'interroge au sujet de mes plans pour le week-end, mon premier réflexe aurait été de rétorquer que rien de bien intéressant ne m'attend, comme s'il était possible, comme s'il était vraisemblable que je me borne à tourner en rond chez moi, voire à faire mes devoirs. Comme si je n'avais pas mille autres plans en tête dont la plupart comptaient un certain nombre de composantes illégales. « Oh, la routine, tu sais, je commence avec un geste vague de la main. Je pense me rendre au stand de tir comme tous les week-ends, c'est devenu presque une tradition avec Dylan - un chic type qui donne des cours de criminologie à l'université que je fréquente. Je pense aussi qu'on va se retrouver avec mon groupe pour répéter un peu, mais rien de bien sûr encore. J'ai deux-trois comptes à régler à droite et à gauche, quelques bagarres de bar à provoquer, du fric à extorquer à de vieux libidineux trouillards au possible et, ça doit être à peu près tout... » Je termine, songeuse, en réalisant que je n'aurais peut-être pas dû être aussi honnête sur ce coup mais que, fort heureusement, il y avait de grandes chances pour que l'inflexion naturellement ironique de ma voix me préserve des soupçons de mon ami. « Tu ne pourras donc pas vraiment profiter de ma remarquable installation hifi, j'ajoute avec un sourire taquin. Désolée. Et de ton côté, dès que tu seras libéré de tes obligations journalières d'esclave, tu comptes profiter de ton temps libre de quelle manière ? » Tout en prenant une gorgée de ma bière blanche encore toute fraîche, je me laisse choir sur le gazon et entreprend de jouer avec les tiges d'herbe du bout des doigts. L'espace d'un instant, je détourne mon attention de Knox pour regarder derrière moi, du côté de la maison : Kobalt, mon dogue allemand bleu se dirige à pas lents vers nous, et je suis étonnée qu'il n'ait pas cherché à nous rejoindre plus tôt. D'ordinaire, dès qu'un occupant de la maisonnée esquisse un seul geste en direction de la baie vitrée, Kobalt se lève avec fracas et se rue à l'extérieur, trop heureux de pouvoir prendre l'air avec un peu de compagnie. D'un claquement de langue, je l'appelle à moi - geste qui s'avère inutile puisque, de tempérament très affectueux, l'animal avait de toute façon déjà prévu de venir me réclamer sa dose de caresses.

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MessageSujet: Re: ℵ midnight, la petite fille aux allumettes.   Lun 5 Déc - 1:05

« Tu sais dès le moment où cette balançoire cessera de grincer, elle perdra tout son intérêt. » Knox sourit amusé par l'attitude de Midnight. Elle ne pouvait s'empêcher de faire quelque chose tant que cela était en dehors des normes, ou que cela risquait d'embêter quelqu'un, mais dès que les choses « s'arrangeaient », tout perdait son intérêt et la jeune femme trouvait une autre occupation. Si Knox veillait quant à lui à avoir une attitude plus mature, plus responsable et essayait de ne plus faire tourner tout le monde en bourrique, l'attitude de la jeune femme était l'une des raisons pour laquelle ils s'entendaient si bien. Ils avaient pu faire, à une autre époque, les quatre cent coups ensemble, et Knox regrettait parfois cette période. Naturellement, il lui arrivait parfois de retourner faire des âneries avec elle, mais depuis que Maya lui avait annoncé qu'elle attendait un enfant de lui, il tenait à lui prouver qu'il était une personne de confiance. Ce n'était pas tant qu'il estimait ne pas pouvoir continuer à faire ses petites conneries et être un bon père en même temps, mais il doutait que son ex – et future à la fois, il l'espérait – petite-amie soit du même avis. Ainsi, d'un sens, il s'amusait d'entendre Midnight ce qu'elle faisait, et ce qu'elle prévoyait de faire n'ayant aucun mal à s'imaginer à sa place à réaliser les mêmes choses, à ou à ses côtés, même.
De la même manière que l'attitude de son amie l'amuser, il s'amusait, et surtout était touché de l'attitude de ses parents. Lui donnant le bon Dieu sans concession, ils avaient entièrement confiance en lui et faisaient particulièrement attention à l'intégrer à la famille. Knox les trouvait parfois un peu envahissant, à vouloir se montrer particulièrement collant, et plein d'attentions, mais cela, le jeune homme se gardait bien de le leur dit. Au fond, c'était toujours agréable d'avoir quelqu'un pour prendre soin de lui. Il avait eu énormément de mal à s'adapter à son arrivée, et à sa nouvelle indépendance, et désormais, c'était l'inverse. Il avait du mal à s'habituer à ce qu'on s'occupe de lui. Comme quoi dans la vie, on ne s'habituait à tout, et l'on n'était jamais complètement content. Mais tant qu'il avait un toit sur sa tête, Knox ne se plaindrait pas. « Ne m'en parle pas. Ils m'ont proposé d'emprunter leur voiture, ou au moins d'accepter qu'ils fassent réparer la mienne puisqu'ils me faisaient faire des courses sans cesse... » Il leva légèrement les yeux au ciel, trouvant à la fois cela touchant et ridicule. Ils le payaient bien plus que Knox ne le méritait, et trouvaient encore le moyen de chercher à les gâter. Il acceptait cependant l'argent qu'il lui donnait en plus de la chambre sans jouer l’orgueilleux car il savait pertinemment qu'il ne pouvait pas se le permettre.

« (…) J'ai deux-trois comptes à régler à droite et à gauche, quelques bagarres de bar à provoquer, du fric à extorquer à de vieux libidineux trouillards au possible et, ça doit être à peu près tout... » Knox ne put s'empêcher de s'esclaffer. Il doutait sincèrement que Midnight soit sérieuse, et appréciait l'humour de la jeune femme. Cela serait mentir que de dire qu'il n'avait jamais eu des doutes vis à vis de ses boutades qu'elle lançait régulièrement mais il se rendait rapidement compte qu'il était probablement impossible pour une jeune femme de son âge de faire de telles choses, notamment la partie d'extorsion d'argent... ou sinon, il voulait bien qu'elle lui montre les ficelles du métier ! Ce n'était pas quelque chose qui le touchait particulièrement d'un point de vue légal. Tant que cela ne mettait pas quelqu'un en danger, ni même une personne dans des situations inextricables – en l’occurrence avec plus rien sur son compte en banque -, il n'en avait que faire. Il avait conscience que la loi était là pour fixer des limites, et qu'elle était bien souvent nécessaire, mais lorsque des gens avaient tellement d'argent qu'ils ne savaient plus quoi en faire, l'idée de leur en voler ne le gênait pas particulièrement... D'un autre côté, tout cela restait terriblement abstrait, et rien ne disait qu'il penserait la même chose si l'opportunité se présentait réellement devant lui. « Comme d'habitude. Je vais aller voir Maya jusqu'à ce qu'elle me mette dehors, et j'irai probablement courir un peu sur la plage avant de retourner l'embêter à nouveau. » dit-il en haussant les épaules. Il avait conscience que sa présence chez la jeune femme était parfois un peu envahissante mais il tenait à montrer à la jeune femme que rien, jamais, ne le découragerait. « Et je suppose que quand il sera pour moi, l'heure de rentrer, tu me raconteras tous tes exploits. »

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MessageSujet: Re: ℵ midnight, la petite fille aux allumettes.   Lun 5 Déc - 1:10

« Comment s'est passée ta journée ma chérie ? » Elle est radieuse, ma mère. Comme si son coeur était branché sur une batterie de cent mille volts. Elle irradie le bonheur à des dizaines de kilomètres à la ronde. Ma mère a cette douceur, cette fragilité dans la façon d'être, qui fait que quoi qu'elle soit en train de vivre, elle ne peut véritablement le cacher. Ses rares rides d'expressions laissent transparaître les moindres soubresauts de son âme, et jamais elle ne nous épargne ses bonheurs, ni ses malheurs. Ce n'est pas un principe, ni une question de valeurs. Ma mère n'a ni l'un ni l'autre. Ma mère est pure, elle vit simplement, c'est un joyau à l'état brut et elle ne réfléchit jamais trop - ce qui pourrait la ternir. « Géniale. Je me suis fait un tas d'amies. » Je ne prends même pas la peine d'y mettre l'intonation - ma mère y croira parce qu'elle voudra y croire. Et les premiers signes de satisfactions ne tardent pas à apparaître. Déjà, elle tape dans ses mains en souriant - sa bonne humeur est communicative, et je surprends les commissures de mes lèvres à se redresser des deux côtés de ma bouche, sans que je leur ais au préalable donné la permission. Mais je ne me formalise pas de leur rébellion, et reprend une gorgée de café. « D'ailleurs, je vais les voir ce soir. Je sors. » Ça ne l'étonne pas, mais elle prend tout de même la peine de me congratuler. Elle sait que je ne comptais pas rester croupir ici cette nuit, elle sait que dès que le soleil se couche, je pars vagabonder dans les rues en solitaire, tous les jours de la semaine. Mais elle pense sincèrement que, ce soir, je compte retrouver une bande de nanas bien féminines, bien comme il faut, qui vont m'apprendre à me mettre du vernis à ongle et toutes ces conneries. « Ne rentre pas trop tard, tu as cours demain. » m'intime-t-elle, parfaitement hypocrite dans ce rôle maternel qui lui va si mal - mais, pleine de tact, je ne le lui avouerai jamais. Je regarde ensuite Helena Matthews tourner les talons et quitter la cuisine, sans doute pour rejoindre son nouveau mari, et une moue ironique s'empare diligemment de mes lèvres vermillons. J'admire autant la facticité de sa vie que la facilité avec laquelle elle se ment à elle-même, la facilité avec laquelle elle nie l’entièreté de notre existence avant Ocean Grove. Je n'ai jamais été tentée de la confronter à la vérité, la réalité. Elle n'est pas prête pour cela. Elle ne pourrait pas l'emmagasiner correctement. Alors je la nourris d'une vérité alternative. Une vérité qu'elle peut comprendre. L'important n'est pas réellement qu'elle sache pour quelles raisons je suis heureuse - ce qu'elle doit savoir, c'est que je le suis.

Et trois quart d'heures plus tard, tandis que mes talons claquent violemment sur les trottoirs de Miami, je laisse mon regard couler d'un passant à l'autre, leur lançant des invitations qui restent sans réponse : personne ne s'attarde à le soutenir, l'affronter. Ils sont tous pressés, ont d'autres chats à fouetter et, si ça ne suffisait pas, me remarquent à peine. Je le vois bien. À la façon qu'ils ont de me dévisager trop brièvement pour enregistrer une quelconque information. Aucun d'eux ne se rappellera de moi. Ils m'entraperçoivent bien, mais c'est inconscient, et c'est leur inconscient qui analyse ma physionomie, mon attitude, et en déduisent que je suis insignifiante. Je m'en fiche, au fond. Ça me plaît bien d'avoir l'air insignifiante. Peut-être que leur subconscient me fera apparaître dans un de leurs rêves - la scène onirique a toujours besoin de figurants, je n'ai que cette idée pour me consoler.

Et je ne sais comment, après une hésitation fugace, je me retrouve confortablement lovée sur le canapé d'un type qui m'était inconnu quelques heures plus tôt. L'idée me plaît. L'audition, je l'ai réussi haut la main. La partie musicale n'était pas la plus ardue, et j'en avais conscience - n'importe quoi pouvait jouer en ma faveur comme me faire perdre toutes mes chances, de ma façon de les saluer à la manière dont mon pouce se cale contre les micros de ma basse quand je joue. Seulement trois bassistes se sont présentés - ce n'est pas l'instrument de musique le plus répandu il faut croire. Si j'ai été choisi, c'est principalement parce que le premier prétendant tremblait comme une feuille alors que le deuxième, au contraire, pêchait par excès d'assurance et d'enthousiasme. Ils avaient donc été finalement séduit par ma neutralité totale, mon laconisme efficace et mon je-m'en-foutisme branché. Officiellement. Officieusement, je les soupçonnais de trouver un certain intérêt dans l'apport d'une touche féminine au groupe.

Le temps passe et nous finissons même par dénicher notre guitariste, qui vient prendre place à mes côtés - pleine de bonne volonté, j'avais alors retiré ma basse de la place vacante pour qu'il puisse s'y installer, tout en gardant mon instrument à portée de main (je détestais m'en séparer, même si cela n'impliquait pas qu'elle sorte de mon champ de vision). Jusque là, je n'ai pas dit un mot, me contentant de hocher la tête malicieusement en signe d'assentiment quand les autres membres du groupe avait manifesté leur envie de voir le jeune homme rejoindre la bande. Mais personne ne daigne poser la question qui me brûle les lèvres, alors je finis par me pencher vers lui pour l'interroger d'une voix suave : « Et toi, tu as un petit nom ? » - les prénoms m'importent peu en général, mais puisque lui connaît le mien, je n'aurais pas l'impression que nous sommes quittes tant que les présentations n'auront pas été terminées. « Et ta guitare, ajoutai-je avec curiosité en désignant l'instrument d'un signe de tête. Tu l'as baptisée ? » J'imagine que c'est une question de filles, et que c'est plus ou moins ce que l'on attend de moi - rien n'est stipulé dans le contrat, ce n'est qu'une supposition de ma part.

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MessageSujet: Re: ℵ midnight, la petite fille aux allumettes.   Lun 5 Déc - 1:10

Dévisageant mon reflet avec audace, je me surprends à me trouver presque jolie pour une fois. En temps normal, je me trouve plutôt insignifiante, voire insipide, physiquement. Parfois, je trouve les traits de mon visage trop inhabituels, pas assez bien dessinés, et il en résulte un sentiment de frustration dont je ne parviens jamais vraiment à me débarrasser. Parfois, au contraire, je trouve la forme de mon visage et sa constitution banales, sans intérêt, communes, et je me sens alors tout aussi laide. Ma physionomie ne peut pas être complètement qualifiée d'ingrate pour autant et j'en suis consciente, mais je ressemble plus à une grande perche informe qu'à une femme fatale à la beauté sensuelle et exotique - ce qui me va tout autant : j'aurais détesté être « pulpeuse », je crois. J'aurais détesté être remarquable par mon apparence corporelle, car alors l'intérêt de mon attitude, de mes airs et de mon intellect s'en serait trouvé amoindri. Être belle, être « bien foutue » comme on dit, ça ne se travaille pas, c'est naturel, c'est un don de la nature, on n'a rien fait de particulier pour le mériter, aussi je ne comprends pas qu'on accorde autant d'importance à la beauté, car ça me paraît tellement vide de sens, et, encore une fois, je ne parviens pas à saisir le raisonnement de mes semblables et de la petite société qu'ils constituent. Mais je digresse, m'éloigne du sujet que je voulais aborder, et au final ce dont je souhaitais réellement témoigner, c'est que ma laideur, quelle qu'elle soit, et qu'importe la façon dont je la ressens, j'y suis attachée, et je n'ai jamais spécialement envie d'y changer quoi que ce soit.

Toc toc toc et immédiatement la porte crisse ; je détourne lentement mon attention du miroir, sans avoir réellement besoin de diriger mon regard vers la porte d'entrée de ma chambre pour deviner que c'est ma mère qui se glisse dans l'encadrure de cette dernière. Ma mère n'a jamais compris qu'on est supposés attendre une réponse après avoir frappé à la porte, elle doit s'imaginer que c'est seulement une façon d'annoncer qu'on va entrer. Sans m'en formaliser, j'ajoute une épingle à mon chignon, afin de m'assurer qu'il tiendra bien toute la soirée : je ne suis vraiment, vraiment pas habituée à me coiffer, préférant laissant ma chevelure indomptable dans l'anarchie à laquelle elle aspire, aussi je ne suis pas sûre de m'y être prise correctement. « Oh tu es magnifique Mimmi. Méconnaissable, mais magnifique. » me souffle Helena, véritablement admirative j'en ai peur. Je pourrais m'offusquer de son manque de tact - associer les qualificatifs méconnaissable et magnifique étant loin d'être judicieux, à mon humble avis - mais je ne me sens jamais d'humeur vindicative envers elle. « Et encore, tu n'as pas vu la robe. » je lui réponds, malicieusement, étant effectivement encore en sous-vêtements. « Tu as rendez-vous avec un jeune homme ce soir ? » enchaîne-t-elle, et aussitôt les plis de mon nez se froncent dans une réaction presque épidermique que je n'ai pas eu le temps de réprimer. « Oui, mais cela n'a aucun rapport. Tu devrais bien savoir que je ne me suis jamais faite belle pour quelqu'un d'autre que moi-même. » je crache, bien moins enthousiasmée par sa visite que quelques secondes plus tôt. Sans répliquer, elle va s'installer sur mon lit, profitant de l'occasion pour réajuster les draps. En toute hâte, j'enfile la robe de soirée que j'avais négligemment entreposée sur mon sofa en attendant. Elle est plutôt inconfortable et, à l'instar du chignon, elle ne me ressemble ; mais je me dis que c'est secondaire puisque non seulement j'ai décidé de ne pas me ressembler ce soir, mais en plus de cela je suis bien déterminée à ne pas être moi-même. Je suis Midnight tous les jours de la semaine - un peu de changement ne me fera pas de mal. « Mimmi, tu sais que je t'aime hein ? » J'avais presque oublié sa présence. Méticuleusement, je cerne mon regard déjà bien noir de traits de khôl de la même couleur. D'abord hésitante, je finis par appliquer également un peu de rouge à lèvres sur mes lèvres gercées, tout en rassemblant tout le self-control que je parviens à trouver en moi pour répondre à ma mère : « Oui, je le sais. » ; elle me le répète tous les jours, qu'elle m'aime : parfois j'ai l'impression que c'est elle qu'elle cherche à convaincre. « Non parce que, je repensais à... À tout ça. Et j'en parlais avec Leonard, et, il m'a conseillé d'en discuter avec toi, parce que peut-être que tu avais besoin d'être rassurée sur ce point et... Même si tu n'as pas été concrètement désirée, je... Je suis tellement heureuse que tu sois née, tu le sais ? Je t'ai voulue en quelque sorte, suffisamment pour te garder, tu le sais ? » C'est maladroit, bancal, son raisonnement me semble bien lacunaire, et je n'ose pas imaginer les conversations psychanalytiques qu'elle a pu tenir avec son nouveau mari. Consternée, je me retiens de lever les yeux au ciel et je plaque de force un sourire aimable sur mes lèvres écarlates, sourire qui finit par se révolter pour prendre la forme d'un rictus qu'on pourrait qualifier de narquois. « Je le sais. » je rétorque d'une voix plus rauque que je ne l'avais prévu, avant de m'emparer de ma veste et de mes escarpins en quatrième vitesse pour mieux fuir au rez-de-chaussée le plus rapidement possible. J'ai à peine le temps de lâcher un « J'y vais. » pressé, auquel elle a à peine le temps de répondre un « Bonne soirée. » frustré. L'affronter verbalement m'énerve, car je sais qu'elle ne pourrait pas comprendre. Elle ne pourrait pas comprendre la satisfaction que je retire de ma naissance non désirée. Elle ne pourrait pas comprendre que cela nourrit mon orgueil, et que plus que tout j'aime l'idée de m'être imposée sans accord préalable. J'aime l'idée d'être venue au monde sans qui quiconque l'ait décidé, comme si, quelque part, c'était ma propre volonté qui était en jeu. Elle ne peut pas comprendre, naturellement, que j'aurais détesté être une enfant désirée, un simple jouet que des parents plein de bonnes attentions auraient commandé pour Noël. Et, plus que tout, j'aime l'idée d'avoir causé un certain nombre d'ennuis à ma génitrice, alors que je n'étais qu'un petit foetus inoffensif. Je ne changerais rien à tout cela, si je le pouvais : j'aime ma vie telle qu'elle a été, je m'aime telle que je suis, et je suis pleinement heureuse et satisfaite de tout ce qui m'est arrivé. Seulement tout cela, jamais je n'arriverais à le lui faire entendre.

Sans prendre la peine de me renseigner sur l'heure - ce genre de formalité m'indisposant grandement - je chausse mes talons de huit centimètres fébrilement, heureuse de pouvoir enfin quitter cette maison où tout le monde m'agace - sauf peut-être Knox, dont le comportement m'irrite bien moins que celui des deux autres locataires - direction ma magnifique Volvo qui répondait au nom sensuel de Scarlet. L'ivresse de conduire, décuplée par le port de talons hauts qui me donne l'impression d'être encore plus puissante et royale qu'à l'accoutumée, me prend rapidement aux tripes, si bien que j’enfreins quelques limites de vitesse pour me rendre chez Aaron ; ce n'est pas vraiment une mauvaise chose, puisque je réalise en jetant un coup d'oeil au tableau de bord que je suis en retard de quelques minutes. Avec ma conception très approximative du temps, c'était à prévoir.

Dans un crissement de pneus, la vielle Volvo s'arrête conformément à ma volonté, et j'ouvre la fenêtre du côté passager pour saluer Aaron qui venait à ma rencontre sans que j'ais à sortir de la voiture pour aller sonner à sa porte, ce dont je lui étais reconnaissante. « Salut beau gosse. » articulé-je avec malice, lorsqu'il s'est suffisamment approché pour être à portée de voix. Le compliment qu'il m'adresse me touche, je crois, il est vrai que j'ai fait beaucoup d'efforts concernant mon apparence, contrairement à d'habitude, et c'est une bonne chose que cela soit noté - enfin, j'imagine. « Merci. C'est crevant d'être un canon tu sais, j'ai un mal fou à marcher avec cette robe trop serrée, et j'espère que je ne vais pas avoir besoin de courir ce soir parce que c'est fichu d'avance : c'est glamour ce genre de tenue, mais tellement pas pratique... ! » Dès qu'il boucle sa ceinture, j'embraye et passe la première pour enchaîner aussitôt sur la seconde, bien décidée à rattraper mon retard : j'avais fini par comprendre qu'Aaron était bien plus porté sur la ponctualité que moi-même, et il avait ses raisons, mais je peinais à m'adapter à son rythme, moi qui faisais toujours les choses avec nonchalance et insouciance. « Mais je te retourne le compliment, tu es très en beauté ce soir. Le costard te va à ravir. » Je me retiens de le regarder tandis que je m'adresse à lui, car même si je suis bonne conductrice, j'ai bien conscience que j'ai tendance à me laisser distraire et que ma vigilance, elle, a pris la mauvaise habitude de se laisser endormir par ma confiance que beaucoup qualifieraient d'excessive. « Oh, et ce soir je ne suis pas Midnight. Midnight ne s'habillerait jamais de cette façon. Alors tu serais gentil de m'appeler Katherine, ou Lady Katherine, d'accord ? » je lui explique gentiment, espiègle et sérieuse à la fois, tout en amorçant un virage serré à un de ces carrefours difficiles à négocier.

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MessageSujet: Re: ℵ midnight, la petite fille aux allumettes.   Lun 5 Déc - 1:51

Les stores sont baissés, la chaîne hifi a été allumée, ma couette, élimée, a été tirée à même le sol, et se retrouve à présent cernée par une armée de cartons qui n'ont pas encore été déballés. Négligemment, je traînasse au milieu de cette dernière, dans la pénombre ambiante que seule l’extrémité incandescente de ma cigarette vient déranger. Mes cheveux en bataille entourent mon faciès imperturbable, et glissent un peu plus vers le sol à chacun de ces mouvements de tête que j'effectue machinalement en me calant plus ou moins inconsciemment sur le rythme de la basse d'un titre de Jamiroquai que je reconnais pas - quand j'écoute de la musique, je peine à prêter attention aux paroles en même temps. Je pourrais rester des heures ainsi. Sans rien faire d'autre que laisser mon esprit vagabonder à droite et à gauche, l'autorisant même à se perdre dans des considérations inutiles si l'occasion se présente. Sans rien faire d'autre que respirer, sentir mes omoplates nues plaquées contre le sol, frissonner quand une mèche de cheveux taquine vient se glisser le long de mon coup, pincer mes lèvres, faire danser mes orteils et apprécier la dextérité du bassiste de Jamiroquai. Je pourrais rester des heures ainsi, si ma mère n'avait pas prévu autre chose pour moi.

« Mimmi ? » Se hasarde-t-elle en entrebâillant la porte de ma chambre. Je lèverais volontiers les yeux aux ciels si mes pupilles n'étaient pas déjà fixées sur le plafond. Sans répondre - car je n'ai pas la naïveté de croire que cela changerait quoi que ce soit, je porte une énième fois ma cigarette presque entièrement consumée à mes lèvres vermillons. La porte s'ouvre alors en grand, et ma mère pénètre dans la pièce sans se formaliser de n'y avoir pourtant reçu aucune invitation. « On étouffe ici, tu devrais aérer un peu. » À grandes enjambées, elle se dirige vers l'unique fenêtre de ma chambre ; sans daigner la suivre du regard, je comprends bien que mon moment de quiétude est révolu et m'efforce alors de me relever à moitié en prenant appui sur mes coudes. « On étouffe également dehors, faire rentrer un peu plus de moiteur n'arrangera rien. » Mais comme toujours elle ne m'écoute pas. Cela fait bien longtemps qu'elle ne m'écoute plus. Fatiguée, je laisse échapper un laconique soupir, et je concentre mon attention sur la musique pour ne pas avoir à entendre la salve de reproches qu'elle me destine probablement. Range ta chambre. Déballe tes cartons. Souris. Sors. Va voir des amies. Brosse-toi les cheveux. Sois coquette un peu. Tu n'as pas de bracelet ou de collier ? Ni même de boucles d'oreilles ? Moi à ton âge... Et tu as vraiment besoin de fumer autant ? Je connais le refrain par coeur. Je l'entends déverser sur moi tout un discours que je n'écoute pas et, profitant d'un de ces rares moments où elle se doit de recouvrir sa respiration, je glisse un « C'est bientôt fini ? » que j'articule de la façon la plus polie qui soit. « Oui. Mais j'aimerais vraiment que tu ailles voir Knox. Il est dans le jardin, à réparer le vieux portique, et avec cette chaleur, une boisson rafraichissante ne lui ferait pas de mal. Leonard et moi nous apprêtons à partir, alors je compte sur toi pour t'occuper de notre hôte. Très franchement, je me sens coupable de lui demander de tels services, nous abusons... » minaude-t-elle avec un de ces gestes de poignets que seules sont capables de maîtriser les femmes riches qui aiment faire s'entre-choquer leurs lourds bracelets dorés. Mes sourcils se froncent tandis que je me relève complètement. « Tu ne comprends rien... » je murmure, affligée, en me dirigeant vers la chaîne hifi afin de l'éteindre. Heureusement pour elle, elle quitte la pièce sans rien entendre et je me retrouve enfin seule avec ma consternation. Helena ne comprend pas que toute personne ayant un minimum d'ego n'appréciera pas forcément de se voir offrir monts et merveilles sans que rien ne soit demandé en échange, tout comme elle ne comprend pas que mon orgueil difforme est bien trop borné pour accepter l'idée de tels cadeaux. Knox effectuera certaines tâches dans notre intérêt, et nous lui procurerons le gîte et le couvert : l'équilibre est parfait.

J'avance à pas feutrés, pieds nus, sur le gazon fraîchement coupé du jardin, me dirigeant vers le portique que retape Knox. Le trapèze est brisé en deux - ce qui ne m'étonne qu'à moitié dans un pays réputé pour son incroyable taux d'obésité - et la balançoire a vraiment une salle gueule. L'échelle de cordes pendue du côté gauche n'est pas mieux, et la structure dans sa globalité a mauvaise mine. Knox a du pain sur la planche. « Une bière ? » je lui propose en arrivant à sa hauteur. Pas vraiment réputée pour ma patience, j'ai déjà entamé la mienne. « Je ne sais pas si Helena te l'a dit, mais il faudrait graisser la balançoire. Leonard a le sommeil léger et je l'ai réveillé à cause des grincements l'autre nuit. À ce qu'il paraît. » Nonchalamment, je bois une gorgée de bière avant d'ajouter, vaguement sceptique : « Tu t'en sors ? » ; je ne le connaissais pas spécialement bricoleur à l'origine, aussi j'émets quelques réserves quant à ses capacités en la matière. Curieuse, j'observe ensuite le portique à la recherche d'un changement notable.
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Petit à petit, toute la vie de Knox commençait à rentrer dans l'ordre. Maya l'acceptait de nouveau dans sa vie, et c'était de loin la chose qui le satisfaisait le plus. Ils n'étaient toujours pas ensemble, et Knox ne baissait pas les bras, mais pour le moment, il se concentrait sur l'enfant qu'elle attendait de lui, frétillant d'impatience de pouvoir l'enlacer. Il devait même avouer être jaloux de Maya qui pouvait passer tout son temps avec lui, sentait le moindre de ses mouvements – même si elle avait tendance à s'en plaindre particulièrement ces derniers temps, il savait que dans l'ensemble, cette grossesse lui plaisait énormément. Ensuite, il y avait ce logement qu'il avait trouvé chez une amie à lui, Midnight Matthews. Il la connaissait depuis qu'il était à Chicago et même si ils avaient longtemps perdus contact, le jeune homme devait avouer être ravi de l'avoir retrouvée. Il avait l'impression de se sentir un peu plus chez lui, la présence d'un élément de son passé ici avait quelque chose de fondamentalement rassurant. Et enfin, Knox avait trouvé du travail. Ce n'était pour le moment rien de sérieux, un mois à droite, une semaine à gauche, etc mais ses revenus étaient plus ou moins fixes, et il attendait avec impatience d'avoir l'occasion de trouver un travail à temps plein. Pour l'heure, il était entrain de travailler dans le jardin des Matthews. Ces derniers avaient eu la générosité de l'héberger, puisqu'il ne pouvait pas se payer un hôtel ne serait-ce qu'avec le minimum vitale, et Knox cherchait à les remercier du mieux qu'il le pouvait. Il avait donc demandé aux parents de Midnight de lui dire dès qu'ils avaient des travaux à faire dans la maison, qu'il s'agisse de peinture, de construction, ou même plus simplement de passer l'aspirateur ou de tondre la pelouse. N'allez pas croire pour autant qu'il aimait ça. Il avait toujours fait tout ce qu'il pouvait pour éviter ce genre de choses lorsqu'il était encore chez ses parents. Mais désormais, il voyait les choses différemment. Il fallait qu'il se prenne en main, et assume ses responsabilités. Après tout, un bébé allait bien compter sur lui pour subvenir à ses besoins, et répondre à toutes ses questions. Il faudrait plusieurs années pour que les questions fusent, naturellement, mais Knox voulait apprendre à faire un maximum de bonnes choses, comme un adulte le ferait pour être au top quand son enfant aurait besoin de lui.

Vêtu d'un vieux jean, et d'une paire de baskets, il avait abandonné l'idée de mettre un tee-shirt lorsque il avait constaté la chaleur qu'il faisait. Il n'arriverait à rien faire de concret si il mourrait de chaud. Il n'avait déjà pas grande idée de comment il allait s'y mettre, et de quoi il avait besoin alors autant ne pas rajouter de difficultés supplémentaires. Il avait eu l'occasion de regarder rapidement sur internet, mais les pièces étaient en mauvais état, et si la rouille était apparente, il n'était pas impossible qu'elle est également ronger le tout. Il décida donc de démonter les pièces une par une pour s'assurer que tout était en relatif bon état et que la structure ne s'effondrerait pas au bout d'une semaine – du moins, pour s'assurer que les pièces jouent en sa faveur, et compensent ses lacunes dans ce domaine. Il était entrain de vérifier l'état des cordages lorsque la voix familière de Midnight raisonna à ses oreilles. Il sourit à sa proposition, et attrapa la bouteille en la remerciant. Avalant une longue gorgée de sa bouteille, il acquiesça à la demande de la demoiselle à qui il essayait de rendre service au maximum également, et sourit à la dernière remarque. Il avait lui-même entendu son amie sur la balançoire l'autre jour mais il y avait peu de chance pour que celle-ci grince au point de réveiller qui que ce soit. « Je m'en occupe tout de suite, tu seras tranquille ce soir comme ça. » dit-elle en joignant les gestes à la parole. Ce n'était pas grand chose, et cela lui prendrait cinq minutes à peine, mais c'était au moins un domaine qu'il maîtrisait plus ou moins. Quelque chose sur quoi il savait exactement quoi faire. « Tu t'en sors ? » lança la jeune femme, regardant la balancelle avec attention. « Ca ira probablement mieux lorsque j'aurai commencé, à vrai dire. » Il prit une seconde gorgée de bière, et bien que tenté de savoir sur l'herbe avec Midnight, et de passer la journée à discuter avec celle-ci, mais ce n'était pas « responsable », et Knox tenait particulièrement à l'être. « Je vois à peu près ce qu'il faut faire, mais à mon avis, il y aura quelques trucs qu'il faudra remplacer, donc aller acheter en magasin. » Il alla chercher les outils adéquats, et se mit à travailler pour retirer la rouille sur la peinture. « Et toi, tu as quelque chose de prévu ce week-end, ou tu me feras partagé tes goûts musicaux à travers ta fenêtre ? » Si la remarque du jeune homme était clairement taquine, il n'y avait aucun mal de sous-entendu dedans. Au contraire. Si il estimait avoir une connaissance musicale relativement correcte, Midnight en avait une beaucoup plus élargie que la sienne, et il ne manquait jamais d'aller lui réclamer plusieurs CD pr semaine, toujours ravi de ses « découvertes ».
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Les yeux plissés, j'observe Knox s'activer avec une curiosité non dissimulée, tout en maudissant ce satané soleil de m'éblouir avec autant de violence - nous n'avions pas ce soucis à Greenville et, brusquement, l'Alabama me manque. Sans vouloir détruire le mérite du jeune homme, je me dois d'être honnête avec lui, et c'est en étouffant un bâillement que je finis par lui avouer : « Tu sais, dès le moment où cette balançoire cessera de grincer, elle perdra tout son intérêt à mes yeux. Je ne vais probablement pas remonter dessus. Mais faut la graisser - c'est une question de principe ou une connerie du genre. De toute façon je n'ai pas envie de débattre à ce sujet avec Helena, elle a cette confortable étroitesse d'esprit qui l'empêche de comprendre ce qu'elle n'a ni l'envie ni le courage de chercher à comprendre. » ; nouveau bâillement, que je ne parviens pas à réprimer cette fois. Sans me sentir pour autant véritablement fatiguée. Lentement, mes pensées se réorientent et prennent pour cible un square de Miami, que je prévois d'aller visiter cette nuit. De jour, l'endroit laisse présager une certaine poésie nocturne : en partie laissé à l'abandon par la municipalité, le parc offre un portique à la structure vétuste qui mériterait bien plus que le nôtre d'être remis à neuf - j'entends déjà les craquements sans équivoque du vieux bois délabré qui viennent interrompre ponctuellement le silence établi, à peine troublé par le frou-frou du vent dans les buissons environnants. Et puis la voix de Knox vient mettre un terme à mes douces rêveries et me raccompagne galamment jusqu'à la réalité. « J'en toucherai un mot à ma mère et Leonard. Je crois qu'ils se proposeraient bien pour aller acheter ce qu'il faut par eux-mêmes, s'ils ne crevaient pas autant d'envie de te confier de l'argent pour te montrer à quel point ils ont confiance en toi et que tu fais presque partie de la famille et tout... » je déclare, amusée, sans pouvoir empêcher mon intonation de se faire plus narquoise que ce que j'avais initialement prévu - ce n'est pas vraiment ma faute, je crois, mais il y a tant de choses dans mon attitude qui m'échappent complètement. Si bien que lorsque Knox m'interroge au sujet de mes plans pour le week-end, mon premier réflexe aurait été de rétorquer que rien de bien intéressant ne m'attend, comme s'il était possible, comme s'il était vraisemblable que je me borne à tourner en rond chez moi, voire à faire mes devoirs. Comme si je n'avais pas mille autres plans en tête dont la plupart comptaient un certain nombre de composantes illégales. « Oh, la routine, tu sais, je commence avec un geste vague de la main. Je pense me rendre au stand de tir comme tous les week-ends, c'est devenu presque une tradition avec Dylan - un chic type qui donne des cours de criminologie à l'université que je fréquente. Je pense aussi qu'on va se retrouver avec mon groupe pour répéter un peu, mais rien de bien sûr encore. J'ai deux-trois comptes à régler à droite et à gauche, quelques bagarres de bar à provoquer, du fric à extorquer à de vieux libidineux trouillards au possible et, ça doit être à peu près tout... » Je termine, songeuse, en réalisant que je n'aurais peut-être pas dû être aussi honnête sur ce coup mais que, fort heureusement, il y avait de grandes chances pour que l'inflexion naturellement ironique de ma voix me préserve des soupçons de mon ami. « Tu ne pourras donc pas vraiment profiter de ma remarquable installation hifi, j'ajoute avec un sourire taquin. Désolée. Et de ton côté, dès que tu seras libéré de tes obligations journalières d'esclave, tu comptes profiter de ton temps libre de quelle manière ? » Tout en prenant une gorgée de ma bière blanche encore toute fraîche, je me laisse choir sur le gazon et entreprend de jouer avec les tiges d'herbe du bout des doigts. L'espace d'un instant, je détourne mon attention de Knox pour regarder derrière moi, du côté de la maison : Kobalt, mon dogue allemand bleu se dirige à pas lents vers nous, et je suis étonnée qu'il n'ait pas cherché à nous rejoindre plus tôt. D'ordinaire, dès qu'un occupant de la maisonnée esquisse un seul geste en direction de la baie vitrée, Kobalt se lève avec fracas et se rue à l'extérieur, trop heureux de pouvoir prendre l'air avec un peu de compagnie. D'un claquement de langue, je l'appelle à moi - geste qui s'avère inutile puisque, de tempérament très affectueux, l'animal avait de toute façon déjà prévu de venir me réclamer sa dose de caresses.
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« Tu sais dès le moment où cette balançoire cessera de grincer, elle perdra tout son intérêt. » Knox sourit amusé par l'attitude de Midnight. Elle ne pouvait s'empêcher de faire quelque chose tant que cela était en dehors des normes, ou que cela risquait d'embêter quelqu'un, mais dès que les choses « s'arrangeaient », tout perdait son intérêt et la jeune femme trouvait une autre occupation. Si Knox veillait quant à lui à avoir une attitude plus mature, plus responsable et essayait de ne plus faire tourner tout le monde en bourrique, l'attitude de la jeune femme était l'une des raisons pour laquelle ils s'entendaient si bien. Ils avaient pu faire, à une autre époque, les quatre cent coups ensemble, et Knox regrettait parfois cette période. Naturellement, il lui arrivait parfois de retourner faire des âneries avec elle, mais depuis que Maya lui avait annoncé qu'elle attendait un enfant de lui, il tenait à lui prouver qu'il était une personne de confiance. Ce n'était pas tant qu'il estimait ne pas pouvoir continuer à faire ses petites conneries et être un bon père en même temps, mais il doutait que son ex – et future à la fois, il l'espérait – petite-amie soit du même avis. Ainsi, d'un sens, il s'amusait d'entendre Midnight ce qu'elle faisait, et ce qu'elle prévoyait de faire n'ayant aucun mal à s'imaginer à sa place à réaliser les mêmes choses, à ou à ses côtés, même.
De la même manière que l'attitude de son amie l'amuser, il s'amusait, et surtout était touché de l'attitude de ses parents. Lui donnant le bon Dieu sans concession, ils avaient entièrement confiance en lui et faisaient particulièrement attention à l'intégrer à la famille. Knox les trouvait parfois un peu envahissant, à vouloir se montrer particulièrement collant, et plein d'attentions, mais cela, le jeune homme se gardait bien de le leur dit. Au fond, c'était toujours agréable d'avoir quelqu'un pour prendre soin de lui. Il avait eu énormément de mal à s'adapter à son arrivée, et à sa nouvelle indépendance, et désormais, c'était l'inverse. Il avait du mal à s'habituer à ce qu'on s'occupe de lui. Comme quoi dans la vie, on ne s'habituait à tout, et l'on n'était jamais complètement content. Mais tant qu'il avait un toit sur sa tête, Knox ne se plaindrait pas. « Ne m'en parle pas. Ils m'ont proposé d'emprunter leur voiture, ou au moins d'accepter qu'ils fassent réparer la mienne puisqu'ils me faisaient faire des courses sans cesse... » Il leva légèrement les yeux au ciel, trouvant à la fois cela touchant et ridicule. Ils le payaient bien plus que Knox ne le méritait, et trouvaient encore le moyen de chercher à les gâter. Il acceptait cependant l'argent qu'il lui donnait en plus de la chambre sans jouer l’orgueilleux car il savait pertinemment qu'il ne pouvait pas se le permettre.

« (…) J'ai deux-trois comptes à régler à droite et à gauche, quelques bagarres de bar à provoquer, du fric à extorquer à de vieux libidineux trouillards au possible et, ça doit être à peu près tout... » Knox ne put s'empêcher de s'esclaffer. Il doutait sincèrement que Midnight soit sérieuse, et appréciait l'humour de la jeune femme. Cela serait mentir que de dire qu'il n'avait jamais eu des doutes vis à vis de ses boutades qu'elle lançait régulièrement mais il se rendait rapidement compte qu'il était probablement impossible pour une jeune femme de son âge de faire de telles choses, notamment la partie d'extorsion d'argent... ou sinon, il voulait bien qu'elle lui montre les ficelles du métier ! Ce n'était pas quelque chose qui le touchait particulièrement d'un point de vue légal. Tant que cela ne mettait pas quelqu'un en danger, ni même une personne dans des situations inextricables – en l’occurrence avec plus rien sur son compte en banque -, il n'en avait que faire. Il avait conscience que la loi était là pour fixer des limites, et qu'elle était bien souvent nécessaire, mais lorsque des gens avaient tellement d'argent qu'ils ne savaient plus quoi en faire, l'idée de leur en voler ne le gênait pas particulièrement... D'un autre côté, tout cela restait terriblement abstrait, et rien ne disait qu'il penserait la même chose si l'opportunité se présentait réellement devant lui. « Comme d'habitude. Je vais aller voir Maya jusqu'à ce qu'elle me mette dehors, et j'irai probablement courir un peu sur la plage avant de retourner l'embêter à nouveau. » dit-il en haussant les épaules. Il avait conscience que sa présence chez la jeune femme était parfois un peu envahissante mais il tenait à montrer à la jeune femme que rien, jamais, ne le découragerait. « Et je suppose que quand il sera pour moi, l'heure de rentrer, tu me raconteras tous tes exploits. »
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« Comment s'est passée ta journée ma chérie ? » Elle est radieuse, ma mère. Comme si son coeur était branché sur une batterie de cent mille volts. Elle irradie le bonheur à des dizaines de kilomètres à la ronde. Ma mère a cette douceur, cette fragilité dans la façon d'être, qui fait que quoi qu'elle soit en train de vivre, elle ne peut véritablement le cacher. Ses rares rides d'expressions laissent transparaître les moindres soubresauts de son âme, et jamais elle ne nous épargne ses bonheurs, ni ses malheurs. Ce n'est pas un principe, ni une question de valeurs. Ma mère n'a ni l'un ni l'autre. Ma mère est pure, elle vit simplement, c'est un joyau à l'état brut et elle ne réfléchit jamais trop - ce qui pourrait la ternir. « Géniale. Je me suis fait un tas d'amies. » Je ne prends même pas la peine d'y mettre l'intonation - ma mère y croira parce qu'elle voudra y croire. Et les premiers signes de satisfactions ne tardent pas à apparaître. Déjà, elle tape dans ses mains en souriant - sa bonne humeur est communicative, et je surprends les commissures de mes lèvres à se redresser des deux côtés de ma bouche, sans que je leur ais au préalable donné la permission. Mais je ne me formalise pas de leur rébellion, et reprend une gorgée de café. « D'ailleurs, je vais les voir ce soir. Je sors. » Ça ne l'étonne pas, mais elle prend tout de même la peine de me congratuler. Elle sait que je ne comptais pas rester croupir ici cette nuit, elle sait que dès que le soleil se couche, je pars vagabonder dans les rues en solitaire, tous les jours de la semaine. Mais elle pense sincèrement que, ce soir, je compte retrouver une bande de nanas bien féminines, bien comme il faut, qui vont m'apprendre à me mettre du vernis à ongle et toutes ces conneries. « Ne rentre pas trop tard, tu as cours demain. » m'intime-t-elle, parfaitement hypocrite dans ce rôle maternel qui lui va si mal - mais, pleine de tact, je ne le lui avouerai jamais. Je regarde ensuite Helena Matthews tourner les talons et quitter la cuisine, sans doute pour rejoindre son nouveau mari, et une moue ironique s'empare diligemment de mes lèvres vermillons. J'admire autant la facticité de sa vie que la facilité avec laquelle elle se ment à elle-même, la facilité avec laquelle elle nie l’entièreté de notre existence avant Ocean Grove. Je n'ai jamais été tentée de la confronter à la vérité, la réalité. Elle n'est pas prête pour cela. Elle ne pourrait pas l'emmagasiner correctement. Alors je la nourris d'une vérité alternative. Une vérité qu'elle peut comprendre. L'important n'est pas réellement qu'elle sache pour quelles raisons je suis heureuse - ce qu'elle doit savoir, c'est que je le suis.

Et trois quart d'heures plus tard, tandis que mes talons claquent violemment sur les trottoirs de Miami, je laisse mon regard couler d'un passant à l'autre, leur lançant des invitations qui restent sans réponse : personne ne s'attarde à le soutenir, l'affronter. Ils sont tous pressés, ont d'autres chats à fouetter et, si ça ne suffisait pas, me remarquent à peine. Je le vois bien. À la façon qu'ils ont de me dévisager trop brièvement pour enregistrer une quelconque information. Aucun d'eux ne se rappellera de moi. Ils m'entraperçoivent bien, mais c'est inconscient, et c'est leur inconscient qui analyse ma physionomie, mon attitude, et en déduisent que je suis insignifiante. Je m'en fiche, au fond. Ça me plaît bien d'avoir l'air insignifiante. Peut-être que leur subconscient me fera apparaître dans un de leurs rêves - la scène onirique a toujours besoin de figurants, je n'ai que cette idée pour me consoler.

Et je ne sais comment, après une hésitation fugace, je me retrouve confortablement lovée sur le canapé d'un type qui m'était inconnu quelques heures plus tôt. L'idée me plaît. L'audition, je l'ai réussi haut la main. La partie musicale n'était pas la plus ardue, et j'en avais conscience - n'importe quoi pouvait jouer en ma faveur comme me faire perdre toutes mes chances, de ma façon de les saluer à la manière dont mon pouce se cale contre les micros de ma basse quand je joue. Seulement trois bassistes se sont présentés - ce n'est pas l'instrument de musique le plus répandu il faut croire. Si j'ai été choisi, c'est principalement parce que le premier prétendant tremblait comme une feuille alors que le deuxième, au contraire, pêchait par excès d'assurance et d'enthousiasme. Ils avaient donc été finalement séduit par ma neutralité totale, mon laconisme efficace et mon je-m'en-foutisme branché. Officiellement. Officieusement, je les soupçonnais de trouver un certain intérêt dans l'apport d'une touche féminine au groupe.

Le temps passe et nous finissons même par dénicher notre guitariste, qui vient prendre place à mes côtés - pleine de bonne volonté, j'avais alors retiré ma basse de la place vacante pour qu'il puisse s'y installer, tout en gardant mon instrument à portée de main (je détestais m'en séparer, même si cela n'impliquait pas qu'elle sorte de mon champ de vision). Jusque là, je n'ai pas dit un mot, me contentant de hocher la tête malicieusement en signe d'assentiment quand les autres membres du groupe avait manifesté leur envie de voir le jeune homme rejoindre la bande. Mais personne ne daigne poser la question qui me brûle les lèvres, alors je finis par me pencher vers lui pour l'interroger d'une voix suave : « Et toi, tu as un petit nom ? » - les prénoms m'importent peu en général, mais puisque lui connaît le mien, je n'aurais pas l'impression que nous sommes quittes tant que les présentations n'auront pas été terminées. « Et ta guitare, ajoutai-je avec curiosité en désignant l'instrument d'un signe de tête. Tu l'as baptisée ? » J'imagine que c'est une question de filles, et que c'est plus ou moins ce que l'on attend de moi - rien n'est stipulé dans le contrat, ce n'est qu'une supposition de ma part.
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Dévisageant mon reflet avec audace, je me surprends à me trouver presque jolie pour une fois. En temps normal, je me trouve plutôt insignifiante, voire insipide, physiquement. Parfois, je trouve les traits de mon visage trop inhabituels, pas assez bien dessinés, et il en résulte un sentiment de frustration dont je ne parviens jamais vraiment à me débarrasser. Parfois, au contraire, je trouve la forme de mon visage et sa constitution banales, sans intérêt, communes, et je me sens alors tout aussi laide. Ma physionomie ne peut pas être complètement qualifiée d'ingrate pour autant et j'en suis consciente, mais je ressemble plus à une grande perche informe qu'à une femme fatale à la beauté sensuelle et exotique - ce qui me va tout autant : j'aurais détesté être « pulpeuse », je crois. J'aurais détesté être remarquable par mon apparence corporelle, car alors l'intérêt de mon attitude, de mes airs et de mon intellect s'en serait trouvé amoindri. Être belle, être « bien foutue » comme on dit, ça ne se travaille pas, c'est naturel, c'est un don de la nature, on n'a rien fait de particulier pour le mériter, aussi je ne comprends pas qu'on accorde autant d'importance à la beauté, car ça me paraît tellement vide de sens, et, encore une fois, je ne parviens pas à saisir le raisonnement de mes semblables et de la petite société qu'ils constituent. Mais je digresse, m'éloigne du sujet que je voulais aborder, et au final ce dont je souhaitais réellement témoigner, c'est que ma laideur, quelle qu'elle soit, et qu'importe la façon dont je la ressens, j'y suis attachée, et je n'ai jamais spécialement envie d'y changer quoi que ce soit.

Toc toc toc et immédiatement la porte crisse ; je détourne lentement mon attention du miroir, sans avoir réellement besoin de diriger mon regard vers la porte d'entrée de ma chambre pour deviner que c'est ma mère qui se glisse dans l'encadrure de cette dernière. Ma mère n'a jamais compris qu'on est supposés attendre une réponse après avoir frappé à la porte, elle doit s'imaginer que c'est seulement une façon d'annoncer qu'on va entrer. Sans m'en formaliser, j'ajoute une épingle à mon chignon, afin de m'assurer qu'il tiendra bien toute la soirée : je ne suis vraiment, vraiment pas habituée à me coiffer, préférant laissant ma chevelure indomptable dans l'anarchie à laquelle elle aspire, aussi je ne suis pas sûre de m'y être prise correctement. « Oh tu es magnifique Mimmi. Méconnaissable, mais magnifique. » me souffle Helena, véritablement admirative j'en ai peur. Je pourrais m'offusquer de son manque de tact - associer les qualificatifs méconnaissable et magnifique étant loin d'être judicieux, à mon humble avis - mais je ne me sens jamais d'humeur vindicative envers elle. « Et encore, tu n'as pas vu la robe. » je lui réponds, malicieusement, étant effectivement encore en sous-vêtements. « Tu as rendez-vous avec un jeune homme ce soir ? » enchaîne-t-elle, et aussitôt les plis de mon nez se froncent dans une réaction presque épidermique que je n'ai pas eu le temps de réprimer. « Oui, mais cela n'a aucun rapport. Tu devrais bien savoir que je ne me suis jamais faite belle pour quelqu'un d'autre que moi-même. » je crache, bien moins enthousiasmée par sa visite que quelques secondes plus tôt. Sans répliquer, elle va s'installer sur mon lit, profitant de l'occasion pour réajuster les draps. En toute hâte, j'enfile la robe de soirée que j'avais négligemment entreposée sur mon sofa en attendant. Elle est plutôt inconfortable et, à l'instar du chignon, elle ne me ressemble ; mais je me dis que c'est secondaire puisque non seulement j'ai décidé de ne pas me ressembler ce soir, mais en plus de cela je suis bien déterminée à ne pas être moi-même. Je suis Midnight tous les jours de la semaine - un peu de changement ne me fera pas de mal. « Mimmi, tu sais que je t'aime hein ? » J'avais presque oublié sa présence. Méticuleusement, je cerne mon regard déjà bien noir de traits de khôl de la même couleur. D'abord hésitante, je finis par appliquer également un peu de rouge à lèvres sur mes lèvres gercées, tout en rassemblant tout le self-control que je parviens à trouver en moi pour répondre à ma mère : « Oui, je le sais. » ; elle me le répète tous les jours, qu'elle m'aime : parfois j'ai l'impression que c'est elle qu'elle cherche à convaincre. « Non parce que, je repensais à... À tout ça. Et j'en parlais avec Leonard, et, il m'a conseillé d'en discuter avec toi, parce que peut-être que tu avais besoin d'être rassurée sur ce point et... Même si tu n'as pas été concrètement désirée, je... Je suis tellement heureuse que tu sois née, tu le sais ? Je t'ai voulue en quelque sorte, suffisamment pour te garder, tu le sais ? » C'est maladroit, bancal, son raisonnement me semble bien lacunaire, et je n'ose pas imaginer les conversations psychanalytiques qu'elle a pu tenir avec son nouveau mari. Consternée, je me retiens de lever les yeux au ciel et je plaque de force un sourire aimable sur mes lèvres écarlates, sourire qui finit par se révolter pour prendre la forme d'un rictus qu'on pourrait qualifier de narquois. « Je le sais. » je rétorque d'une voix plus rauque que je ne l'avais prévu, avant de m'emparer de ma veste et de mes escarpins en quatrième vitesse pour mieux fuir au rez-de-chaussée le plus rapidement possible. J'ai à peine le temps de lâcher un « J'y vais. » pressé, auquel elle a à peine le temps de répondre un « Bonne soirée. » frustré. L'affronter verbalement m'énerve, car je sais qu'elle ne pourrait pas comprendre. Elle ne pourrait pas comprendre la satisfaction que je retire de ma naissance non désirée. Elle ne pourrait pas comprendre que cela nourrit mon orgueil, et que plus que tout j'aime l'idée de m'être imposée sans accord préalable. J'aime l'idée d'être venue au monde sans qui quiconque l'ait décidé, comme si, quelque part, c'était ma propre volonté qui était en jeu. Elle ne peut pas comprendre, naturellement, que j'aurais détesté être une enfant désirée, un simple jouet que des parents plein de bonnes attentions auraient commandé pour Noël. Et, plus que tout, j'aime l'idée d'avoir causé un certain nombre d'ennuis à ma génitrice, alors que je n'étais qu'un petit foetus inoffensif. Je ne changerais rien à tout cela, si je le pouvais : j'aime ma vie telle qu'elle a été, je m'aime telle que je suis, et je suis pleinement heureuse et satisfaite de tout ce qui m'est arrivé. Seulement tout cela, jamais je n'arriverais à le lui faire entendre.

Sans prendre la peine de me renseigner sur l'heure - ce genre de formalité m'indisposant grandement - je chausse mes talons de huit centimètres fébrilement, heureuse de pouvoir enfin quitter cette maison où tout le monde m'agace - sauf peut-être Knox, dont le comportement m'irrite bien moins que celui des deux autres locataires - direction ma magnifique Volvo qui répondait au nom sensuel de Scarlet. L'ivresse de conduire, décuplée par le port de talons hauts qui me donne l'impression d'être encore plus puissante et royale qu'à l'accoutumée, me prend rapidement aux tripes, si bien que j’enfreins quelques limites de vitesse pour me rendre chez Aaron ; ce n'est pas vraiment une mauvaise chose, puisque je réalise en jetant un coup d'oeil au tableau de bord que je suis en retard de quelques minutes. Avec ma conception très approximative du temps, c'était à prévoir.

Dans un crissement de pneus, la vielle Volvo s'arrête conformément à ma volonté, et j'ouvre la fenêtre du côté passager pour saluer Aaron qui venait à ma rencontre sans que j'ais à sortir de la voiture pour aller sonner à sa porte, ce dont je lui étais reconnaissante. « Salut beau gosse. » articulé-je avec malice, lorsqu'il s'est suffisamment approché pour être à portée de voix. Le compliment qu'il m'adresse me touche, je crois, il est vrai que j'ai fait beaucoup d'efforts concernant mon apparence, contrairement à d'habitude, et c'est une bonne chose que cela soit noté - enfin, j'imagine. « Merci. C'est crevant d'être un canon tu sais, j'ai un mal fou à marcher avec cette robe trop serrée, et j'espère que je ne vais pas avoir besoin de courir ce soir parce que c'est fichu d'avance : c'est glamour ce genre de tenue, mais tellement pas pratique... ! » Dès qu'il boucle sa ceinture, j'embraye et passe la première pour enchaîner aussitôt sur la seconde, bien décidée à rattraper mon retard : j'avais fini par comprendre qu'Aaron était bien plus porté sur la ponctualité que moi-même, et il avait ses raisons, mais je peinais à m'adapter à son rythme, moi qui faisais toujours les choses avec nonchalance et insouciance. « Mais je te retourne le compliment, tu es très en beauté ce soir. Le costard te va à ravir. » Je me retiens de le regarder tandis que je m'adresse à lui, car même si je suis bonne conductrice, j'ai bien conscience que j'ai tendance à me laisser distraire et que ma vigilance, elle, a pris la mauvaise habitude de se laisser endormir par ma confiance que beaucoup qualifieraient d'excessive. « Oh, et ce soir je ne suis pas Midnight. Midnight ne s'habillerait jamais de cette façon. Alors tu serais gentil de m'appeler Katherine, ou Lady Katherine, d'accord ? » je lui explique gentiment, espiègle et sérieuse à la fois, tout en amorçant un virage serré à un de ces carrefours difficiles à négocier.

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